C’est un ordre de mission qui sonne comme un appel. « Rebâtissons la Forêt. À coups de hache. » Mais derrière cette injonction paradoxale se cache un défi d’une ampleur inédite : redonner vie à la légendaire charpente de Notre-Dame de Paris, partie en fumée lors de l’incendie dévastateur d’avril 2019. Une entreprise titanesque à laquelle Édouard Cortès, écrivain et charpentier, a choisi de prendre part.
Un geste ancestral pour un chantier d’exception
En ce XXIe siècle marqué par la vitesse et le virtuel, le pari peut sembler fou. Pourtant, c’est bien à la force des bras et à la sueur du front que des centaines d’artisans et compagnons, venus de France et d’ailleurs, se sont attelés à la tâche. Leur mission : reproduire à l’identique, en bois de chêne, la « forêt » gothique qui couronnait Notre-Dame depuis 800 ans.
Un travail d’orfèvre, réalisé selon les techniques ancestrales du « trait français », cet art de la charpente qui fit la renommée des bâtisseurs du Moyen Âge. « Les architectes étaient visionnaires. La maîtrise d’ouvrage était déterminée. Le clergé donnait sa bénédiction », se souvient Édouard Cortès. « Le projet était fou. J’étais volontaire. »
De la forêt d’Anjou aux toits de la cathédrale
C’est dans une forêt d’Anjou, spécialement sélectionnée pour l’occasion, que débute l’aventure. Durant des mois, les charpentiers s’activent, taillant à la hache les imposantes poutres de chêne destinées à la nouvelle charpente. Un labeur éprouvant, rythmé par les intempéries et les contretemps, mais porté par un élan collectif hors du commun.
Oui, là-haut c’était la guerre, les contretemps et le vent, l’orage… Mais c’était aussi une formidable aventure humaine, faite de solidarité, d’entraide et de dépassement de soi.
Édouard Cortès, écrivain et charpentier
Car au-delà de la prouesse technique, c’est bien une expérience profondément humaine et spirituelle que vivent les artisans. Unis par un même dessein, portés par la ferveur populaire et le sentiment de participer à l’Histoire, ils tissent des liens indéfectibles, forgés dans l’effort et la fierté du travail accompli.
Une renaissance pour Notre-Dame et pour ceux qui l’ont rebâtie
Après des mois de labeur acharné, vient enfin le moment de hisser la nouvelle charpente sur les toits de Notre-Dame. Un instant suspendu dans le temps, chargé d’émotion et de solennité. « Voir s’élever cette forêt de poutres, c’était comme assister à une renaissance. Celle de la cathédrale, mais aussi un peu la nôtre », confie Édouard Cortès.
Car en redonnant vie à ce joyau du patrimoine, c’est aussi un peu d’eux-mêmes que les artisans ont insufflé dans la pierre et le bois. Une part de leur sueur, de leur abnégation, mais aussi de leur humanité et de leur espérance. Un message d’espoir et de résilience, adressé aux générations futures.
Reconstruire Notre-Dame, c’était prouver qu’en unissant nos forces et nos talents, nous sommes capables de nous relever des pires épreuves. De bâtir du beau et du solide, pour les siècles à venir.
Édouard Cortès, écrivain et charpentier
Alors que Notre-Dame s’apprête à rouvrir ses portes au public, le témoignage d’Édouard Cortès résonne comme une ode à la transmission, au partage et à l’excellence. Une invitation à puiser dans notre héritage pour construire l’avenir, à conjuguer savoir-faire ancestral et audace visionnaire. Car c’est aussi cela, la leçon de Notre-Dame : la certitude qu’en visant haut et loin, l’Homme est capable de se dépasser pour bâtir des cathédrales.