Imaginez une course déjà mythique qui décide soudain de se rendre encore plus impitoyable. À un peu plus d’un mois du départ, les organisateurs du GP E3 Harelbeke viennent de dévoiler un parcours 2026 qui fait déjà trembler les jambes des sprinteurs et des puncheurs. Au cœur de ce changement radical : le Vieux Quaremont, escaladé non pas une, mais deux fois. Et pas de la même manière.
Un final repensé pour une course encore plus décisive
Chaque printemps, le GP E3 sert de premier grand test sur les pavés et les monts flandriens avant le Tour des Flandres. Mais l’édition 2026 semble vouloir bousculer l’ordre établi. Avec près de 200 kilomètres et environ 3 000 mètres de dénivelé positif, la course gagne en sévérité, surtout dans ses 60 derniers kilomètres.
Le grand changement réside dans la gestion du légendaire Vieux Quaremont. Autrefois gravi une seule fois en fin de parcours, ce monstre pavé de 2,2 km à 4 % de moyenne (mais avec des passages à plus de 11 %) sera désormais affronté à deux reprises. Une première montée par une approche différente, et une seconde qui mène directement au Paterberg.
Deux façons d’aborder le Vieux Quaremont
La première ascension se fera via la Keuzelingsstraat, une route non pavée qui permet d’arriver sur le sommet par l’arrière. Cette variante moins conventionnelle pourrait changer la dynamique : moins de pavés brutaux au départ de la montée, mais une usure progressive avant de plonger dans les secteurs les plus raides et pavés du Quaremont classique.
Puis, plus tard dans la course, les coureurs remonteront le Vieux Quaremont par son versant habituel, celui qui fait mal aux cuisses depuis des décennies. Juste après le sommet, direction le Patergent, autre juge de paix du final. Ce enchaînement Quaremont-Paterberg bis promet des écarts conséquents.
« Le changement de parcours survient parce que l’année dernière, nous avons failli gêner le parcours professionnel avec notre course junior. Avec l’adaptation, ce scénario n’est plus envisageable. »
Membre du comité organisateur
Cette explication officielle cache peut-être aussi une volonté de rendre le GP E3 encore plus spectaculaire et plus proche dans l’esprit du Ronde Vlaanderen qui suit une semaine plus tard.
Le Karnemelkbeekstraat aussi en double dose
Surnommé affectueusement le « Col E3 », le Karnemelkbeekstraat fait partie des murs courts mais très raides qui jalonnent la fin de course. Cette petite montée de 1 530 mètres à 5,5 % (pointes à 14 %) sera également grimpée deux fois.
Cette répétition renforce l’idée d’une course pensée pour user les organismes avant les attaques décisives. Les coureurs qui veulent jouer la victoire devront gérer leur effort sur ces montées répétées, sous peine de craquer au pire moment.
Harelbeke reste le cœur de l’épreuve jusqu’en 2032
Les organisateurs ont également officialisé que le départ et l’arrivée resteront à Harelbeke pour les six prochaines éditions. Cette stabilité géographique contraste avec les nombreux changements de parcours observés ces dernières années sur d’autres classiques.
Conserver la même ville hôte permet de consolider les partenariats locaux, les flux logistiques et surtout l’ambiance populaire qui fait le sel de cette épreuve.
Un avant-goût parfait du Tour des Flandres ?
Avec ce double Vieux Quaremont et ce double « Col E3 », le GP E3 2026 ressemble plus que jamais à une version raccourcie et accélérée du Ronde. Traditionnellement, le Vieux Quaremont et le Paterberg sont les deux derniers grands obstacles du Tour des Flandres, souvent théâtre des attaques décisives.
Proposer ces montées en double une semaine avant permet aux favoris de tester leur forme sur exactement les mêmes difficultés que celles qui départageront les champions le 5 avril. Pour les observateurs, cela donne également un précieux indice sur la hiérarchie à venir.
Les cadors déjà en alerte
L’an passé, c’est dans le Vieux Quaremont que Mathieu van der Poel avait fait exploser Mads Pedersen et Filippo Ganna avant de filer vers la victoire en solitaire. Avec deux ascensions, le scénario pourrait être encore plus violent : un premier écrémage sur le passage alternatif, puis un combat à mort sur le classique.
