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Danemark et Groenland Unis Face aux Ambitions de Trump

Quand Donald Trump relance son projet d'acquérir le Groenland, Copenhague et Nuuk forment un front inattendu. Malgré un lourd passé colonial, l'île arctique choisit le Danemark plutôt que Washington. Mais jusqu'où ira cette union de circonstance ?

Imaginez un immense territoire de glace, perdu au milieu de l’Arctique, où 57 000 âmes défendent farouchement leur identité face à la plus grande puissance mondiale. Aujourd’hui, ce petit peuple inuit se retrouve au cœur d’un bras de fer géopolitique inattendu. Donald Trump, de retour à la Maison Blanche, a ravivé une vieille lubie : faire du Groenland une possession américaine.

Ce qui semblait au départ une provocation un peu fantasque a rapidement pris des allures de crise diplomatique. Mais loin de diviser, cette pression venue d’outre-Atlantique a paradoxalement ressoudé des liens abîmés par des siècles de domination. Le Danemark et le Groenland, malgré un passé douloureux, ont choisi de parler d’une seule voix.

Un front uni contre l’appétit américain

Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump répète à l’envi que le Groenland doit devenir américain. Selon lui, cette acquisition permettrait de contrer les avancées russes et chinoises dans la région arctique. Mais cette déclaration unilatérale a provoqué une réaction ferme de la part des autorités danoises et groenlandaises.

Pour la première fois depuis longtemps, les dirigeants des deux territoires ont affiché une unité totale sur la scène internationale. Les griefs accumulés au fil des décennies ont été provisoirement relégués au second plan. L’adversaire commun a créé une alliance de circonstance, mais solide.

La coalition groenlandaise née sous pression

Les partis politiques groenlandais nourrissent presque tous l’ambition d’une indépendance future. Cependant, la méthode et le calendrier divisent profondément la classe politique. Face à la menace extérieure, les principales forces ont décidé de mettre leurs différends de côté.

En mars 2025, une large coalition gouvernementale s’est formée, réunissant la plupart des partis favorables à une indépendance progressive. Seul un parti marginal, partisan d’une rupture immédiate avec Copenhague, est resté dans l’opposition. Cette unité tactique vise avant tout à préserver la souveraineté face à Washington.

Comme l’explique un chercheur spécialisé dans les relations internationales danoises, la pression américaine a convaincu la majorité des acteurs politiques de temporiser sur le projet d’indépendance, considéré comme un objectif à très long terme.

« Les pressions exercées par Trump ont incité la grande majorité des forces politiques à mettre de côté, pour l’instant, les préparatifs en vue de l’indépendance. »

Cette citation illustre parfaitement le calcul stratégique réalisé à Nuuk : mieux vaut un partenaire historique imparfait qu’un propriétaire américain imposé.

Le choix clair : Danemark plutôt qu’États-Unis

Le Premier ministre groenlandais n’a pas mâché ses mots. Confronté à un choix impossible, il a clairement indiqué que, entre Washington et Copenhague, son gouvernement préférait sans hésiter le Danemark.

Cette déclaration n’est pas anodine. Elle marque un tournant dans les relations entre les deux entités du Royaume du Danemark. Pour la première fois depuis des années, le Groenland ne cherche pas à s’émanciper à tout prix, mais à consolider un partenariat jugé moins menaçant que l’appétit américain.

Le soutien européen a également joué un rôle déterminant. Plusieurs pays ont manifesté leur solidarité, allant jusqu’à envoyer une mission militaire de reconnaissance sur l’île. Cette mobilisation collective a permis au Groenland de se sentir moins isolé face à la superpuissance.

La diplomatie à marche forcée

Les semaines qui ont suivi l’annonce américaine ont été marquées par une activité diplomatique intense. Les représentants groenlandais et danois n’ont cessé de multiplier les rendez-vous bilatéraux et multilatéraux.

Le 14 janvier, la ministre groenlandaise des Affaires étrangères s’est rendue à Washington accompagnée de son homologue danois. Ensemble, ils ont rencontré le vice-président américain et le secrétaire d’État. Quelques jours plus tard, le 19 janvier, elle était à Bruxelles pour s’entretenir avec le secrétaire général de l’OTAN, toujours en présence d’un ministre danois.

Ces apparitions conjointes ne sont pas fortuites. Elles traduisent une volonté claire de montrer que les décisions concernant le Groenland ne peuvent être prises sans l’accord des deux parties concernées.

Un passé colonial encore douloureux

Malgré cette union de façade, les blessures du passé restent vives. Le Groenland a été colonie danoise dès le début du XVIIIe siècle. En 1953, il devient officiellement un département danois, partie intégrante du royaume. Cette période est marquée par une politique d’assimilation forcée particulièrement brutale.

En 1979, le territoire obtient un statut d’autonomie, renforcé en 2009. Mais les séquelles psychologiques et sociales persistent. De nombreux Groenlandais reprochent encore au Danemark son incapacité à faire un véritable travail de mémoire sur cette période coloniale.

