Le mastodonte automobile Stellantis, né en 2021 de la fusion entre PSA et Fiat Chrysler, traverse une passe des plus délicates. Après avoir ébloui par des résultats financiers extraordinaires depuis sa création, affichant les plus hautes marges du secteur, le groupe a dû se résoudre à émettre un avertissement sur résultat début octobre. Un véritable camouflet pour son dirigeant Carlos Tavares, surnommé le « psychopathe de la performance ».
Des ambitions revues à la baisse
Stellantis visait une marge opérationnelle à deux chiffres pour toute la décennie. Las, pour 2024, le groupe table désormais sur une fourchette entre 5,5% et 7%, contre 14,4% en 2023. Un net recul qui interpelle après des années fastes. D’autant que Carlos Tavares s’était fait fort de maintenir des profits élevés dans la durée grâce à sa méthode de réduction des coûts draconienne.
Comment expliquer ce revirement de situation ? Plusieurs éléments entrent en ligne de compte. D’abord, des choix stratégiques discutables, en particulier une exposition américaine très forte après la fusion, au détriment de la Chine. Ensuite, un contexte économique délicat, entre inflation des matières premières, pénurie de composants et guerre en Ukraine. Enfin, un relatif immobilisme face à la révolution électrique qui semble avoir pris de court le management.
Des usines à l’arrêt, des surcapacités
Les difficultés de Stellantis se matérialisent sur le terrain. Plusieurs sites du groupe tournent au ralenti, quand ils ne sont pas carrément à l’arrêt. C’est particulièrement criant en Italie où la production ne cesse de décliner. Des surcapacités industrielles apparaissent au grand jour, soulignant le manque d’anticipation de l’état-major.
Nous assistons à un véritable fiasco industriel. Stellantis a raté le coche de l’électrique et se retrouve avec des usines surdimensionnées et obsolètes sur les bras.
Selon une source proche des milieux syndicaux
Les plans sociaux se multiplient, de l’Italie à la France en passant par les États-Unis. De quoi plomber le moral des troupes et jeter une ombre sur la « méthode Tavares », jusque-là encensée pour ses résultats sur le court terme. Mais la rentabilité a souvent caché une vision stratégique défaillante.
Colère des actionnaires, inquiétude des fournisseurs
Si les salariés font grise mine, les actionnaires aussi commencent à grincer des dents. Le cours de l’action Stellantis a fondu de 25% en quelques semaines suite à la publication de perspectives moroses. Les investisseurs sanctionnent durement le manque de visibilité du groupe et doutent de sa capacité à tenir ses objectifs.
Quant aux fournisseurs et sous-traitants, leur situation devient critique. Déjà fragilisés par la crise du Covid et les tensions géopolitiques, ils doivent composer avec les à-coups de production de leur principal donneur d’ordre. Des défaillances en série se profilent, menaçant tout l’écosystème automobile.
Les pouvoirs publics suivent le dossier de près. Car malgré ses errements récents, Stellantis reste un géant industriel incontournable, employant des dizaines de milliers de salariés. Son avenir soulève des questions qui dépassent largement le strict cadre automobile.
Carlos Tavares sur la sellette
Au-delà des enjeux de politique industrielle, c’est surtout la gouvernance de Stellantis que l’actualité récente éclaire d’un jour nouveau. Le groupe semble avoir trop reposé sur la personnalité de son dirigeant, avec les travers que cela implique. Certains administrateurs s’impatientent face à son style directif et sa gestion du temps court. Des rumeurs de mésentente avec son numéro deux ont même circulé.
Carlos Tavares n’a toutefois pas dit son dernier mot. Il planche avec ses équipes sur un plan d’urgence visant à restaurer la compétitivité du groupe. Recentrage sur les segments les plus porteurs, accélération de l’électrification, économies drastiques, rien n’est épargné.
Nous avons sous-estimé l’ampleur des changements en cours dans l’industrie. Mais nous avons les ressources et les talents pour rebondir. Stellantis a déjà traversé des tempêtes par le passé.
Selon un proche de la direction
Reste à savoir si la magie Tavares pourra à nouveau opérer dans un contexte de plus en plus tendu. L’homme semble en tout cas plus isolé que jamais, contraint de gérer des problèmes de performance pour la première fois de sa carrière. La descente aux enfers de Stellantis n’est peut-être que le reflet d’un système dépassé.