ActualitésSociété

Décès d’Eva Schloss : La Voix Inoubliable de la Mémoire

Eva Schloss, demi-sœur d'Anne Frank et rescapée d'Auschwitz, nous a quittés à 96 ans. Toute sa vie, elle a porté un message d'espoir et de tolérance auprès des jeunes générations. Mais comment une adolescente autrichienne a-t-elle croisé le destin de la plus célèbre victime de la Shoah ? Son histoire est bouleversante...

Une voix essentielle de la mémoire de la Shoah s’est tue. Eva Schloss, rescapée du camp d’Auschwitz et demi-sœur par alliance d’Anne Frank, est décédée à l’âge de 96 ans à Londres. Sa disparition laisse un vide immense chez tous ceux qui ont croisé son chemin ou écouté son témoignage.

Une Vie Marquée par la Persécution et le Devoir de Mémoire

Née en 1929 en Autriche, Eva Geiringer a vu son enfance basculer avec l’arrivée des nazis. Sa famille juive a dû fuir successivement la Belgique puis les Pays-Bas. C’est à Amsterdam qu’elle a rencontré une fillette du même âge qu’elle : Anne Frank. Les deux adolescentes, voisines, jouaient souvent ensemble avant que la guerre ne les sépare brutalement.

Cette proximité avec la jeune auteure du célèbre journal a marqué à jamais l’existence d’Eva Schloss. Devenue par la suite membre de la même famille recomposée, elle a consacré une grande partie de sa vie à transmettre ce que représente l’histoire d’Anne Frank pour les générations futures.

Les Années d’Exil et la Trahison

L’invasion nazie de l’Autriche en 1938 a forcé la famille Geiringer à quitter Vienne. Direction Bruxelles d’abord, puis Amsterdam en 1939. Ils s’installent dans le quartier de Merwedeplein, juste en face de l’appartement où vivent les Frank.

Eva et Anne, toutes deux nées en 1929, deviennent rapidement amies. Elles partagent des moments de jeux innocents dans la rue, ignorant encore l’horreur qui les attend. Ces instants de légèreté contrastent terriblement avec ce qui suivra.

À partir de 1942, les deux familles entrent dans la clandestinité pour échapper aux rafles. Les Frank se cachent dans l’Annexe célèbre. Les Geiringer trouvent refuge ailleurs dans la ville. Mais la cachette d’Eva et des siens est découverte en mai 1944, le jour même de ses quinze ans.

Un collaborateur néerlandais les trahit. Eva, sa mère Elfriede, son père Erich et son frère Heinz sont arrêtés puis déportés vers Auschwitz-Birkenau. Ce voyage en train marque le début d’une épreuve inimaginable pour l’adolescente.

Auschwitz : Séparation et Survie

À leur arrivée au camp, la sélection est immédiate. Eva reste avec sa mère, un miracle qui leur permettra de se soutenir mutuellement. Son père et son frère sont envoyés dans une autre section. Elle ne les reverra jamais.

Les conditions à Auschwitz sont indescriptibles : faim permanente, travail forcé, froid glacial, menace constante de la mort. Pourtant, Eva et sa mère parviennent à survivre grâce à leur lien indéfectible et à une dose de chance.

La libération arrive en janvier 1945 avec l’avancée de l’Armée rouge. Épuisées, traumatisées, elles rentrent aux Pays-Bas. Eva décide ensuite de poursuivre ses études à Londres, cherchant un nouveau départ loin des souvenirs trop douloureux.

Sa famille a fait part de sa « grande tristesse » après la perte de cette « femme remarquable, survivante du camp d’Auschwitz, éducatrice dévouée de la Shoah, infatigable dans son travail pour la mémoire, la compréhension et la paix ».

Une Nouvelle Famille et un Engagement Sans Fail

À Londres, Eva rencontre Zvi Schloss, un jeune homme lui aussi marqué par la guerre. Ils se marient et fondent une famille avec trois filles. Le couple obtient la nationalité britannique, construisant une vie stable après tant de chaos.

