Au Venezuela, certains noms résonnent comme un avertissement. Celui de Diosdado Cabello en fait partie. Figure omniprésente du paysage politique depuis plus de deux décennies, cet ancien militaire incarne aujourd’hui la continuité du chavisme dans un pays en pleine tourmente. Avec la chute récente de Nicolas Maduro, traduit devant la justice américaine, Cabello a pris les rênes de la sécurité intérieure, affirmant haut et fort que l’unité révolutionnaire reste intacte.
Diosdado Cabello, pilier incontestable du chavisme
Peu de personnalités polarisent autant les Vénézuéliens. Pour les uns, il est un héros de la révolution bolivarienne. Pour les autres, un symbole de répression et de corruption. Sa trajectoire, intimement liée à celle d’Hugo Chavez, illustre la survie d’un système politique marqué par la loyauté absolue et le contrôle ferme du pouvoir.
Compagnon d’armes de longue date du défunt leader, Cabello a su se positionner comme le numéro deux incontesté pendant des années. Aujourd’hui, avec une prime de 25 millions de dollars sur sa tête offerte par les États-Unis, il reste un acteur central, dirigeant le parti au pouvoir et les appareils de sécurité.
Un parcours forgé dans l’armée et la révolution
Né le 15 avril 1963 à El Furrial, dans l’État de Monagas, Diosdado Cabello grandit dans un environnement rural modeste. Diplômé de l’académie militaire, il intègre rapidement les forces armées où il noue une amitié décisive avec Hugo Chavez.
Cette rencontre marque le début d’une ascension fulgurante. En 1992, Cabello participe activement à la tentative de coup d’État menée par Chavez contre le président Carlos Andrés Pérez. Arrêté et emprisonné, il bénéficie comme ses complices d’une grâce en 1994.
Libéré, il se consacre pleinement à la campagne de Chavez, contribuant à sa victoire électorale en 1998. Ingénieur de formation, Cabello entre au gouvernement dès l’année suivante, occupant des postes stratégiques comme la direction des télécommunications.
Son engagement radical le place naturellement dans le cercle restreint des chavistes les plus fidèles. En 2002, lors du bref coup d’État qui écarte temporairement Chavez, Cabello assure même l’intérim présidentiel, démontrant sa loyauté indéfectible.
Le commandant Chavez m’a nommé ministre de l’Intérieur et de la Justice au milieu de tout ce chaos. À cette époque, avec le peuple à nos côtés, nous avons triomphé.
Cette phrase, prononcée par Cabello en 2024 lors de sa nouvelle nomination au ministère de l’Intérieur, résume parfaitement sa vision d’une révolution toujours en marche, soutenue par la mobilisation populaire.
L’omniprésence dans le parti et les institutions
Depuis plus de dix ans, Diosdado Cabello domine le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV). Secrétaire général et figure de proue, il en contrôle les rouages avec une main de fer. Député depuis 2011, il a présidé l’Assemblée nationale entre 2012 et 2016.
Ses passages ministériels sont nombreux : infrastructures, travaux publics, et bien sûr l’Intérieur et la Justice à plusieurs reprises. Chaque poste renforce son influence sur l’appareil d’État et les forces de sécurité.
Après les contestations massives suivant l’élection de 2024, que l’opposition revendique comme une victoire volée, les services sous son contrôle ont procédé à plus de 2 000 arrestations. Un chiffre qui illustre l’ampleur de la répression orchestrée pour maintenir l’ordre révolutionnaire.
Rôles clés occupés par Diosdado Cabello :
- Ministre de l’Intérieur et de la Justice (plusieurs mandats)
- Président de l’Assemblée nationale (2012-2016)
- Secrétaire général du PSUV
- Président par intérim en 2002
- Responsable des télécommunications sous Chavez
Cette liste non exhaustive montre à quel point Cabello a su occuper les postes stratégiques, consolidant son pouvoir au fil des années.
Les colectivos : une force parallèle redoutée
L’une des marques les plus controversées de son influence reste la création et le soutien aux colectivos. Ces groupes armés pro-gouvernementaux agissent comme une milice parallèle, souvent décrite comme des paramilitaires au service du pouvoir.
Circulant parfois cagoulés dans les quartiers populaires, ils contrôlent des territoires entiers et interviennent pour réprimer les manifestations ou intimider les opposants. Leur loyauté va directement au chavisme radical incarné par Cabello.
