Une catastrophe qui frappe au cœur de Toamasina
La deuxième plus grande ville de Madagascar, Toamasina, avec ses quelque 400 000 habitants, a été directement touchée par le cyclone Gezani. Les rafales ont atteint des vitesses impressionnantes, jusqu’à 250 km/h, provoquant des destructions massives sur les habitations, les infrastructures et les voies de communication. La ville, habituée aux intempéries tropicales, n’avait pourtant jamais connu une telle fureur dans un laps de temps aussi court après un autre cyclone.
Les images de rues submergées par des eaux boueuses, encombrées de débris végétaux et de matériaux de construction emportés, témoignent de l’ampleur des inondations. Les habitants, encore sous le choc, tentent de reprendre une vie normale au milieu des ruines. Des écoles primaires ont été réquisitionnées pour servir de centres d’aide, où l’on distribue de la nourriture et où des équipes médicales procèdent à des dépistages urgents, notamment contre le paludisme chez les enfants.
Un bilan humain qui s’aggrave jour après jour
Le bureau national de gestion des risques et catastrophes a publié un bilan actualisé lundi, révélant que le nombre de décès est passé de 43 à 59 en quelques jours seulement. Cette hausse s’explique par la découverte progressive de corps sous les décombres ou dans les zones inondées, ainsi que par les complications liées aux blessures initiales. Quinze personnes manquent toujours à l’appel, et les recherches se poursuivent malgré les difficultés d’accès dans certaines zones.
Plus de 800 blessés ont été recensés, certains dans un état grave nécessitant des soins immédiats. La majorité des victimes proviennent de Toamasina et de ses environs immédiats, où les habitations précaires n’ont pas résisté aux vents violents et aux inondations soudaines. Les autorités soulignent que ce bilan pourrait encore évoluer dans les prochains jours.
La situation reste extrêmement préoccupante, avec des besoins humanitaires qui dépassent largement les capacités locales actuelles.
Cette citation anonyme d’un observateur sur place illustre bien le sentiment général : un mélange de tristesse profonde et d’urgence absolue pour secourir les survivants.
Des dégâts matériels considérables et une ville paralysée
Les chiffres des destructions sont éloquents et donnent une idée de l’ampleur de la catastrophe. Environ 25 000 habitations traditionnelles ont été complètement détruites, tandis que 27 000 autres ont été inondées ou endommagées de manière sévère. Ces logements, souvent construits en matériaux légers, n’ont offert aucune résistance face à la puissance du cyclone.
Plus de 16 000 personnes ont dû abandonner leurs foyers pour se réfugier dans des abris temporaires. La ville fonctionne aujourd’hui avec seulement 5 % de son approvisionnement électrique habituel, et l’accès à l’eau potable est quasi inexistant dans de nombreux quartiers. Ces conditions favorisent la propagation de maladies hydriques et vectorielles, comme le paludisme ou les infections gastro-intestinales.
Le secteur éducatif n’a pas été épargné : plus de 200 salles de classe ont subi des dommages partiels ou totaux, ce qui compromet la reprise scolaire pour des milliers d’enfants déjà perturbés par les événements.
Un contexte climatique aggravant : deux cyclones en quelques semaines
Madagascar subit actuellement une saison cyclonique particulièrement rude. Début février, le cyclone tropical Fytia avait déjà frappé le nord-ouest du pays, causant au moins sept décès et forçant plus de 20 000 personnes à quitter leurs domiciles. Gezani arrive donc dans un pays déjà affaibli, avec des infrastructures endommagées et des populations épuisées.
Cette succession de phénomènes extrêmes souligne la récurrence des cyclones dans cette région de l’océan Indien. Les autorités et les organisations internationales alertent depuis longtemps sur l’augmentation de l’intensité de ces tempêtes, liée aux changements climatiques globaux. Les vents plus violents, les pluies plus abondantes et les trajectoires imprévisibles compliquent les prévisions et les préparatifs.
Les habitants de Toamasina, ville côtière et portuaire essentielle pour l’économie nationale, se retrouvent doublement vulnérables : d’une part aux assauts directs de la mer et des vents, d’autre part aux conséquences socio-économiques à long terme.
La solidarité internationale se mobilise
Face à cette urgence, plusieurs pays et organisations ont rapidement réagi. La Chine a annoncé une aide non remboursable équivalente à environ 12 millions d’euros, destinée à soutenir les efforts de reconstruction et d’assistance immédiate. La France, via ses territoires proches, a dépêché des vivres, des sauveteurs et des pompiers depuis La Réunion, située à un millier de kilomètres environ.
Le Programme alimentaire mondial a mis en avant la précarité extrême de la situation sur place, insistant sur le besoin urgent de denrées alimentaires, d’eau potable et de matériels médicaux. Des appels à la générosité internationale se multiplient pour éviter une crise humanitaire prolongée.
La ville fonctionne avec environ 5 % de son approvisionnement en électricité et il n’y a pas d’eau.
Cette déclaration du Programme alimentaire mondial résume à elle seule l’état critique des services de base dans la zone sinistrée.
Le cyclone poursuit sa route destructrice vers le Mozambique
Après avoir traversé Madagascar, Gezani s’est dirigé vers le canal du Mozambique. Même en restant à une cinquantaine de kilomètres des côtes, il a provoqué des dommages notables dans la région d’Inhambane, au sud du pays. Quatre personnes ont perdu la vie là-bas, et des inondations ainsi que des vents forts ont affecté les habitations et les cultures.
Cette trajectoire montre comment un même phénomène peut impacter plusieurs nations, amplifiant les besoins régionaux en aide d’urgence. Les autorités mozambicaines ont activé leurs plans de contingence, mais les dégâts restent significatifs dans les zones côtières.
Les leçons à tirer pour l’avenir
Cette catastrophe rappelle cruellement la nécessité de renforcer les systèmes d’alerte précoce, d’améliorer la construction parasismique et anticyclonique, et de développer des plans d’évacuation plus efficaces. À Toamasina, de nombreuses habitations étaient des cases traditionnelles fragiles, incapables de résister à de tels vents.
Les organisations humanitaires insistent sur l’importance d’une reconstruction résiliente, intégrant des normes plus strictes pour les nouveaux bâtiments. Parallèlement, la sensibilisation des populations aux risques cycloniques doit être renforcée, avec des exercices réguliers et une meilleure diffusion des bulletins météorologiques.
Enfin, au-delà de l’urgence immédiate, c’est toute une réflexion sur l’adaptation au changement climatique qui s’impose pour les pays insulaires comme Madagascar, exposés en première ligne aux caprices de l’océan Indien.
La population malgache, confrontée à cette double épreuve, fait preuve d’une résilience remarquable. Mais l’aide internationale et les investissements à long terme seront déterminants pour relever les défis à venir. Toamasina, ville martyre, se reconstruit lentement au milieu des débris, portée par l’espoir d’un avenir plus sûr.
Les jours et les semaines qui viennent seront cruciaux pour éviter que cette tragédie ne se transforme en crise humanitaire durable. Chaque geste de solidarité compte pour accompagner les victimes vers la reconstruction.









