Imaginez un matin ordinaire dans un lieu censé incarner la douceur et la protection. Des aboiements joyeux, des queues qui frétillent, des bénévoles qui préparent les gamelles. Et soudain, un bourdonnement mécanique déchire l’air, suivi d’une explosion sourde. En quelques secondes, un havre de paix pour animaux devient un champ de ruines sanglant. C’est exactement ce qui s’est produit à Zaporijjia, dans le sud de l’Ukraine, lorsque la guerre a encore une fois choisi des victimes innocentes et sans défense.
Une frappe qui frappe là où ça fait le plus mal
Le vendredi matin, vers 9 heures locales, un drone a visé un refuge pour animaux situé dans la grande ville de Zaporijjia. Cette agglomération se trouve à seulement une trentaine de kilomètres de la ligne de front, dans une zone régulièrement touchée par les hostilités. Mais cette fois, l’objectif n’était ni une position militaire, ni une infrastructure stratégique. C’était un endroit où l’on soigne, où l’on nourrit, où l’on redonne espoir à des êtres vivants abandonnés.
Le bilan est terrible. Au moins sept chiens ont perdu la vie sur le coup. D’autres, gravement touchés, ont été transportés en urgence pour être opérés. Au total, treize animaux auraient été tués selon les premières publications de la responsable du refuge, tandis que plusieurs cages ont été complètement pulvérisées et une vingtaine d’autres lourdement endommagées.
Des bénévoles face à l’horreur
Sur place, la scène dépasse l’entendement. Des morceaux de corps canins sont restés accrochés au grillage métallique. Le sol est jonché de débris, de poils, de sang. Des bénévoles, encore sous le choc, déblayaient les gravats tout en essayant de se soutenir mutuellement. Certains pleuraient ouvertement, incapables de retenir leurs larmes face à cette violence gratuite.
C’est terrible. Les chiens ont été criblés d’éclats, des morceaux de leurs corps sont collés au grillage. Je… je n’ai même pas les mots.
Une bénévole de 18 ans
Ces mots, prononcés par une jeune fille de tout juste dix-huit ans, résument à eux seuls l’effroi ressenti par toute l’équipe. Elle connaissait chaque animal par son nom, elle les avait soignés, nourris, câlinés. Ces chiens n’étaient pas de simples pensionnaires : ils étaient devenus une partie de sa vie quotidienne, presque de sa famille.
Elle n’est pas la seule à être bouleversée. Une autre responsable, âgée de 41 ans, raconte avoir entendu le drone approcher avant l’explosion. Lorsqu’elle est arrivée sur les lieux, elle a découvert une véritable scène de carnage. Les chiens qui se trouvaient dans la zone visée à cet instant précis n’avaient eu aucune chance.
Un bâtiment touché, un employé blessé
L’attaque n’a pas seulement touché les enclos extérieurs. Un bâtiment du refuge a également subi d’importants dégâts. Plusieurs structures ont été fragilisées, rendant certaines zones dangereuses voire inhabitables pour les animaux restants. Dans le chaos, un employé présent sur place a été blessé par des éclats. Il a dû être pris en charge médicalement et opéré.
Cette blessure rappelle une réalité trop souvent oubliée : même dans les lieux les plus apolitiques, même auprès des animaux, la guerre ne fait pas de distinction. Elle blesse, elle mutile, elle tue, sans discernement.
Zaporijjia : une ville sous tension permanente
La ville de Zaporijjia occupe une position géographique particulièrement exposée. Située sur les rives du Dniepr, elle se trouve à courte distance des territoires occupés et des lignes de combat actives. Les habitants y vivent depuis presque quatre ans sous la menace quasi quotidienne de frappes, de sirènes et d’alertes aériennes.
Malgré ce contexte extrêmement difficile, de nombreuses initiatives citoyennes continuent d’exister. Des refuges, des associations, des groupes de bénévoles tentent de maintenir un semblant de normalité et de compassion au milieu du chaos. Le refuge touché vendredi en est un exemple emblématique.