Les spécialistes des classiques pavées devront donc arriver avec des jambes capables de répéter les gros efforts. Les puncheurs explosifs risquent de payer cher leur manque d’endurance, tandis que les rouleurs-résistants pourraient trouver là leur course idéale.
Les invités : deux Français et quatre surprises
Toutes les formations WorldTour seront bien sûr au départ. Mais six équipes supplémentaires ont reçu une invitation : deux structures françaises (TotalEnergies et Unibet Rose Rockets), ainsi que Pinarello-Q36.5, Tudor, Flanders-Baloise et Burgos-BH.
Ces wildcards permettent à des coureurs moins exposés de se frotter aux meilleurs mondiaux sur l’un des plus beaux terrains de jeu du printemps. Pour les deux équipes tricolores, c’est l’occasion de briller sur les routes belges et de se montrer avant les grandes échéances.
Le défi Strava pour les cyclotouristes
Les organisateurs ne se contentent pas de penser aux professionnels. Durant les trois semaines précédant l’épreuve, les cyclotouristes sont invités à grimper le Karnemelkbeekstraat et à enregistrer leur temps sur Strava.
Le cycliste le plus rapide (homme et femme) recevra un trophée spécial le jour de la course. Une belle initiative qui permet de créer un pont entre le peloton professionnel et la communauté cyclosportive, tout en faisant vivre le mythe du « Col E3 ».
Petit clin d’œil : si vous êtes dans le coin ces prochaines semaines, n’hésitez pas à tenter votre chance. Battre le chrono des pros relève du rêve, mais se frotter au même mur que les champions, ça n’a pas de prix.
Pourquoi ces changements plaisent autant aux puristes
Les amoureux des classiques flamandes réclamaient depuis plusieurs années une course plus dure en amont du Ronde. Beaucoup trouvaient que le GP E3 devenait trop souvent une course de positionnement plutôt qu’une véritable bataille.
Avec ce nouveau final, les organisateurs répondent à cette attente. La répétition des difficultés phares devrait logiquement favoriser les coureurs les plus complets : ceux qui allient puissance sur le pavé, explosivité dans les pourcentages et résistance sur la durée.
Un calendrier de printemps déjà très chargé
Le 27 mars 2026, le GP E3 ouvrira véritablement le bal des grandes classiques flandriennes. Suivront ensuite Gand-Wevelgem, À Travers la Flandre, puis le Tour des Flandres le 5 avril, avant Paris-Roubaix le week-end suivant.
Dans ce contexte, une course aussi exigeante dès le mois de mars oblige les leaders à être prêts très tôt. Plus question d’utiliser le GP E3 comme simple entraînement : il devient une épreuve à part entière, avec ses propres enjeux.
Les favoris potentiels pour cette version 2026
Bien sûr, Mathieu van der Poel fera partie des grands favoris, surtout après sa démonstration de l’an passé. Mais avec un parcours plus long et plus dur, d’autres noms pourraient émerger : Wout van Aert s’il retrouve son niveau des grands jours, Mads Pedersen pour sa puissance brute, ou encore des outsiders comme Jasper Stuyven, Stefan Küng ou Nils Politt.
Du côté des grimpeurs-puncheurs, des noms comme Tom Pidcock, Matteo Trentin ou même un surprenant puncheur français pourraient créer la sensation si les cadors s’annulent.
Une course qui sent bon le cyclisme d’antan
Quand on parle de classiques flamandes, on parle d’odeurs de frites, de bière, de foule amassée au bord des routes, de pavés luisants sous la pluie, de souffrances partagées et d’exploits gravés dans le marbre. Le nouveau GP E3 2026 semble vouloir renforcer tous ces éléments.
En rendant la course plus difficile, les organisateurs ne font pas que durcir le parcours : ils ravivent la flamme du cyclisme populaire, celui des mythes et des légendes. Et ça, les passionnés le sentent venir de loin.
Dans un peu plus d’un mois, les regards seront tous tournés vers Harelbeke. Et cette fois, le final s’annonce dantesque. Le Vieux Quaremont n’a jamais aussi bien porté son nom.
À vos agendas, à vos télévisions, et pour les plus chanceux, à vos bidons : le printemps cycliste belge 2026 commence fort. Très fort.









