Un démarrage chaotique pour le Cojop
Le lancement du comité n’a pas été de tout repos. Dès les premiers mois de 2025, des désaccords profonds ont émergé autour de la présidence. Un athlète de haut niveau, pressenti depuis longtemps pour diriger l’organisation, a finalement renoncé à cette mission. Il évoquait alors des divergences insurmontables sur la gouvernance, la vision globale du projet et son ancrage dans les territoires concernés.
Ces tensions ont retardé la mise en place effective du Cojop. Il a fallu attendre plusieurs semaines pour voir un nouveau président désigné. Champion olympique en ski de bosses, ce dernier a pris les rênes fin février 2025, permettant enfin le démarrage officiel des travaux. Parallèlement, le choix du directeur général a également connu des atermoiements, aboutissant à la nomination d’un profil expérimenté dans le secteur des paris sportifs au printemps suivant.
Ces débuts laborieux ont posé les bases d’une organisation sous pression dès son origine. Les attentes étaient immenses pour un événement planétaire, mais les premiers signaux montraient déjà que l’harmonie ne serait pas au rendez-vous.
Des démissions en série qui interrogent
Après cette naissance compliquée, la situation n’a cessé de se dégrader. Plusieurs cadres clés ont quitté leurs fonctions en peu de temps. D’abord, la directrice des opérations a présenté sa démission en décembre 2025, un poste stratégique pour la planification des sites et des compétitions. Puis, plus récemment, le directeur de la communication a suivi le même chemin, accentuant les doutes sur la cohésion de l’équipe dirigeante.
Le coup le plus dur est venu avec le départ d’un poids lourd de la gouvernance : le président du comité des rémunérations. Ancien dirigeant d’une grande entreprise médiatique et sportive, il a claqué la porte en dénonçant publiquement des dysfonctionnements graves. Dans un courrier relayé par plusieurs sources, il pointe une dérive importante qui met en péril les délais et les coûts du projet.
La gouvernance du Cojop est supposée duale, ce qui n’apparaît plus être le cas. Le président, accompagné en principe d’un directeur général exécutif, se comporte comme s’il était président-directeur général, hors de tout contrôle, sans en avoir la compétence.
Ces mots forts visent directement le fonctionnement au sommet de l’organisation. Deux autres membres du comité des rémunérations ont également démissionné dans la foulée, fragilisant encore davantage les instances de contrôle indépendantes.
Des tensions palpables entre le président et son directeur général
Au cœur de la crise se trouve une mésentente apparente entre le président, figure issue du monde sportif, et le directeur général, issu d’un univers plus managérial et économique. Des sources proches du dossier suggèrent que les départs récents concernent majoritairement des profils alignés sur le directeur général, laissant entendre un recentrage du pouvoir autour du président.
Le président a tenu à affirmer qu’il reste pleinement dans son rôle, tout comme son numéro deux. Il a expliqué que certaines décisions du comité des rémunérations outrepassaient ses prérogatives. Parmi les points de friction évoqués : des avis défavorables sur l’utilisation de cartes bancaires ou sur des recrutements stratégiques, comme celui d’un directeur général adjoint des opérations.
Ces désaccords internes ont des répercussions concrètes. Ils risquent de ralentir les avancées sur des dossiers cruciaux, alors que le temps presse avec une échéance fixée à 2030.
Le CIO exprime son inquiétude
Le Comité international olympique suit de près ces développements. Lors d’une présentation récente du projet Alpes 2030 devant ses membres, le binôme dirigeant du Cojop a affiché une unité de façade. Pourtant, le responsable chargé de superviser les préparatifs n’a pas caché ses préoccupations.
À seulement quatre ans de l’échéance, plusieurs décisions clés restent en suspens, et le rythme de livraison doit s’accélérer.
Il a insisté sur la nécessité de travailler en équipe forte et confiante, une équipe collective. Ces mots sonnent comme un appel à l’ordre, soulignant que la fenêtre de préparation est raccourcie par rapport aux normes habituelles.
Des crispations territoriales persistantes
Au-delà des problèmes internes, les tensions s’étendent aux territoires hôtes. Les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Auvergne-Rhône-Alpes, qui accueilleront les compétitions, expriment des réserves sur la répartition des charges financières. Un département clé a même suspendu sa participation aux réunions de préparation, refusant d’être traité comme une simple variable d’ajustement budgétaire.
La carte des sites, qui attribuera les épreuves à différents lieux, reste un sujet sensible. Elle ne sera finalisée qu’en juin, laissant planer une incertitude sur l’équilibre entre les zones nord et sud des Alpes.
Le directeur général a tenu à rassurer en affirmant que le projet n’est pas centré sur Paris, mais bien territorial, même s’il bénéficie de l’expertise acquise lors des Jeux d’été 2024.
Vers une sortie de crise ?
Face à ces multiples alertes, des voix politiques appellent à un changement de rythme. Les présidents des régions concernées soulignent que le moment est venu de passer à l’action. L’un d’eux a confié les clés du projet au duo dirigeant, en espérant que les résultats suivent. Il reste optimiste, tout en admettant que des ajustements sont nécessaires.
Une mission spécifique a été lancée pour clarifier l’organisation du Cojop. Elle devrait aboutir en mars à une structure plus consolidée, plus lisible et plus opérationnelle. L’État, les instances olympiques et les collectivités sont impliqués pour tenter de rétablir la confiance.
Les prochains mois seront décisifs. Avec des décisions majeures en suspens, comme la carte définitive des sites ou les engagements budgétaires, le Cojop doit démontrer sa capacité à fédérer et à avancer. Les Jeux de 2030 représentent une opportunité unique pour les Alpes françaises, mais aussi un défi colossal en termes de coordination et de gouvernance.
La situation actuelle rappelle que l’organisation d’un événement olympique n’est jamais un long fleuve tranquille. Les turbulences actuelles pourraient, si elles sont gérées efficacement, devenir un catalyseur pour une structure plus solide. Sinon, elles risquent d’entamer durablement la crédibilité du projet. À quatre ans de l’ouverture, chaque jour compte pour redresser la barre et transformer ces défis en succès collectif.
Le parcours du Cojop illustre les complexités inhérentes à un tel projet : équilibre entre sport et politique, entre centralisation et ancrage local, entre ambition et réalisme budgétaire. Les acteurs impliqués ont une responsabilité immense. L’avenir dira si cette crise sera surmontée ou si elle marquera un tournant plus sombre pour les Alpes 2030.