Les enfants de 1951 : une plaie jamais refermée

L’un des épisodes les plus sombres concerne l’expérience menée en 1951. Vingt-deux enfants inuits ont été arrachés à leurs familles et envoyés au Danemark. L’objectif affiché : créer une élite danophone capable de diriger le futur Groenland « modernisé ».

Ces enfants ont été empêchés de parler leur langue maternelle et coupés de leur culture. En 2021, les six survivants ont finalement obtenu une indemnisation de 250 000 couronnes danoises chacun, soit environ 33 500 euros. Un geste jugé tardif par beaucoup.

La campagne de stérilisation massive

Entre les années 1960 et 1990, plusieurs milliers de femmes et d’adolescentes groenlandaises – au moins 4 000 – ont subi la pose d’un stérilet sans leur consentement. Cette politique visait explicitement à réduire la natalité inuite.

Près de la moitié de ces femmes n’ont jamais pu avoir d’enfants. L’année dernière, la Première ministre danoise a présenté des excuses officielles. Un processus d’indemnisation a été mis en place, mais beaucoup estiment que justice n’a pas été pleinement rendue.

« Toute relation coloniale est une relation de domination et des injustices ont été commises. »

Cette phrase d’une spécialiste des relations dano-groenlandaises résume parfaitement le sentiment qui prévaut encore aujourd’hui dans de nombreuses familles groenlandaises.

Les tests psychologiques discriminatoires

Les services sociaux danois ont longtemps utilisé des tests psychologiques controversés pour évaluer les compétences parentales des mères groenlandaises. Une étude publiée en 2022 a révélé que les enfants nés de parents groenlandais avaient cinq à sept fois plus de risques d’être placés que les enfants de parents danois.

Ces pratiques discriminatoires ont été officiellement abandonnées l’année dernière. Mais le mal est fait, et la méfiance persiste au sein de nombreuses communautés.

Le travail mémoriel mis entre parenthèses

Ces dernières années, des discussions difficiles avaient enfin commencé autour de ces questions mémorielles. Malheureusement, la recrudescence des tensions avec les États-Unis a conduit à mettre temporairement ces débats en sourdine.

Comme le souligne une experte, l’adversaire commun actuel est Donald Trump. Face à cette menace extérieure, Danois et Groenlandais ont choisi de faire front commun, même si cela signifie reporter sine die un indispensable travail de vérité et de réconciliation.

Et maintenant ? Vers quel avenir ?

Donald Trump a finalement reculé. Face à l’unité européenne et à la fermeté affichée par Copenhague et Nuuk, il a annoncé l’existence d’un « cadre d’accord » négocié avec le secrétaire général de l’OTAN. Les détails restent confidentiels, mais le message est clair : le Groenland ne sera pas acheté comme un bien immobilier.

Cette crise aura au moins eu le mérite de rappeler une évidence géopolitique : dans l’Arctique, rien ne se décide sans les populations locales. Les 57 000 habitants du Groenland, malgré leur faible nombre, ont démontré qu’ils pouvaient peser sur la scène internationale quand leur avenir est directement menacé.

Mais cette union sacrée contre l’ennemi américain ne doit pas faire oublier les fractures internes. Lorsque la pression extérieure diminuera, les questions d’autonomie, d’indépendance et de réparation des injustices coloniales reviendront nécessairement sur le devant de la scène.

Le Groenland se trouve aujourd’hui à un carrefour historique. Entre le désir légitime d’émancipation et la nécessité de préserver une relation stable avec le Danemark, la voie est étroite. La crise actuelle n’a fait que repousser l’échéance, elle ne l’a pas supprimée.

Pour l’instant, l’île respire. Mais chacun sait, à Nuuk comme à Copenhague, que ce répit est temporaire. L’avenir du Groenland s’écrira dans un équilibre subtil entre mémoire, souveraineté et réalisme géopolitique. Un équilibre que les 57 000 Groenlandais seront les premiers à devoir trouver.

Ce face-à-face avec la puissance américaine aura au moins eu un effet paradoxal positif : il a rappelé au monde que le Groenland n’est pas un simple territoire stratégique, mais une terre habitée par un peuple qui refuse de disparaître dans les grands jeux de puissances.

Et c’est peut-être là le véritable enseignement de cette crise : même face à un géant, un petit peuple déterminé peut encore faire entendre sa voix.

À retenir : Le Groenland n’est pas à vendre. Ni au Danemark, ni aux États-Unis, ni à quiconque. Il appartient d’abord à ses habitants.

Dans les années à venir, nul doute que ce territoire immense et peu peuplé continuera d’attirer les regards. Ressources naturelles, position stratégique, changement climatique… Les enjeux sont multiples. Mais au cœur de toutes ces discussions, une seule question devrait primer : que veulent vraiment les Groenlandais ?

Pour l’instant, ils ont choisi de rester dans le giron danois plutôt que de tomber dans l’escarcelle américaine. Un choix pragmatique, peut-être douloureux, mais assumé collectivement. L’histoire jugera.

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