Imaginez la scène : une crèche calme des quartiers sud de Marseille, des rires d’enfants, des jouets colorés… et soudain, un homme en costume, père d’un petit garçon de moins de quatre ans, qui profère des menaces de mort parce que son fils vient d’être exclu pour violence. Ce n’est pas un film. C’est ce qui se serait passé fin novembre 2025 dans le 9ᵉ arrondissement de Marseille.
Quand l’exclusion d’un tout-petit déclenche une tempête
Les crèches excluent très rarement un enfant. Cela arrive quand tous les recours sont épuisés et que la sécurité des autres petits et du personnel est en jeu. À la crèche privée « Les Petits Cotons », c’est exactement ce qui s’est produit.
Dès les premiers mois de son inscription en 2024, le fils du vice-consul du Sénégal à Marseille aurait multiplié les comportements agressifs : coups, morsures, cris incontrôlables. Plusieurs réunions avec les parents ont eu lieu. En vain. Aucune prise en charge psychologique n’aurait été acceptée. L’établissement a fini par prononcer l’exclusion, mesure exceptionnelle pour un enfant si jeune.
La colère incontrôlée du père diplomate
Le père, haut fonctionnaire au consulat du Sénégal, n’aurait pas supporté la décision. Selon le récit de la directrice, il se serait présenté à la crèche dans un état de fureur extrême. Les mots auraient dépassé la simple protestation : menaces de mort explicites, intimidations physiques, propos terrifiants devant le personnel et parfois même des parents.
Traumatisée, la directrice a porté plainte immédiatement. Les faits sont graves. Mais l’homme bénéficie de l’immunité diplomatique. Cela change tout… ou presque.
« Il m’a dit qu’il allait me tuer, qu’il connaissait des gens pour ça, qu’il avait les moyens… J’ai eu très peur pour ma vie. »
Extrait du dépôt de plainte (anonymisé)
L’immunité diplomatique : bouclier ou passe-droit ?
La Convention de Vienne de 1961 protège les diplomates et leurs familles contre la plupart des poursuites dans le pays hôte. En théorie, la police française ne peut ni l’arrêter ni le fouiller sans l’accord de son pays d’origine. En pratique, cela crée souvent un sentiment d’impunité.
Mais l’immunité n’est pas absolue. Le Sénégal peut la lever. Et surtout, rien n’empêche moralement un État de rappeler un diplomate qui se conduit mal. Des précédents existent : en 2023, un diplomate saoudien avait été expulsé de France après des violences conjugales. En 2019, la fille d’un ambassadeur avait perdu son immunité après avoir frappé une femme de ménage.
Dans cette affaire marseillaise, le consulat du Sénégal n’a pas encore communiqué. Silence pesant.
La violence chez les tout-petits : un tabou qui explose
On parle beaucoup de la violence adolescente, rarement de celle des enfants de moins de quatre ans. Pourtant, les professionnels de la petite enfance sonnent l’alarme depuis plusieurs années.
Dans certaines crèches, jusqu’à 10 % des enfants présentent des troubles graves du comportement : coups répétés, morsures profondes, crises de rage incontrôlables. Les équipes sont démunies. Les parents parfois dans le déni total.
Et quand la situation devient ingérable, l’exclusion reste le dernier recours. Une décision déchirante, car elle pénalise l’enfant autant que la famille. Mais que faire quand un petit de 30 mois envoie systématiquement les autres à l’infirmerie ?
- Manque criant de psychologues spécialisés petite enfance
- Formations insuffisantes des auxiliaires de puériculture face à la violence
- Parents parfois absents ou refusant toute aide extérieure
- Pression sociale : « Mon enfant ne peut pas être violent »
Marseille, ville sous tension
Cette affaire ne sort pas de nulle part. Marseille cumule les tensions : trafics, règlements de comptes, sentiment d’abandon de certaines institutions. Quand un représentant officiel d’un État étranger se permet de menacer une citoyenne française sur son lieu de travail, le symbole est terrible.
Dans les quartiers sud, pourtant réputés plus calmes, les habitants commencent à parler d’une « montée de l’incivilité » tous azimuts. Des parents d’élèves racontent des scènes similaires dans les écoles maternelles : injures, menaces, parfois même des pères qui viennent « régler leurs comptes » directement avec les enseignants.
La peur change de camp. Des directrices de crèche songent désormais à installer des boutons d’alerte ou des caméras dans leur bureau. Triste évolution.
Que va-t-il se passer maintenant ?
L’enquête est en cours. La plainte est solide : plusieurs témoins, enregistrements possibles, traces écrites. Reste à savoir si le Quai d’Orsay va demander la levée d’immunité ou si le Sénégal rappellera discrètement son vice-consul.
En attendant, la directrice vit sous protection. Elle a dû déménager temporairement. Le personnel de la crèche est choqué. Et les parents des autres enfants se posent mille questions : comment en est-on arrivé là ?
Cette affaire dépasse le simple fait divers. Elle cristallise plusieurs fractures : le déni parental face à la violence infantile, les limites de l’immunité diplomatique, le sentiment d’impunité de certains, et surtout la difficulté croissante à faire respecter les règles les plus élémentaires dans des lieux censés être des sanctuaires pour les tout-petits.
À l’heure où l’on parle d’autorité, d’éducation, de respect, cet épisode marseillais résonne comme un signal d’alarme. Parce qu’un enfant de trois ans qui frappe, ce n’est pas « juste une phase ». Et un adulte qui menace de mort parce qu’on protège d’autres enfants, ce n’est pas « juste de la colère ».
C’est le symptôme d’une société où les limites s’effritent dangereusement, même là où on pensait être à l’abri : dans une crèche, au milieu des doudous et des peintures à doigts.
À retenir : L’immunité diplomatique protège, mais ne doit pas devenir un blanc-seing pour l’impunité. Quand un représentant d’un État menace une citoyenne française sur son sol, la réponse doit être ferme, rapide et exemplaire. Sinon, c’est la porte ouverte à tous les abus.
Au-delà du cas personnel, espérons que cette affaire obligera enfin à ouvrir les yeux sur la violence en bas âge et sur la nécessité d’accompagner vraiment les familles en difficulté, sans angélisme ni complaisance.
Parce que protéger les enfants, tous les enfants, devrait être la priorité absolue. Même quand leur père porte un badge diplomatique.









