Imaginez un pays où le président des États-Unis annonce publiquement, trois jours avant le vote, qu’il coupera toute aide si son candidat préféré ne gagne pas. C’est exactement ce qui se passe au Honduras en ce moment même.
Un scrutin sous très haute tension
Ce dimanche, plus de 6,5 millions d’électeurs honduriens sont appelés aux urnes pour désigner le successeur de la présidente sortante Xiomara Castro. Ils éliront en même temps le président, 128 députés et des centaines de maires. Un seul tour, un vainqueur direct. Mais rien n’est simple dans ce petit pays d’Amérique centrale.
Les derniers sondages placent trois candidats quasiment à égalité. Personne ne semble en mesure d’obtenir une victoire claire. Et déjà, les accusations de fraude fusent de tous les côtés.
Les trois favoris au coude-à-coude
Du côté de la gauche au pouvoir, c’est Rixi Moncada, 60 ans, ancienne ministre et avocate, qui porte les couleurs du parti Libre. Elle promet de poursuivre la politique sociale de Xiomara Castro et de taxer davantage les grandes fortunes.
Face à elle, deux poids lourds de la droite. D’abord Salvador Nasralla, 72 ans, animateur télé très populaire, candidat pour la troisième fois sous l’étiquette du Parti libéral. Ensuite Nasry Asfura, 67 ans, entrepreneur du bâtiment et ancien maire de Tegucigalpa, représentant du Parti national.
Et c’est précisément ce dernier qui bénéficie d’un soutien aussi inattendu que massif : celui de Donald Trump.
L’intervention directe de Donald Trump
Le président américain n’a pas hésité à prendre parti de façon spectaculaire. Il a qualifié Nasry Asfura de « seul vrai ami de la liberté » et affirmé qu’il « ne pourrait pas travailler » avec Rixi Moncada et « les communistes ». Il a même ajouté qu’il ne faisait « pas confiance » à Salvador Nasralla.
« Tito (Nasry Asfura) et moi pouvons travailler ensemble pour lutter contre les narcocommunistes et apporter au peuple du Honduras l’aide dont il a besoin. »
Donald Trump
Le message est clair : si la gauche gagne, l’aide américaine risque de disparaître. Un chantage à peine voilé qui a provoqué la colère du camp de Rixi Moncada.
L’avocate a immédiatement dénoncé une « ingérence totalement interventionniste » à trois jours du scrutin. Elle n’est pas la seule à s’indigner : de nombreux observateurs internationaux suivent la situation avec inquiétude.
Un candidat entouré de soupçons
Nasry Asfura n’est pas un inconnu. Il s’était déjà présenté en 2021 face à Xiomara Castro. Mais son parti, le Parti national, traîne une réputation sulfureuse. Son prédécesseur à la tête du pays, Juan Orlando Hernández (2014-2022), purge actuellement une peine de 45 ans de prison aux États-Unis pour trafic de drogue à très grande échelle.
Le nom d’Asfura lui-même a été cité dans plusieurs affaires de corruption et dans les Panama Papers pour évasion fiscale. Des accusations qu’il balaie d’un revers de main.
Et là encore, Donald Trump est intervenu. Vendredi, il a annoncé qu’il accorderait une « grâce totale et absolue » à Juan Orlando Hernández en cas de victoire de son poulain. Un geste qui a fait bondir l’opposition hondurienne.
Un climat de défiance généralisée
Déjà, le parti Libre a prévenu : il ne reconnaîtra pas les résultats préliminaires du conseil électoral. Seuls les procès-verbaux complets feront foi à ses yeux. Une position qui fait craindre le pire en cas de score serré.
De leur côté, les candidats de droite accusent la gauche d’être alliée au Venezuela et à Cuba. Rixi Moncada, elle, traite ses adversaires de « marionnettes de l’oligarchie putschiste ». Le ton est monté très haut.
À retenir : Aucun des trois grands partis n’acceptera facilement une défaite. Les observateurs de l’OEA et de l’Union européenne seront présents, mais le pays n’a toujours pas d’arbitre électoral véritablement indépendant.
Les vrais problèmes des Honduriens
Pendant ce temps, les préoccupations quotidiennes des Honduriens passent presque au second plan. Pourtant, elles sont écrasantes.
Près des deux tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté. Le pays dépend à 27 % de son PIB des envois d’argent des migrants installés aux États-Unis – environ 10 milliards de dollars par an.
Mais cette année, l’administration Trump a expulsé 27 000 Honduriens et révoqué le statut de protection temporaire de 51 000 autres. Une mesure qui frappe durement les familles.
Le Honduras reste aussi l’un des pays les plus violents au monde, même si le taux d’homicides a baissé grâce à l’état d’urgence instauré par Xiomara Castro : 26,8 pour 100 000 habitants.
Corruption, narcotrafic, inégalités : les trois principaux partis ont tous été éclaboussés par des scandales. Les électeurs ont donc le choix entre plusieurs nuances de discrédit.
Ce qui pourrait se passer après le vote
Les bureaux ouvrent à 7 h locales (13 h GMT) et ferment à 17 h (23 h GMT). Les premiers résultats préliminaires sont attendus dans la soirée de dimanche.
Mais vu le climat, une contestation semble inévitable. Si l’écart est inférieur à 3-4 points, le perdant risque de crier à la fraude. Et avec l’intervention américaine en toile de fond, la crise pourrait rapidement devenir régionale.
Le Honduras se trouve à un carrefour. Soit il prolonge l’expérience de gauche entamée en 2022, soit il revient à la droite traditionnelle, avec un soutien américain massif mais controversé.
Une chose est sûre : ce dimanche ne sera pas un dimanche comme les autres en Amérique centrale. Et le monde entier va regarder.
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