Imaginez une salle de réunion discrète, loin des projecteurs européens, où se croisent pour la première fois des représentants de trois puissances directement impliquées dans l’un des conflits les plus meurtriers du XXIe siècle. Ce samedi 24 janvier 2026, à Abou Dhabi, des délégations russe, ukrainienne et américaine se retrouvent autour d’une table pour tenter de dessiner les contours d’une paix qui échappe au monde depuis quatre longues années. L’enjeu est immense : arrêter une guerre qui a déjà coûté des dizaines de milliers de vies.
Ce format tripartite marque une étape sans précédent. Jamais auparavant des négociateurs de ces trois pays n’avaient discuté ensemble de manière aussi structurée sur les conditions d’un règlement définitif. Pourtant, l’optimisme reste mesuré, car un point cristallise toutes les tensions : le contrôle du Donbass, cette région industrielle et minière de l’est de l’Ukraine aujourd’hui largement tenue par les forces russes.
Un format inédit sous haute tension
Les discussions ont véritablement repris ce samedi matin après une première journée d’échanges vendredi. Selon les déclarations officielles, les pourparlers visent à définir les paramètres qui permettraient de mettre un terme à l’invasion russe lancée en février 2022. Le négociateur ukrainien en chef a insisté sur la nécessité d’avancer vers une paix digne et durable, tout en soulignant la logique progressive du processus.
Du côté russe, la position reste inflexible. Le Kremlin exige un retrait complet des forces ukrainiennes du Donbass avant toute perspective d’accord durable. Cette condition territoriale est présentée comme non négociable, condition sine qua non pour espérer une sortie de crise.
Les acteurs clés autour de la table
La délégation russe est dirigée par le général Igor Kostioukov, à la tête du renseignement militaire. Sa présence souligne le poids stratégique et sécuritaire accordé à ces négociations par Moscou.
Côté américain, deux figures proches de l’administration Trump se distinguent : Steve Witkoff et Jared Kushner, ce dernier étant le gendre de l’ancien et actuel président américain. Leur implication directe traduit l’engagement personnel de Washington dans la recherche d’une issue rapide au conflit.
Pour l’Ukraine, Roustem Oumerov porte la responsabilité des échanges. Il décrit des discussions sérieuses, centrées sur la fin de la guerre et les étapes suivantes vers une résolution stable.
Le contexte sécuritaire et humanitaire dramatique
Pendant que les diplomates dialoguent dans les Émirats arabes unis, la réalité du terrain reste implacable. Dans la nuit de vendredi à samedi, de nouveaux bombardements ont visé Kiev. Au moins une personne a perdu la vie et quatre autres ont été blessées dans la capitale ukrainienne.
Le réseau énergétique ukrainien, déjà très fragilisé par des mois de frappes ciblées, subit de nouvelles dégradations. À des températures descendant sous les -10°C, de larges zones de Kiev se retrouvent privées d’électricité, de chauffage et parfois même d’eau courante. Le maire de la ville a alerté sur l’ampleur de ces perturbations.
À Kharkiv, deuxième plus grande ville du pays, 25 drones russes ont été lancés dans la même période, faisant 11 blessés. Ces attaques illustrent la pression militaire continue exercée sur les infrastructures civiles ukrainiennes.
La position inflexible de Moscou sur le Donbass
Le porte-parole de la présidence russe a réaffirmé vendredi la position de Moscou : les forces ukrainiennes doivent quitter le Donbass. Sans avancée significative sur cette question territoriale, aucun accord de long terme ne pourra être conclu, selon les autorités russes.
Cette exigence constitue le principal obstacle. Le Donbass, riche en ressources minières et industrielles, représente à la fois un enjeu économique majeur et un symbole politique fort pour les deux parties. Pour Kiev, abandonner cette région reviendrait à entériner une perte territoriale importante. Pour Moscou, conserver le contrôle est présenté comme une garantie de sécurité.
Les rencontres préparatoires de haut niveau
Ces pourparlers à Abou Dhabi interviennent au lendemain de deux rencontres diplomatiques de premier plan. À Davos, Volodymyr Zelensky s’est entretenu avec Donald Trump en marge du Forum économique mondial. Le président ukrainien a indiqué avoir obtenu un accord de principe sur des garanties de sécurité pour son pays, qui devra être formalisé ultérieurement par les parlements concernés.
Parallèlement, à Moscou, Vladimir Poutine a reçu les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner. Ces échanges bilatéraux ont préparé le terrain pour la réunion tripartite actuelle.
L’absence remarquée des Européens
Pour la première fois depuis longtemps, les discussions se déroulent sans la participation des pays de l’Union européenne. Cette configuration suscite des inquiétudes dans plusieurs capitales européennes, qui redoutent qu’un accord négocié principalement sous influence américaine ne sacrifie certains intérêts ukrainiens au profit d’un compromis rapide.
