Il est 18 h 50, ce dimanche 30 novembre 2025. La nuit tombe déjà sur la zone d’activités Ravennes-les-Francs, à Bondues, dans la banlieue cossue de Lille. Un homme de 28 ans s’approche de son véhicule, probablement pressé de rentrer. Sept détonations retentissent, sèches, puissantes. Des tirs d’arme lourde. Lorsqu’il s’écroule, son pronostic vital est déjà engagé.
Une exécution froidement préparée en pleine zone commerciale
Le lieu n’a rien d’un quartier sensible. Ravennes-les-Francs, c’est plutôt le genre d’endroit où l’on croise des cadres en costume et des familles venues faire leurs courses le samedi. Pourtant, ce soir-là, le parking devient le théâtre d’une scène digne d’un film de gangsters.
Un témoin, qui préfère garder l’anonymat, raconte avoir entendu « sept gros boums très rapprochés ». Pas de doute possible : l’auteur n’a pas utilisé un simple pistolet 9 mm, mais très probablement une arme de type Kalachnikov ou une carabine semi-automatique de gros calibre. Le genre d’arme qui ne laisse que peu de chances.
Les secours arrivent en quelques minutes. Les sapeurs-pompiers et le SAMU tentent l’impossible. La victime, touchée à plusieurs reprises, est transportée en urgence absolue vers le CHR de Lille. À l’heure où ces lignes sont écrites, les médecins luttent encore pour le maintenir en vie.
Un profil bien connu des services de police
L’identité de la victime n’a pas été officiellement communiquée, mais les forces de l’ordre la connaissent parfaitement. Ce jeune homme de 28 ans fait l’objet de plusieurs procédures pour des faits liés au trafic de stupéfiants. Go-fast, importations depuis les Pays-Bas, revente au détail dans l’agglomération lilloise : son nom revenait régulièrement dans les dossiers récents.
Pour les enquêteurs, l’hypothèse du règlement de comptes s’impose dès les premières constatations. Dans le milieu du narcobanditisme, les dettes, les vols de marchandise ou les trahisons se soldent souvent de cette manière : rapide, violente, sans sommation.
« Quand on utilise une arme longue sur un parking, c’est qu’on veut être sûr du résultat. Ce n’est pas une intimidation, c’est une exécution. »
Un policier expérimenté de la PJ de Lille, sous couvert d’anonymat
La montée en puissance du narcobanditisme dans les Hauts-de-France
Cet événement tragique n’est malheureusement pas isolé. Les Hauts-de-France, et particulièrement la métropole lilloise, connaissent depuis plusieurs années une explosion de la violence liée au trafic de drogue.
En 2024, la police judiciaire a démantelé pas moins de 18 réseaux importants dans le département du Nord. Cocaïne, héroïne, cannabis : tout y passe. Et plus les saisies sont grosses, plus les pertes financières le sont aussi. Conséquence logique : les règlements de comptes se multiplient.
Quelques chiffres qui donnent le vertige :
- 2023 → 14 fusillades liées au trafic dans le Nord-Pas-de-Calais
- 2024 → 23 fusillades (dont 9 mortelles)
- 2025 → déjà 19 incidents en seulement 11 mois
Et ces chiffres n’incluent que les faits officiellement recensés. Beaucoup de victimes, par peur ou par code d’honneur, ne portent jamais plainte.
Bondues, la ville paisible rattrapée par la réalité
Bondues, c’est 10 000 habitants, des pavillons cossus, un golf, des écoles privées. Le genre d’endroit où l’on pense être à l’abri. Pourtant, la commune n’est qu’à quelques kilomètres de quartiers bien plus sensibles comme Roubaix ou Tourcoing, véritables plaques tournantes du trafic régional.
Les trafiquants, eux, n’hésitent plus à venir « travailler » ou à régler leurs affaires dans des zones jusque-là préservées. Parkings de centres commerciaux, zones d’activités désertées le soir : tout fait office de terrain de jeu macabre.
En 2023 déjà, un homme avait été abattu en pleine rue à Marcq-en-Barœul, commune voisine tout aussi résidentielle. Le mode opératoire était identique : arme longue, plusieurs tireurs, fuite immédiate.
L’enquête : traquer des tueurs professionnels
La police judiciaire de Lille a été saisie dès les premières heures. Les techniciens en identification criminelle ont passé la nuit à relever les indices : douilles, traces de pneus, vidéosurveillance.
Le ou les tireurs semblent avoir agi avec un grand professionnalisme : pas de véhicule volé retrouvé calciné à proximité (signe classique d’amateurs), aucune trace laissée volontairement. Tout laisse penser que le commando a fui calmement, peut-être à bord d’un second véhicule.
Les enquêteurs vont maintenant éplucher le téléphone de la victime, ses fréquentations, ses éventuelles dettes. Dans ce genre d’affaires, la vérité finit presque toujours par émerger… mais au prix de combien d’autres vies ?
Une société qui s’habitue à l’inacceptable
Ce qui frappe, au-delà de l’horreur des faits, c’est l’espèce de résignation ambiante. Une fusillade à l’arme lourde dans une commune huppée ? Cela fait à peine les gros titres plus de 24 heures.
Pourtant, chaque nouvel épisode devrait nous alerter. La violence du narcobanditisme ne s’arrête plus aux portes des cités. Elle contamine tout le territoire, touche des villes autrefois épargnées, transforme des parkings anodins en zones de guerre.
Et pendant ce temps, les quantités de drogue saisies battent record sur record. Preuve que l’offre est infinie, et que la demande ne faiblit pas. Un cercle vicieux dont personne ne semble capable de sortir.
Ce soir, un homme de 28 ans lutte pour sa vie. Demain, un autre prendra peut-être sa place dans la ligne de mire. Tant que rien ne changera vraiment, les parkings continueront de résonner de détonations. Et nous continuerons, impuissants, à compter les victimes.
Affaire à suivre de très près.









