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Drame au Stade de N’Zérékoré : La Guinée Endeuillée

Drame au stade de N'Zérékoré en Guinée : une bousculade meurtrière fait plus de 100 morts après un match de foot. La population accuse la junte au pouvoir de minimiser l'ampleur de la tragédie. La colère gronde dans la 2e ville du pays, où les drapeaux sont en berne...

La ville de N’Zérékoré, deuxième plus grande agglomération de Guinée, est sous le choc. Dimanche dernier, une bousculade meurtrière dans un stade de football a fait plus d’une centaine de morts selon de nombreux témoins, bien au-delà du bilan officiel fourni par les autorités. Trois jours après le drame, la population peine à reprendre une vie normale et la colère gronde contre la junte au pouvoir, accusée de vouloir minimiser l’ampleur de la tragédie.

Panique dans un stade bondé

Dimanche après-midi, le stade du 28-Septembre de N’Zérékoré, rempli bien au-delà de sa capacité d’accueil, accueillait un match doté d’un trophée au nom du chef de la junte, le général Mamadi Doumbouya. D’après les rescapés, tout a basculé quand des pierres ont commencé à voler dans les tribunes à la suite de décisions arbitrales contestées. Pris de panique, des milliers de spectateurs se sont rués vers la seule porte de sortie, rapidement obstruée par des véhicules de police.

« C’était l’enfer, pire que dans les films de guerre », raconte Maïkan Fofana, une journaliste présente ce jour-là. « J’ai vu des gens marcher sur ma tête pour sortir. C’est un miracle que je m’en sois sortie. » Selon les témoignages, de nombreux enfants et jeunes filles figureraient parmi les victimes, mortes étouffées ou piétinées dans la cohue. Bien que le gouvernement annonce 56 décès, beaucoup estiment que le bilan réel serait deux à trois fois supérieur, dépassant la centaine de morts.

Une organisation défaillante pointée du doigt

Au-delà de l’émotion, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer les graves manquements dans l’organisation de l’événement. Malgré la présence de deux ministres, aucun service de secours n’était présent et les forces de l’ordre ont utilisé des gaz lacrymogènes dans un espace confiné, aggravant la panique. La vétusté du stade, dont la seule porte de sortie a été bloquée, est également mise en cause.

Pour beaucoup, la tenue même de ce match pose question. Alors que la junte a interdit tout rassemblement en 2022, ce tournoi à son nom est vu comme une opération de promotion déguisée en vue d’une probable candidature du général Doumbouya à la présidentielle. « Ils auraient pavoisé s’il n’y avait pas eu ce drame, pour dire que les Guinéens soutiennent le dictateur », accuse Sekou Koudouno, figure de la société civile.

La junte dans le déni, la colère monte

Face à l’émoi suscité par le drame, la junte semble minimiser son ampleur. Si le ministre de la Justice a annoncé l’ouverture d’une enquête, il a aussi menacé d’arrêter ceux qui diffuseraient des « informations non vérifiées ou malveillantes ». Un discours qui passe mal auprès des habitants. « Ils mentent sur tout : les causes, le bilan, et même la nature du tournoi ! », s’indigne un rescapé.

Alors que des véhicules blindés patrouillent dans les rues de N’Zérékoré et que les autorités multiplient les appels au calme, la population étouffe sa colère. « On ne peut pas parler ouvertement, mais chacun rumine sa douleur et sa révolte en silence », confie un notable. Dans une Guinée déjà marquée par des décennies d’instabilité et une répression croissante des libertés, ce drame pourrait nourrir un ressentiment durable contre le pouvoir en place.

Trois jours après la catastrophe, N’Zérékoré porte encore le deuil de ses enfants fauchés dans un stade qui restera à jamais leur tombeau. Et beaucoup se demandent si leurs dirigeants auront le courage de reconnaître l’entière vérité de ce qui s’est passé ce sombre dimanche.

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