De son côté, sa mère Elfriede retourne à Amsterdam. Elle y retrouve Otto Frank, le père d’Anne, seul survivant de l’Annexe. Les deux veufs se marient en 1953, unissant ainsi leurs familles. Eva devient officiellement la demi-sœur posthume d’Anne.

Cette union renforce son sentiment de responsabilité. Otto Frank, qui a publié le journal de sa fille en 1947, encourage les survivants à témoigner. Eva choisit de suivre ce chemin, d’abord discrètement, puis avec une détermination croissante.

En 1990, elle cofonde une organisation dédiée à l’éducation sur la Shoah auprès des jeunes au Royaume-Uni. Son objectif : utiliser l’histoire d’Anne Frank pour lutter contre les préjugés et promouvoir la tolérance.

Témoignages et Reconnaissance

Eva Schloss a parcouru le monde pour raconter son expérience. Écoles, universités, conférences : elle n’a jamais ménagé ses efforts. Ses livres autobiographiques ont touché des milliers de lecteurs, offrant un témoignage complémentaire à celui d’Anne Frank.

Son engagement a été salué à de nombreuses reprises. En 2013, elle est faite membre de l’Ordre de l’Empire britannique. Plus récemment, en 2021, l’Autriche lui a restitué sa nationalité à l’âge de 92 ans, un geste symbolique fort.

Même la famille royale britannique l’admirait profondément. Le roi Charles III et la reine Camilla, marraine de sa fondation, ont exprimé leur profonde tristesse à l’annonce de son décès.

« Nous avons eu le privilège et la fierté de l’avoir connue, et nous l’admirions profondément. »

Le couple royal britannique

Un Héritage pour les Générations Futures

À travers ses interventions, Eva Schloss insistait sur l’importance de l’éducation pour prévenir la haine. Elle rappelait que l’antisémitisme et les discriminations n’ont pas disparu. Son message restait d’actualité jusqu’à ses derniers jours.

Les jeunes qu’elle rencontrait étaient souvent bouleversés par sa douceur et sa résilience. Malgré les horreurs vécues, elle refusait la haine. Elle prônait au contraire la compréhension mutuelle et la paix.

Son travail auprès des écoles britanniques a permis à des milliers d’élèves de comprendre ce qu’a représenté la Shoah. Elle utilisait son lien avec Anne Frank comme un pont entre le passé et le présent.

Points clés du parcours d’Eva Schloss :

  • Naissance en Autriche en 1929 et fuite face aux nazis
  • Amitié d’enfance avec Anne Frank à Amsterdam
  • Déportation à Auschwitz en 1944
  • Survie avec sa mère, perte de son père et frère
  • Mariage et installation à Londres
  • Devenir demi-sœur d’Anne Frank en 1953
  • Cofondation d’une organisation éducative en 1990
  • Témoignages inlassables jusqu’à un âge avancé

Aujourd’hui, alors que les derniers témoins directs disparaissent, l’œuvre d’Eva Schloss prend une importance encore plus grande. Ses livres, ses enregistrements, les programmes de sa fondation continueront à transmettre ce qu’elle a vécu.

Son décès marque la fin d’une époque, mais aussi le début d’une responsabilité collective. Celle de ne jamais oublier, de continuer à enseigner, de rester vigilants face à toute forme d’intolérance.

Eva Schloss a transformé sa souffrance en force pour les autres. Son sourire, sa voix calme, sa détermination tranquille resteront gravés dans la mémoire de ceux qui l’ont écoutée.

En cette période où les tensions communautaires resurgissent parfois, son message de paix et de compréhension résonne plus que jamais. Elle nous laisse un devoir : perpétuer la mémoire pour que l’histoire ne se répète pas.

Repose en paix, Eva Schloss. Ton témoignage continuera d’éclairer les consciences bien au-delà de ton départ.

Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.