Des observateurs les comparent à des forces incontrôlables, prêtes à être déployées pour maintenir l’ordre par la peur. Bien que le gouvernement en nie le contrôle total, leur existence renforce l’appareil répressif au-delà des institutions officielles.
Cette structure parallèle soulève de nombreuses questions sur la nature du pouvoir au Venezuela : entre forces régulières et groupes informels, la ligne devient floue, renforçant le sentiment d’impunité pour ceux qui défendent la révolution.
Conduire avec une massue : l’émission qui cible les ennemis
Chaque semaine, des millions de Vénézuéliens reconnaissent son visage grâce à son émission télévisée emblématique, « Frapper avec une massue ». Ce programme, diffusé sur une chaîne publique, sert de tribune pour dénoncer les opposants au régime.
Cabello y distille propagande, accusations et moqueries à l’encontre de figures comme Juan Guaido, qu’il surnomme un « rat qui joue au padel », ou Maria Corina Machado, comparée à une créature mythique terrifiante des légendes vénézuéliennes.
Ces attaques personnelles visent à discréditer et à isoler les voix dissidentes. L’émission devient ainsi un outil puissant de contrôle de l’information et de mobilisation des fidèles.
Pour beaucoup, elle incarne la stratégie de communication agressive du chavisme : transformer les ennemis politiques en caricatures, rendant toute opposition illégitime aux yeux des partisans.
Accusations américaines et tensions internationales
Les États-Unis considèrent Diosdado Cabello comme une cible prioritaire. Une récompense de 25 millions de dollars est offerte pour toute information menant à son arrestation, dans le cadre d’accusations graves de narcotrafic.
Il figure sur le même acte d’accusation que Nicolas Maduro, accusé d’avoir utilisé le pouvoir étatique pour protéger et promouvoir des activités illicites, enrichissant ainsi l’élite au pouvoir.
Ces allégations, bien que rejetées par Caracas, pèsent lourdement sur sa réputation internationale. Elles renforcent l’image d’un régime gangréné par la corruption et les liens avec le crime organisé.
Malgré ces pressions, Cabello maintient une posture défiante, présentant les sanctions comme des attaques impérialistes contre la souveraineté vénézuélienne.
Les clans au pouvoir : une stabilité fragile
Derrière l’unité affichée, le chavisme cache des rivalités internes. Les relations entre Cabello et la famille Rodriguez, notamment Delcy et Jorge, sont souvent décrites comme tendues.
Le ministre de la Défense, Vladimir Padrino Lopez, représente un autre pôle d’influence. Dans le contexte actuel, marqué par l’absence de Maduro, ces tensions pourraient fragiliser le pouvoir en place.
Cabello exerce un contrôle informel majeur sur les services de renseignement et la sécurité, tandis que d’autres détiennent l’autorité formelle. Cette dualité crée un équilibre précaire.
L’héritage de Chavez, qui avait désigné Maduro comme successeur au détriment de Cabello, laisse encore des traces. Pourtant, l’unité reste le maître-mot pour préserver le système face aux défis internes et externes.
Principaux clans au sein du pouvoir vénézuélien :
- Clan Cabello : contrôle informel sur la sécurité et le parti
- Clan Rodriguez : influence économique et parlementaire
- Forces armées : représentées par Padrino Lopez
Ces pôles maintiennent un équilibre fragile, essentiel à la survie du chavisme.
Dans ce jeu d’alliances et de rivalités, Diosdado Cabello apparaît comme l’élément le plus constant, celui qui incarne la continuité révolutionnaire depuis les origines.
Un avenir incertain pour le Venezuela
Avec la transition en cours, le rôle de Cabello devient crucial. Sa capacité à maintenir l’unité face aux pressions internes et externes déterminera en grande partie l’évolution du pays.
Ses détracteurs lui prêtent une fortune colossale accumulée via des réseaux opaques. Ses partisans, eux, voient en lui le gardien fidèle de l’héritage chaviste.
Quoi qu’il en soit, Diosdado Cabello reste une figure incontournable. Son parcours illustre les paradoxes d’un système politique où loyauté, pouvoir et controverse se mêlent inextricablement.
Dans un Venezuela en quête de stabilité, son influence continuera sans doute à façonner les événements dans les mois et années à venir. L’homme fort du chavisme n’a pas fini de faire parler de lui.
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