C’est un véritable séisme politique qui secoue actuellement l’Allemagne. Après l’implosion surprise de la coalition gouvernementale, le président Frank-Walter Steinmeier a annoncé vendredi la dissolution du parlement et la convocation d’élections législatives anticipées, désormais fixées au 23 février prochain.
Une décision lourde de conséquences pour la stabilité du pays
Cette décision fait suite au vote de confiance perdu par le chancelier Olaf Scholz, conséquence directe de l’éclatement de sa majorité. Un coup dur pour celui qui dirigeait le pays depuis décembre 2021. Comme l’a souligné le président Steinmeier, la stabilité politique, jusqu’ici grande force de l’Allemagne, est plus que jamais remise en question.
Dans son allocution, le chef de l’État, dont la fonction est essentiellement honorifique mais qui se veut garant des institutions, a appelé à une campagne permettant de trouver « les meilleures solutions aux défis de notre temps ». Parmi ceux-ci, il cite en premier lieu la « situation économique incertaine » du pays, mettant en péril de nombreuses entreprises et emplois.
L’opposition conservatrice en pole position
À sept mois de l’échéance initialement prévue, cette campagne éclair s’annonce plus ouverte que jamais. Les derniers sondages donnent l’opposition conservatrice largement favorite, devant le parti d’extrême droite AfD et le SPD du chancelier sortant Olaf Scholz. Une tendance qui, si elle se confirme, marquerait un virage à droite de l’échiquier politique allemand.
Outre la situation économique, d’autres enjeux majeurs s’invitent dans cette élection :
- Les conflits au Proche-Orient et en Ukraine
- Le contrôle de l’immigration et l’intégration
- La lutte contre le changement climatique
Un scrutin crucial aussi pour l’Europe
Au-delà des frontières allemandes, c’est toute l’Europe qui observe avec inquiétude cette crise politique. Elle intervient au moment même où la France, partenaire privilégié de l’Allemagne au sein de l’UE, traverse elle aussi une zone de turbulences, privée de majorité parlementaire stable.
Deux poids lourds de la construction européenne qui vacillent en même temps, de quoi susciter des craintes sur la capacité du vieux continent à parler d’une seule voix dans un contexte international tendu. D’autant que l’influence, voire l’ingérence de puissances étrangères dans les processus électoraux est devenue un sujet brûlant.
L’influence extérieure constitue un danger pour la démocratie, qu’elle soit secrète, comme cela s’est révélé récemment lors des élections en Roumanie, ou ouverte et non dissimulée, comme c’est le cas actuellement, de manière particulièrement intensive, sur la plateforme X.
Frank-Walter Steinmeier, Président de la République fédérale d’Allemagne
Dans ce contexte, le président Steinmeier a tenu à mettre en garde contre toute tentative de manipulation, appelant à une campagne menée « avec des moyens justes et transparents ». Il a également exhorté à ce que « la haine et la violence » soient bannies des débats.
Un test grandeur nature pour la démocratie allemande
Au final, cette élection anticipée s’annonce comme un test grandeur nature pour la solidité du système démocratique allemand. Réputé jusqu’ici inébranlable, il doit démontrer sa capacité à traverser cette zone de fortes turbulences sans dévier de ses valeurs fondamentales.
Alors que les populismes et les extrêmes gagnent du terrain un peu partout en Europe, l’Allemagne, par la voix de ses électeurs, a rendez-vous avec son destin le 23 février prochain. Un scrutin à haut risque, dont l’issue sera scrutée bien au-delà du Rhin.