Imaginez des rues de New York moins bondées de groupes français, des cars de touristes qui restent au garage et des réservations qui s’effondrent pour les prochains étés. Ce scénario, qui semblait improbable il y a encore quelques années, est en train de devenir réalité pour le tourisme organisé vers les États-Unis depuis la France. Une tendance lourde se dessine depuis le retour à la présidence de Donald Trump, et les professionnels du secteur sonnent aujourd’hui l’alerte.
Une chute historique des voyages à forfait vers les USA
Les chiffres parlent d’eux-mêmes et ils sont implacables. Entre le 1er novembre 2024 et le 31 octobre 2025, les voyagistes français membres du principal syndicat du secteur ont constaté une baisse de 14,6 % des voyages organisés vers les États-Unis par rapport à la période précédente. Mais le plus inquiétant concerne l’avenir proche : au 31 décembre 2025, les réservations déjà enregistrées pour l’été 2026 affichaient un recul supérieur à 29 %. Une dégringolade qui interpelle.
Pour la première fois depuis longtemps, la destination américaine, longtemps considérée comme incontournable, semble perdre de son attrait auprès des Français qui préfèrent les circuits encadrés. Les professionnels évoquent un véritable effet Trump combiné à d’autres facteurs bien plus terre-à-terre qui pèsent lourd dans la balance.
« On ne peut pas nier l’effet Trump »
Les déclarations se veulent claires et sans détour. Le président du syndicat des tour-opérateurs n’a pas hésité à pointer du doigt l’impact direct de la personnalité et des décisions du locataire de la Maison-Blanche. Selon lui, difficile de considérer l’actuel dirigeant américain comme un ambassadeur convaincant pour le tourisme dans son pays.
« Il y a un effet Trump, on va pas le nier »
Président du syndicat des entreprises du tour operating
Cette phrase résume à elle seule le sentiment dominant dans la profession. Depuis janvier 2025, les prises de position parfois brutales de l’administration américaine envers les Européens n’ont pas contribué à redorer le blason de la destination. Entre déclarations tonitruantes sur des territoires étrangers et annonces de mesures sécuritaires renforcées, l’image des États-Unis en a pris un coup auprès d’une partie du public français.
Des mesures qui refroidissent les envies de voyage
Parmi les décisions récentes les plus commentées figure la volonté affichée d’exiger des voyageurs exemptés de visa – dont font partie les Français – la communication de l’historique de leurs activités sur les réseaux sociaux sur les cinq dernières années. Une demande perçue comme intrusive par beaucoup et qui soulève de nombreuses questions sur la vie privée.
À cela s’ajoute une rhétorique parfois agressive envers certains voisins ou alliés européens, renforçant le sentiment d’une Amérique qui se referme ou du moins qui durcit les conditions d’accueil. Même si la politique n’a jamais totalement dissuadé les Français de voyager – on pense à Cuba, à la Chine ou au Vietnam –, le cocktail actuel semble produire un effet cumulatif défavorable.
L’inflation, véritable frein majeur selon les professionnels
Mais au-delà des considérations géopolitiques, c’est bien l’aspect économique qui revient le plus souvent dans la bouche des experts du tourisme. L’augmentation généralisée des prix aux États-Unis constitue aujourd’hui le principal obstacle pour le voyageur français moyen, dont le budget reste contraint.
« Trouvez-moi un petit-déjeuner à moins de 40 dollars par personne »
Président du syndicat des entreprises du tour operating
Cette formule choc illustre parfaitement le fossé qui s’est creusé. Hôtels, restaurants, locations de voitures, entrées dans les attractions : tout coûte significativement plus cher qu’il y a quelques années. Le pouvoir d’achat des Européens s’érode face à un dollar fort et une inflation persistante sur place.
Autre mesure qui risque d’aggraver la situation : la forte hausse annoncée des droits d’entrée dans les parcs nationaux les plus emblématiques pour les non-résidents. Le Grand Canyon, Yellowstone ou Yosemite pourraient devenir prohibitifs pour les familles françaises qui intégraient traditionnellement ces sites majeurs dans leurs circuits organisés.
Le secteur aérien ne tire pas encore la sonnette d’alarme
Pourtant, malgré ces signaux préoccupants du côté des voyagistes, le trafic aérien transatlantique ne montre pas, pour l’instant, de signes de faiblesse marquée. En 2025, le nombre de mouvements d’avions entre l’Europe et les États-Unis a même augmenté de 3 % par rapport à 2024 selon l’organisme européen de surveillance du trafic aérien.