Quand la guerre atteint les animaux
Depuis le début du conflit à grande échelle, la faune ukrainienne paie un lourd tribut. Zones naturelles bombardées, forêts incendiées, rivières polluées par les métaux lourds issus des munitions, animaux domestiques abandonnés par millions, élevages décimés… La liste des dommages collatéraux est interminable.
Les refuges, en particulier, se retrouvent en première ligne. Ils accueillent les chiens et chats laissés derrière par des familles contraintes de fuir, les animaux errants blessés par des explosions, ceux qui ont perdu leur maître au combat. Chaque nouvel arrivant représente une victoire minuscule sur la barbarie ambiante.
Et puis arrive un drone. Une seule munition. Et des années de travail, d’amour et de patience partent en fumée en quelques secondes.
Le silence après l’explosion
Les bénévoles décrivent un silence étrange après la détonation. Les aboiements ont cessé. Les jappements de joie ont laissé place à des gémissements de douleur, puis à un vide oppressant. Ceux qui ont survécu tournaient en rond dans leurs cages détruites, hébétés, cherchant leurs compagnons disparus.
Certains chiens ont été emportés dans des brouettes pour être enterrés. D’autres, encore vivants mais dans un état critique, ont été transportés en urgence chez des vétérinaires bénévoles. Chaque minute comptait.
Une jeunesse confrontée à l’horreur
Parmi les personnes les plus touchées figurent les très jeunes bénévoles. À 18 ans, on devrait s’inquiéter des études, des amitiés, des premiers amours. Pas ramasser des morceaux de corps d’animaux que l’on considérait comme des amis. Pas essuyer ses larmes avec des mains encore tachées de sang canin.
Cette jeune génération ukrainienne grandit au rythme des explosions, des coupures d’électricité, des sirènes et maintenant, des pertes animales qui s’ajoutent à toutes les autres douleurs accumulées. Chaque drame animal devient un miroir grossissant de la tragédie globale.
Pourquoi s’en prendre à un refuge ?
Il est difficile de trouver une quelconque logique militaire à une telle frappe. Aucun intérêt stratégique ne semble pouvoir justifier la destruction ciblée d’un lieu abritant uniquement des animaux et quelques personnes venues les soigner. Cette absence d’explication rationnelle rend l’acte encore plus révoltant.
Certains y verront un message implicite : personne n’est à l’abri, pas même ceux qui n’ont pas pris les armes. D’autres parleront d’erreur de ciblage. Quelle que soit la vérité, le résultat reste le même : des morts inutiles, des souffrances inutiles, des larmes inutiles.
La reconstruction après la douleur
Malgré le choc, les bénévoles ne comptent pas baisser les bras. Déjà, ils organisent le tri des animaux survivants, la réparation des cages encore debout, la recherche de solutions temporaires pour les pensionnaires. La vie, même blessée, continue.
Mais la confiance est ébranlée. Chaque bourdonnement dans le ciel déclenchera désormais une peur viscérale. Chaque nouvel arrivage d’animaux sera teinté d’une angoisse supplémentaire : et si demain matin il n’y avait plus de refuge pour les accueillir ?
Un cri silencieux au milieu de la guerre
Les animaux ne parlent pas. Ils ne peuvent pas témoigner devant les caméras, ni écrire des articles, ni manifester. Pourtant, leur souffrance dit quelque chose de profond sur notre humanité. Quand on massacre des êtres qui ne peuvent même pas comprendre pourquoi ils meurent, on touche à une forme de cruauté qui dépasse les frontières et les langues.
Ce refuge détruit n’est pas seulement une tragédie locale. C’est un symbole. Le symbole d’une guerre qui ne respecte plus rien, pas même le droit des plus faibles à une vie paisible.
Et pendant que les bénévoles balaient les décombres et pansent les plaies des survivants, une question flotte dans l’air saturé de poudre et de chagrin : jusqu’où ira cette barbarie avant que le silence ne devienne insupportable ?
Pour l’instant, à Zaporijjia, les gamelles sont toujours remplies. Les caresses continuent, malgré les tremblements. Parce que même au cœur de l’enfer, il y a des gens qui refusent de laisser mourir l’espoir, un aboiement à la fois.









