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Démolition à Jérusalem-Est : l’UNRWA Visée par Israël

Des bulldozers israéliens ont surgi à l'aube pour raser des bâtiments de l'UNRWA à Jérusalem-Est, sans le moindre avertissement. L'agence onusienne parle d'attaque sans précédent et de violation majeure. Que cache vraiment cette opération ?

Imaginez-vous réveillé par le grondement sourd des moteurs diesel à l’aube, un bruit qui n’annonce rien de bon. Ce mardi matin, dans le quartier de Jérusalem-Est, ce scénario est devenu réalité pour le siège de l’agence onusienne dédiée aux réfugiés palestiniens. Sans le moindre préavis, des engins de chantier ont commencé à détruire des infrastructures appartenant à cette organisation internationale.

Le choc est immense pour les responsables de l’agence. Ce qui se déroule sous leurs yeux dépasse, selon eux, les simples différends administratifs ou politiques. Il s’agit d’un acte qui remet en cause des principes fondamentaux régissant les relations entre États et organisations internationales.

Une opération surprise qui marque un tournant

Peu après 7 heures du matin, des forces israéliennes ont pénétré dans le complexe. Les agents de sécurité présents sur place ont été contraints de quitter les lieux. Rapidement, les bulldozers se sont mis à l’œuvre, détruisant au moins un bâtiment principal du site.

Sur les images capturées par des témoins, on distingue nettement le drapeau israélien flottant au-dessus des décombres en cours de création. Des responsables politiques israéliens étaient également présents, observant l’avancée des travaux de démolition.

Le contexte d’une interdiction déjà ancienne

Depuis maintenant un an, les activités de cette agence ont été interdites sur le territoire contrôlé par Israël. Cette mesure s’explique par des accusations récurrentes de liens entre certains membres de l’organisation et le mouvement Hamas. Le complexe de Jérusalem-Est, bien que situé dans une zone occupée depuis 1967, tombe selon les autorités israéliennes sous le coup de cette interdiction générale.

Les locaux n’abritaient plus de personnel de l’agence depuis cette décision d’interdiction. Cela n’a toutefois pas empêché l’opération de ce mardi, menée avec une détermination manifeste et sans délai d’exécution annoncé.

Réactions immédiates et très vives de l’agence

Pour les porte-parole de l’organisation, les termes employés sont sans ambiguïté. On parle d’attaque sans précédent, de violation grave du droit international et d’atteinte directe aux privilèges et immunités dont bénéficient normalement les entités des Nations unies.

Le message est clair : ce qui arrive aujourd’hui à cette agence pourrait demain toucher n’importe quelle autre organisation internationale ou mission diplomatique présente dans la région. C’est un précédent dangereux qui est en train de s’installer, selon eux.

Il s’agit d’une attaque sans précédent contre l’UNRWA et ses locaux, elle constitue une violation grave du droit international et des privilèges et immunités des Nations unies.

Un porte-parole de l’agence

Cette citation résume parfaitement l’état d’esprit qui règne au sein de l’organisation. Au-delà de la perte matérielle, c’est la symbolique qui inquiète le plus : une institution créée sous l’égide de l’ONU se voit traitée comme une entité ordinaire, sans protection particulière.

Une lecture politique de l’opération

Du côté des responsables de l’agence présents en Cisjordanie, l’interprétation va plus loin. Ils voient dans cette démolition une nouvelle étape dans une stratégie plus large. L’objectif affiché serait, selon eux, de s’emparer des terrains pour y implanter ultérieurement des colonies israéliennes.

Cette hypothèse s’inscrit dans un contexte où la question des implantations reste l’un des points les plus sensibles et les plus conflictuels du dossier israélo-palestinien. Chaque mètre carré gagné ou perdu dans cette zone revêt une importance symbolique et stratégique considérable.

La position officielle israélienne

Les autorités israéliennes présentent une version radicalement différente des faits. Selon elles, cette opération ne constitue pas une nouveauté politique, mais simplement l’application d’une législation déjà en vigueur concernant les liens présumés entre l’agence et le Hamas.

Elles insistent également sur le fait que le complexe ne bénéficie d’aucune immunité particulière et que sa saisie s’est déroulée en conformité avec le droit israélien et international. Enfin, elles affirment que la propriété du terrain appartient à l’État d’Israël.

La mesure d’aujourd’hui ne constitue pas une nouvelle politique, mais plutôt la mise en œuvre de la législation israélienne existante concernant l’UNRWA-Hamas.

Ministère des Affaires étrangères israélien

Cette déclaration vise à désamorcer les accusations de dérive autoritaire ou d’atteinte arbitraire aux institutions internationales. Pour les autorités, il s’agit d’une simple exécution de décisions judiciaires et administratives antérieures.

Des figures politiques marquantes sur place

Parmi les personnalités présentes lors de l’opération, le ministre de la Sécurité intérieure s’est particulièrement distingué. Il a qualifié la journée de jour historique, de jour de célébration et d’événement très important pour la gouvernance de Jérusalem.

Dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux, il a insisté sur le fait que des soutiens présumés au terrorisme étaient enfin chassés de ce lieu après des années de présence. Il a conclu en affirmant que ce sort serait réservé à quiconque apporte un soutien au terrorisme.

Pour des années, ces soutiens au terrorisme étaient ici, et aujourd’hui ils sont chassés d’ici avec tout ce qu’ils ont construit dans cet endroit.

Ministre de la Sécurité intérieure

Ces propos, très tranchés, illustrent la polarisation extrême qui entoure ce dossier. Pour certains, il s’agit d’une mesure de salubrité politique ; pour d’autres, d’une provocation délibérée contre une institution humanitaire.

Rappel du rôle et de l’histoire de l’agence

Créée en 1949 dans la foulée de la première guerre israélo-arabe, l’agence a pour mission principale de venir en aide aux réfugiés palestiniens et à leurs descendants. Elle gère un réseau très dense d’écoles, de centres de santé et de programmes d’assistance dans plusieurs pays : territoires palestiniens, Liban, Syrie et Jordanie.

Avec des millions de personnes dépendant directement de ses services, elle représente un acteur incontournable du paysage humanitaire régional. Sa longévité exceptionnelle (plus de 75 ans) témoigne à la fois de la persistance du problème des réfugiés et de l’incapacité de la communauté internationale à trouver une solution durable.

Cette institution unique en son genre se trouve aujourd’hui au cœur d’une tempête politique d’une violence rare. Les accusations portées contre certains de ses employés, notamment leur implication présumée dans les événements du 7 octobre 2023, ont servi de justification à une série de mesures restrictives de plus en plus sévères.

Les antécédents récents sur le même site

Ce n’est pas la première fois que le complexe fait l’objet d’une intervention des autorités israéliennes. Début décembre, une saisie de biens avait déjà été signalée sur le même site. À l’époque, les autorités avaient présenté l’opération comme un simple recouvrement de dettes.

Cette nouvelle intervention va cependant beaucoup plus loin. La destruction physique de bâtiments marque une escalade significative par rapport aux saisies précédentes. Elle symbolise une volonté de faire table rase, au sens propre du terme.

Conséquences potentielles à moyen et long terme

Au-delà de la perte matérielle immédiate, plusieurs questions se posent désormais. Quel impact cette affaire aura-t-elle sur les relations déjà très tendues entre Israël et les Nations unies ? Comment les autres agences onusiennes et organisations internationales vont-elles percevoir ce précédent ?

Du côté palestinien, l’événement risque fort d’être instrumentalisé dans le discours politique. Il pourrait renforcer la conviction que les institutions internationales sont impuissantes face à la détermination israélienne, alimentant ainsi le sentiment de dénuement et d’abandon.

Sur le plan juridique, des recours sont probablement en préparation. Mais dans un contexte où l’annexion de Jérusalem-Est n’est reconnue par quasiment aucune puissance internationale, les marges de manœuvre restent limitées.

Un symbole plus large du conflit

Cette démolition dépasse largement le cadre d’un simple contentieux immobilier. Elle cristallise plusieurs lignes de fracture majeures : statut de Jérusalem, légitimité des institutions onusiennes, accusations de liens avec des groupes armés, expansion des colonies, immunités diplomatiques, etc.

Chaque acteur y projette ses propres lectures et ses propres griefs. Pour les uns, il s’agit d’une mesure de sécurité indispensable ; pour les autres, d’une nouvelle illustration de l’impunité et du mépris du droit international.

Dans cette affaire, comme dans tant d’autres, la vérité factuelle se heurte à des narratifs puissamment politisés. Trouver un terrain d’entente semble plus difficile que jamais.

Ce qui est certain, c’est que les images de bulldozers détruisant des bâtiments frappés du logo des Nations unies resteront gravées dans les mémoires. Elles constituent un nouveau chapitre, particulièrement sombre, d’un conflit qui n’en finit pas de produire de nouvelles fractures.

Les prochains jours et semaines diront si cet événement marque le début d’une nouvelle vague de mesures similaires ou s’il restera un épisode isolé, certes spectaculaire, mais limité dans le temps. Une chose est sûre : la tension autour de cette agence et de ses infrastructures est loin d’être retombée.

Et pendant ce temps, des millions de réfugiés palestiniens continuent de dépendre des services de cette organisation aujourd’hui malmenée. Leur quotidien, déjà marqué par de multiples difficultés, pourrait bien devenir encore plus précaire dans les mois à venir.

L’avenir dira si cette opération aura servi les intérêts de la sécurité, comme l’affirment certains, ou si elle n’aura fait qu’ajouter une nouvelle couche de ressentiment et de division dans une région déjà saturée de conflits.

Une chose est certaine : le silence n’est plus possible face à un tel événement. Les réactions internationales, pour l’instant encore timides, pourraient s’intensifier dans les prochains jours. À suivre de très près.

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