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Cuba Face à une Crise Aérienne Majeure Sans Kérosène

Cuba annonce une suspension totale d’avitaillement en kérosène pour un mois, forçant les compagnies aériennes à repenser leurs vols long-courriers avec des escales imprévues. Derrière cette mesure radicale se cache une crise énergétique profonde… mais combien de temps l’île tiendra-t-elle ?

Imaginez atterrir à La Havane après un long vol, et découvrir que votre avion ne pourra pas repartir sans une escale imprévue ailleurs pour se ravitailler. C’est la réalité que viennent d’annoncer les autorités cubaines aux compagnies aériennes du monde entier. Une pénurie aiguë de kérosène frappe l’île, et elle durera au minimum un mois entier. Cette décision brutale révèle une crise énergétique qui s’aggrave de jour en jour.

Une suspension sans précédent de l’avitaillement en carburant aérien

Les compagnies aériennes qui relient Cuba ont reçu une notification claire et sans appel. À partir du mardi 10 février à minuit heure locale, plus aucune goutte de kérosène ne sera disponible pour les avions. Cette mesure concerne l’ensemble des aéroports internationaux de l’île et devrait s’étendre sur une période d’un mois complet.

Pour les vols long-courriers, la conséquence est immédiate : les appareils devront effectuer une escale technique sur le trajet retour afin de se ravitailler en carburant. Seuls les vols régionaux, plus courts, semblent pouvoir maintenir leurs opérations sans perturbation majeure pour l’instant.

Une source proche d’une grande compagnie européenne a confirmé cette information sous couvert d’anonymat. Elle souligne que cette annonce place les transporteurs dans une situation délicate, obligeant à repenser les plans de vol et les coûts associés à ces détours imprévus.

Les réactions rapides des compagnies aériennes

Face à cette annonce soudaine, les compagnies ont commencé à adapter leurs horaires. Par exemple, une liaison majeure entre l’Europe et La Havane reste maintenue, mais avec une escale technique planifiée dans un pays voisin des Caraïbes pour le retour. Cette solution permet d’éviter l’annulation pure et simple des vols.

Ces ajustements ne sont pas anodins. Ils augmentent la durée des trajets, consomment plus de carburant au global et génèrent des surcoûts logistiques importants. Les passagers risquent des retards, des correspondances manquées et une expérience de voyage plus fatigante.

« L’aviation civile cubaine a notifié à toutes les compagnies qu’il n’y aurait plus d’avitaillement en JetFuel, le carburant aérien, à partir du mardi 10 février à 00H00 locales. »

Responsable d’une compagnie aérienne européenne

Cette citation illustre bien la fermeté du message transmis. Aucune marge de négociation n’apparaît dans l’immédiat.

Au cœur de la crise : une dépendance énergétique fragilisée

Cette pénurie de kérosène n’arrive pas par hasard. Elle s’inscrit dans une crise énergétique globale qui touche l’île depuis plusieurs années, mais qui a pris une tournure dramatique récemment. Les livraisons de pétrole venues du Venezuela, autrefois un pilier essentiel, se sont brutalement arrêtées.

La situation s’est encore compliquée avec des pressions extérieures très fortes. Washington a multiplié les menaces contre tout pays qui continuerait à fournir du pétrole à Cuba. Un décret récent permet même d’imposer des droits de douane punitifs sur les exportations de nations qui poursuivraient ces livraisons.

Le Mexique, qui avait pris le relais partiel depuis 2023, se retrouve également sous une pression intense. Les autorités cubaines dénoncent une volonté d’asphyxier leur économie, alors que les coupures d’électricité et les files d’attente aux stations-service s’allongent déjà depuis longtemps.

Les mesures d’urgence prises par le gouvernement

Pour tenter de juguler la crise, le gouvernement a dévoilé vendredi un ensemble de décisions radicales. L’objectif affiché est clair : économiser le carburant pour préserver deux priorités absolues, la production alimentaire et la génération d’électricité.

