Alors que la Syrie traverse une période de bouleversements politiques majeurs suite à la chute surprise de Bachar el-Assad en décembre dernier, le pays fait face à un nouveau drame. Deux journalistes turcs, Nazim Dastan et Cihan Bilgin, ont été tués jeudi dans le nord du pays alors qu’ils couvraient des affrontements entre groupes rebelles soutenus par la Turquie et milices kurdes.
Leur mort tragique s’ajoute à la longue liste des victimes d’un conflit qui a déjà fait plus de 500 000 morts et déplacé des millions de Syriens. Elle souligne aussi les défis immenses auxquels est confronté le pays dans sa quête d’un avenir pacifique et démocratique.
Les diplomates occidentaux à la manœuvre
Depuis la chute d’Assad, qui a trouvé refuge en Russie, la communauté internationale s’active pour tenter d’accompagner la transition politique. Pour la première fois depuis 2011, des émissaires américains et européens ont ainsi remis les pieds à Damas ces derniers jours.
Leur objectif : pousser les nouvelles autorités syriennes, dominées par le groupe islamiste Hayat Tahrir al-Cham, à rompre avec l’Iran et la Russie et à s’engager sur la voie de réformes démocratiques. Mais la tâche s’annonce ardue tant les intérêts divergent et les rancoeurs sont tenaces après une décennie de guerre civile.
La France rouvre symboliquement son ambassade
Signe de cette volonté d’accompagner le changement, la France a rouvert symboliquement mardi les locaux de son ambassade, fermée depuis 2012. Une délégation emmenée par l’émissaire Jean-François Guillaume a hissé le drapeau tricolore sur le bâtiment, sans pour autant encore rétablir une présence diplomatique permanente.
Il s’agit d’une étape logique vers la réouverture de l’ambassade à Damas. Cette mission diplomatique conditionnera un retour pérenne de la France.
– Michel Duclos, ancien ambassadeur de France en Syrie
Un pays en ruines et une économie à genoux
Mais au-delà des enjeux diplomatiques, c’est bien la situation sur le terrain qui préoccupe. Après des années de combats et de bombardements, la Syrie est un champ de ruines. Selon la Banque mondiale, le coût des destructions dépasse les 400 milliards de dollars.
L’économie est exsangue avec une monnaie qui ne vaut plus rien, une inflation galopante et un taux de chômage stratosphérique. La priorité des nouvelles autorités sera d’obtenir une levée des sanctions occidentales pour espérer une reprise des échanges et des investissements.
Les défis de la reconstruction et du retour des réfugiés
Car le pays est aujourd’hui complètement dépendant de l’aide extérieure pour faire tourner ses infrastructures essentielles comme les hôpitaux ou les centrales électriques. Des pans entiers de villes comme Alep ou Homs sont toujours en ruines, sans parler des campagnes et villages dévastés par les affrontements.
La reconstruction, qui nécessitera des centaines de milliards de dollars, n’a pas encore vraiment commencé. De quoi décourager le retour des quelques 6,6 millions de Syriens réfugiés à l’étranger, principalement en Turquie, au Liban et en Jordanie. Pourtant, c’est un enjeu crucial pour l’avenir du pays qui a perdu le quart de sa population.
L’épineuse question de la place des alaouites
L’autre grand défi de la Syrie post-Assad sera de trouver un nouvel équilibre entre ses différentes composantes ethniques et religieuses. À commencer par la minorité alaouite, dont est issu l’ancien président, qui a longtemps dominé les rouages du pouvoir et de l’armée.
Dans des villes comme Lattaquié, les partisans du régime déchu craignent désormais les représailles des rebelles. Des milliers d’entre eux ont déjà fui vers le Liban voisin. Le nouveau pouvoir devra les rassurer et les réintégrer s’il veut éviter de nouvelles tensions communautaires.
Il nous faut renoncer à la vengeance. La priorité est de tourner la page de cette guerre fratricide et de retrouver une unité nationale.
– Un opposant syrien
La mort tragique de Nazim Dastan et Cihan Bilgin est venue rappeler que malgré la chute de Bachar el-Assad, la Syrie est encore loin d’avoir retrouvé la paix et la stabilité. La communauté internationale aura un rôle essentiel à jouer pour épauler le nouveau pouvoir et désamorcer les nombreux défis qui l’attendent. Mais l’avenir du pays reste plus que jamais suspendu à la volonté des Syriens eux-mêmes de surmonter leurs divisions pour écrire ensemble une nouvelle page de leur histoire.