Au cœur de l’Afrique de l’Ouest, un silence inquiétant s’installe. Imaginez un pays où les micros se taisent, où les plumes s’arrêtent de gratter le papier, où les voix qui osent s’élever disparaissent dans l’ombre. Ce n’est pas une fiction, mais une réalité qui se dessine aujourd’hui au Burkina Faso. Mardi dernier, une décision brutale a secoué le paysage médiatique : la junte au pouvoir a dissous une association phare de journalistes, après avoir arrêté ses principaux responsables. Que se passe-t-il vraiment dans ce pays dirigé par des militaires depuis 2022 ? Plongez avec moi dans cette actualité brûlante, où la liberté d’expression semble être la première victime d’un régime inflexible.
Une Dissolution qui Fait Trembler
Le couperet est tombé comme un éclair dans un ciel déjà chargé. Une association majeure, qui représentait les journalistes du Burkina Faso, a été rayée d’un trait de plume par les autorités militaires. Officiellement, le motif est administratif : un défaut de conformité à une loi datant de 2015. Mais derrière ce prétexte légal, beaucoup y voient une volonté claire de faire taire les critiques. Le ministre de l’Intérieur a été catégorique dans son communiqué, déclarant que cette structure n’existait tout simplement plus aux yeux de la loi. Une annonce froide, presque mécanique, qui cache une réalité bien plus troublante.
La veille de cette décision, deux figures clés de l’association avaient été arrêtées. Leur faute ? Avoir osé pointer du doigt, lors d’un congrès, les atteintes croissantes à la liberté de la presse dans leur pays. Ces hommes, emmenés par des agents se présentant comme des membres des services de renseignement, ont disparu vers une destination inconnue. Un troisième journaliste, qui avait couvert l’événement pour une chaîne privée, a subi le même sort. Coïncidence ? Difficile à croire.
Quand la Parole Devient un Crime
Ce n’est pas la première fois que des voix dissonantes sont réduites au silence au Burkina Faso. Depuis le coup d’État de septembre 2022, qui a porté au pouvoir une junte militaire sous la bannière d’une politique dite souverainiste, les cas d’enlèvements se multiplient. Des journalistes, des militants, des citoyens ordinaires : personne ne semble à l’abri. Selon des sources proches du dossier, pas moins de sept professionnels des médias ont été enlevés en 2024. Certains sont toujours portés disparus, leurs familles plongées dans l’angoisse et l’incertitude.
Les atteintes à la liberté d’expression et de presse ont atteint un niveau jamais égalé.
– Un responsable de l’association dissoute, lors du congrès
Ces mots, prononcés publiquement quelques jours avant les arrestations, résonnent comme un cri d’alarme. Le président de l’association, également employé d’une chaîne nationale, n’avait pas mâché ses mots. Il avait accusé les médias publics de n’être que des outils de propagande au service du pouvoir. Une prise de position courageuse, mais qui lui a coûté cher. Aujourd’hui, sa chaise reste vide, et ses collègues craignent le pire.
Un Prétexte Administratif Trop Commode
Revenons sur les raisons officielles de cette dissolution. Le gouvernement argue que l’association n’a pas respecté une vieille loi sur les organisations. Mais ce motif soulève des questions. Pourquoi maintenant ? Pourquoi cette structure, connue pour son dynamisme et son rôle clé dans la défense des droits des journalistes ? Pour beaucoup, il s’agit d’une excuse fabriquée de toutes pièces, un écran de fumée destiné à masquer des intentions bien plus sombres.
Une organisation internationale de défense des médias a réagi avec virulence. Dans un communiqué, elle dénonce une décision arbitraire, motivée par des raisons politiques. Selon elle, cette dissolution n’est qu’un épisode de plus dans une stratégie globale visant à étouffer toute forme de contestation. Et les faits semblent lui donner raison : le ministre de l’Intérieur a menacé de sanctions quiconque tenterait de soutenir ou de maintenir cette association dissoute. Un avertissement clair : la parole est devenue un terrain miné.
Un Régime Sous Tension
Pour comprendre cette répression, il faut remonter à la genèse du régime actuel. En septembre 2022, un coup d’État a renversé le pouvoir en place, installant une junte militaire dirigée par un jeune capitaine. Ce dernier a promis de restaurer la souveraineté nationale et de lutter contre les groupes jihadistes qui ravagent le pays depuis des années. Mais derrière ces discours patriotiques, une autre réalité émerge : celle d’un régime autoritaire qui ne tolère aucune opposition.
Les enlèvements ne se limitent pas aux journalistes. La semaine dernière, un mouvement politique a signalé la disparition de cinq de ses membres, dont un reporter, après avoir dénoncé des exactions attribuées à l’armée et à ses alliés dans le cadre de la lutte antijihadiste. Ces accusations, graves, pointent du doigt des massacres de civils perpétrés sous couvert de sécurité nationale. Une version que le pouvoir rejette en bloc, mais qui alimente les tensions dans un pays déjà fragilisé.
La Presse, Dernier Bastion de la Liberté ?
Dans ce climat de peur, les journalistes apparaissent comme les derniers remparts d’une société qui glisse vers le silence. Leur rôle est crucial : informer, alerter, donner la parole à ceux qui n’en ont plus. Mais au Burkina Faso, cette mission devient un acte de bravoure, presque un défi lancé au pouvoir. Chaque article publié, chaque reportage diffusé est un risque calculé. Et pourtant, ils persistent, portés par un devoir qui transcende la peur.
- Sept enlèvements de journalistes recensés cette année.
- Une association dissoute en un claquement de doigts.
- Des menaces explicites contre ceux qui osent parler.
Ces chiffres et ces faits dressent un tableau sombre. Mais ils racontent aussi une histoire de résistance. Car même bâillonnés, même traqués, ces professionnels continuent de chercher la vérité. Une détermination qui force l’admiration, mais qui interroge : jusqu’à quand pourront-ils tenir ?
Un Avenir Incertain
Alors que les micros se taisent un à un, une question plane : que reste-t-il de la liberté dans un pays où la parole est devenue un luxe ? La dissolution de cette association et les arrestations qui l’ont précédée ne sont pas des incidents isolés. Elles s’inscrivent dans une logique de contrôle, où chaque voix dissidente est perçue comme une menace. Et pourtant, le silence n’est jamais total. Il y a toujours une plume, un murmure, un souffle qui refuse de s’éteindre.
Pour l’heure, le sort des journalistes enlevés reste inconnu. Leurs collègues, leurs familles, et tous ceux qui croient encore en une presse libre retiennent leur souffle. Le Burkina Faso, à la croisée des chemins, doit choisir : céder à l’ombre ou laisser la lumière percer. Une chose est sûre : cette histoire est loin d’être terminée.
Et si la liberté de parole disparaissait totalement ? La suite dépend de nous tous.