Cette progression reste toutefois inférieure à la moyenne générale du trafic aérien européen, qui a crû de 4,1 % et permis de retrouver enfin les niveaux de 2019, référence d’avant-pandémie. Autrement dit, la route nord-atlantique progresse, mais moins vite que d’autres axes.
Une demande inégale selon les classes de voyage
Du côté des compagnies aériennes, le constat est nuancé. La directrice générale d’une des principales compagnies françaises a reconnu avoir observé des périodes de « baisse significative de la demande » en classe économique sur certaines lignes vers les États-Unis en 2025. Cependant, cette baisse a généralement été compensée par une excellente tenue des classes supérieures.
Le trafic s’est particulièrement bien porté dans le sens Amérique du Nord → Europe, porté notamment par des Américains profitant d’un change favorable pour voyager sur le Vieux Continent. Pour 2026, la vigilance reste de mise et les compagnies suivent la situation de très près.
Des précédents qui font réfléchir
Les professionnels du secteur aérien regardent aussi ce qui s’est passé récemment avec le tourisme canadien vers les États-Unis. À la suite de déclarations particulièrement agressives envers le voisin du Nord, les réservations canadiennes ont chuté d’environ 30 % l’été dernier. Un précédent qui fait craindre le pire pour le marché européen si la rhétorique reste tendue.
Cette comparaison illustre à quel point la perception politique peut influencer rapidement les flux touristiques, surtout lorsqu’elle s’accompagne de facteurs économiques défavorables.
Quelles perspectives pour 2026 et au-delà ?
Alors que les premiers mois de 2026 confirment la tendance baissière pour les voyages organisés, la question se pose désormais de savoir si cette désaffection est conjoncturelle ou si elle risque de s’installer durablement. Les voyagistes espèrent un retournement lié à une possible modération de certaines mesures ou à une évolution du change dollar-euro.
Mais pour l’instant, la prudence domine. Beaucoup diversifient leurs offres vers d’autres destinations long-courriers (Asie du Sud-Est, Amérique latine, Afrique du Sud…) qui offrent aujourd’hui un meilleur rapport qualité-prix pour le voyageur français.
Les États-Unis restent bien sûr une destination mythique avec des atouts indéniables : parcs nationaux grandioses, villes mythiques, routes légendaires. Mais aujourd’hui, pour de nombreux Français, le rêve américain coûte tout simplement trop cher, et l’accueil semble moins chaleureux qu’autrefois.
Un tourisme français en quête de nouveau souffle
Cette période pourrait aussi être l’occasion pour le tourisme français de se réinventer. Face à une destination devenue plus compliquée, les voyageurs pourraient redécouvrir des alternatives européennes ou des destinations émergentes offrant un excellent rapport qualité-prix.
Les tour-opérateurs, contraints et forcés, accélèrent déjà leurs efforts de diversification. De nouveaux circuits voient le jour vers des pays jusqu’alors moins visités par les Français en formule organisée, tandis que les formules « à la carte » ou semi-libres gagnent du terrain.
Reste à savoir si les États-Unis sauront, dans les mois et années à venir, redonner envie aux voyageurs européens. Entre politique, économie et perception globale, le défi est de taille pour redevenir la destination star qu’elle a longtemps été.
En attendant, les chiffres continuent de parler : -14,6 % en 2025, -29 % pour l’été 2026. Des pourcentages qui, pour les professionnels du tourisme, traduisent bien plus qu’une simple baisse conjoncturelle. Ils racontent une page qui pourrait être en train de se tourner dans la relation touristique entre la France et les États-Unis.
Les principaux facteurs expliquant la baisse actuelle
- Inflation élevée et coût de la vie très important sur place
- Dollar fort défavorable aux Européens
- Mesures sécuritaires perçues comme intrusives (historique réseaux sociaux)
- Hausse prévue des droits d’entrée dans les parcs nationaux
- Rhétorique politique parfois agressive envers les Européens
- Concurrence accrue d’autres destinations long-courriers plus abordables
Le tourisme est un secteur sensible aux perceptions et aux prix. Quand les deux se dégradent simultanément, comme c’est le cas actuellement pour les États-Unis vus de France, les conséquences peuvent être rapides et profondes. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si cette tendance s’inverse ou si elle s’installe durablement.
Une chose est sûre : les Français, grands voyageurs, ne désertent pas le monde. Ils cherchent simplement aujourd’hui des destinations qui leur offrent le meilleur rapport qualité-prix et une expérience plus sereine. Les États-Unis sauront-ils reconquérir ce public exigeant ? L’avenir le dira.