La Russie, de son côté, a toujours critiqué ce qu’elle considère comme une ingérence européenne excessive dans le processus de négociation. L’éloignement géographique choisi – les Émirats arabes unis – permet ainsi de tenir ces échanges à l’écart des regards et des pressions européennes.
Le discours très critique de Zelensky à Davos
Vendredi, lors de son intervention au Forum de Davos, Volodymyr Zelensky a tenu des propos d’une rare sévérité envers ses principaux partenaires occidentaux. Il a décrit une Europe fragmentée et perdue face à l’influence de Donald Trump, et faisant preuve d’un manque de volonté politique vis-à-vis de Vladimir Poutine.
Ces déclarations traduisent une forme de lassitude et de frustration accumulée après des années de dépendance aux soutiens occidentaux, alors que la situation militaire reste défavorable à l’Ukraine depuis près de deux ans.
Une situation militaire toujours précaire pour Kiev
Sur le front, les forces ukrainiennes reculent progressivement face à un adversaire numériquement supérieur et mieux équipé. La dépendance au soutien financier et militaire occidental reste totale, mais l’avenir de cette aide apparaît de plus en plus incertain avec les évolutions politiques à Washington.
Les frappes répétées sur les infrastructures énergétiques ont considérablement affaibli la résilience du pays face à l’hiver. Les populations civiles paient le prix le plus lourd de cette stratégie d’usure.
Un historique de négociations difficiles
Les discussions actuelles ne partent pas de zéro. Dès 2022, puis à plusieurs reprises en 2025, des négociations directes entre Russes et Ukrainiens avaient eu lieu, notamment à Istanbul. Ces pourparlers avaient permis des échanges de prisonniers et le rapatriement de dépouilles de soldats, mais n’avaient jamais abouti à une avancée politique significative.
Le format tripartite actuel, avec la médiation américaine, constitue donc une tentative nouvelle pour débloquer une situation gelée depuis longtemps.
Vers une paix durable ou un simple cessez-le-feu ?
La question centrale reste la suivante : ces négociations peuvent-elles aboutir à une paix véritable ou se limiteront-elles à un cessez-le-feu fragile ? Le président ukrainien a insisté sur la nécessité que la Russie manifeste une volonté réelle de mettre fin au conflit, et non seulement l’Ukraine.
Il a également rappelé que son pays aspire non seulement à arrêter les combats, mais à obtenir des garanties de sécurité totales pour l’avenir. Cette exigence de garanties solides constitue un autre point de friction potentiel.
Pour l’instant, les déclarations officielles restent prudentes. « Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions », a déclaré Volodymyr Zelensky à l’issue des premiers échanges. Il affirme être informé presque heure par heure de l’évolution des discussions et attend désormais les résultats de cette journée décisive de samedi.
Les espoirs et les craintes autour de ces pourparlers
Du côté ukrainien, l’espoir est mince mais réel : une issue diplomatique pourrait enfin permettre de stopper l’hémorragie humaine et matérielle. Cependant, la crainte est grande de devoir consentir à des concessions territoriales douloureuses.
Pour la Russie, ces négociations représentent une opportunité de faire entériner des gains militaires sur le terrain tout en obtenant des garanties de non-élargissement de l’OTAN ou d’autres concessions sécuritaires.
Les États-Unis, sous l’impulsion de Donald Trump, semblent déterminés à obtenir un accord rapide, quitte à exercer une forte pression sur Kiev. Cette approche suscite à la fois de l’espoir chez ceux qui veulent voir la guerre s’arrêter et de l’inquiétude chez ceux qui craignent un diktat imposé à l’Ukraine.
Que retenir de cette journée historique ?
À l’heure où ces lignes sont écrites, les discussions se poursuivent dans la capitale émiratie. Chaque heure compte. Les positions restent très éloignées, notamment sur la question cruciale du Donbass, mais le simple fait que ces trois délégations se parlent directement constitue déjà un signal politique fort.
La guerre en Ukraine a montré que les solutions militaires seules ne suffisent pas à résoudre les conflits de cette ampleur. Les voies diplomatiques, aussi difficiles et imparfaites soient-elles, restent indispensables. Reste à savoir si Abou Dhabi deviendra le lieu où se dessine enfin une sortie de crise ou simplement une nouvelle étape dans un long et douloureux processus.
Les prochaines heures, voire les prochains jours, seront déterminants. Les populations ukrainiennes, qui subissent quotidiennement les conséquences du conflit, attendent avec une impatience mêlée d’angoisse les résultats de ces pourparlers hors des sentiers battus.
Une chose est sûre : l’histoire retiendra qu’en janvier 2026, dans une salle climatisée d’Abou Dhabi, des représentants de trois grandes puissances ont tenté, ensemble, de mettre fin à l’un des conflits les plus tragiques de notre époque.