Parmi les annonces les plus marquantes :

  • Passage à une semaine de travail de quatre jours dans les administrations et entreprises d’État.
  • Généralisation du télétravail quand cela est possible.
  • Réduction drastique des ventes de carburant aux particuliers.
  • Diminution des fréquences de bus et trains interprovinciaux.
  • Fermeture temporaire de certains sites touristiques.
  • Raccourcissement des journées scolaires et passage en mode semi-présentiel pour les universités.

Ces restrictions touchent tous les secteurs. Elles visent à maintenir en vie les services essentiels tout en limitant la consommation globale d’énergie.

« Ces mesures doivent permettre d’économiser du carburant pour favoriser la production de nourriture et la production d’électricité et permettre la sauvegarde des activités fondamentales qui génèrent des devises. »

Vice-Premier ministre Oscar Pérez-Oliva Fraga

Le message est limpide : il faut protéger ce qui fait vivre le pays au quotidien, même au prix de sacrifices importants pour la population et les secteurs secondaires.

Impacts sur le tourisme et l’économie insulaire

Le tourisme, l’une des rares sources de devises étrangères, risque de souffrir durablement. Les vols long-courriers deviennent plus compliqués et plus chers à opérer. Certains voyageurs pourraient reporter leur venue ou choisir d’autres destinations des Caraïbes plus stables sur le plan logistique.

La fermeture de certains hôtels et centres de villégiature accentue ce mouvement. Moins de visiteurs signifie moins de rentrées en dollars ou en euros, ce qui aggrave encore la capacité du pays à importer du carburant ou des biens essentiels.

L’économie cubaine, déjà sous tension depuis des années, se retrouve dans une spirale difficile. Les coupures d’électricité récurrentes s’intensifient, les files d’attente pour l’essence s’étirent, et maintenant même l’accès aérien est menacé.

Un contexte géopolitique tendu

Les États-Unis justifient leur position par une « menace exceptionnelle » que représenterait Cuba pour leur sécurité nationale. Située à seulement 150 kilomètres des côtes de Floride, l’île fait l’objet d’une surveillance permanente.

Du côté cubain, on parle ouvertement d’une tentative d’asphyxie économique. Les autorités estiment que ces mesures visent à étrangler le pays et à provoquer un effondrement interne.

La perte du soutien vénézuélien, combinée à la menace sur les autres fournisseurs potentiels, place La Havane dans une position extrêmement vulnérable. Trouver de nouvelles sources d’approvisionnement devient une urgence absolue.

Quelles perspectives pour les prochaines semaines ?

Pour l’instant, la suspension d’avitaillement est annoncée pour un mois. Mais rien ne garantit que la situation revienne à la normale à l’issue de cette période. Si les livraisons de pétrole ne reprennent pas rapidement, les mesures pourraient être prolongées.

Les compagnies aériennes surveillent la situation heure par heure. Certaines envisagent déjà de réduire leurs fréquences ou de suspendre temporairement certaines liaisons. Les voyageurs qui avaient prévu un séjour à Cuba ces prochaines semaines doivent se préparer à des modifications de dernière minute.

Sur place, la population s’organise comme elle peut. Le télétravail, les horaires réduits, les transports limités deviennent le quotidien. L’île entière retient son souffle en attendant un éventuel assouplissement de la crise.

Cette annonce sur le kérosène n’est pas un incident isolé. Elle symbolise une crise beaucoup plus large, où l’énergie devient une arme géopolitique. Cuba, une fois de plus, se retrouve au cœur d’un bras de fer dont elle subit les conséquences les plus directes.

Les semaines à venir seront décisives. Resteront-elles marquées par la pénurie, ou verront-elles apparaître des solutions inattendues ? L’avenir de l’aviation vers l’île, mais aussi de toute son économie, en dépend largement.

En attendant, les avions qui décollent vers La Havane emportent avec eux une incertitude palpable. Le ciel des Caraïbes n’a jamais semblé aussi chargé de tensions.

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