Imaginez une chute brutale de plus de 13 % en quelques heures sur Bitcoin, alors que les ETF continuent d’accumuler des flux positifs massifs. Le 5 février 2026, les marchés crypto ont vécu l’un de leurs épisodes les plus violents depuis des mois. Beaucoup y ont vu le retour de la peur panique, le début d’un bear market. Pourtant, la réalité est bien différente… et bien plus inquiétante pour quiconque suit les ponts entre finance traditionnelle et crypto.
Ce n’est pas un récit de plus sur la volatilité inhérente aux cryptomonnaies. C’est l’histoire d’un engrenage macro-financier qui s’est emballé, emportant avec lui un actif que l’on pensait de plus en plus décorrélé. Et c’est un conseiller de Bitwise, Jeff Park, qui a livré l’une des analyses les plus claires et les plus effrayantes de cet événement.
Quand la finance traditionnelle tousse, le Bitcoin éternue violemment
Le 5 février 2026 ne restera pas dans les mémoires comme un simple « dip » crypto. Ce jour-là, les algorithmes de gestion de risque des plus grands fonds multi-stratégies ont décidé, presque simultanément, de réduire leur exposition. Pas seulement sur les cryptos. Sur tout.
Le terme technique est deleveraging. En langage courant : débouclage forcé de positions pour réduire le risque. Et quand des dizaines de milliards de dollars se désengagent en même temps, les marchés les plus liquides absorbent encore. Les moins liquides… explosent.
Le coupable numéro un : le basis trade CME
Depuis l’arrivée des ETF Bitcoin spot aux États-Unis, une stratégie est devenue reine chez les hedge funds les plus sophistiqués : le basis trade sur le CME. Le principe est simple sur le papier : acheter du spot Bitcoin (via les ETF) et vendre simultanément des contrats futures sur le Chicago Mercantile Exchange, capturant ainsi l’écart (le basis) entre les deux prix.
Ce qui était une stratégie relativement stable et faiblement risquée s’est transformé en piège mortel lorsque les risk managers ont exigé une réduction immédiate de l’exposition globale. Pour dé-grosser, il a fallu vendre du spot… et racheter des futures. Résultat : le basis a explosé de 3,3 % à 9 % en 24 heures, l’un des mouvements les plus violents observés depuis le lancement des ETF.
« Le basis trade n’a pas été la cause initiale, mais il a été le canal d’amplification le plus destructeur. »
Extrait d’analyse de marché post-événement
Les grands noms – Millennium, Citadel et consorts – ont dû liquider des positions massives. Et comme ces acteurs sont souvent corrélés dans leurs books, la vente a provoqué une cascade.
Short gamma et produits structurés : l’accélérateur invisible
Si le basis trade a servi de détonateur, les positions short gamma des market-makers crypto ont joué le rôle d’amplificateur. En langage simple : quand le marché baisse fortement, les teneurs de marché qui ont vendu des options put doivent acheter du spot pour se couvrir… ce qui accentue encore la baisse.
Les acheteurs de puts avaient été particulièrement actifs dans les semaines précédentes, entre 64 000 $ et 71 000 $. Les dealers se sont donc retrouvés massivement short gamma sur cette zone. Lorsque le prix a cassé, la couverture delta a créé un cercle vicieux d’une rare violence.
À cela s’ajoutent les produits structurés émis par les grandes banques d’investissement. Certains avaient des barrières knock-in placées très bas (autour de 43 600 $ pour des notes de novembre, encore plus bas pour celles de décembre). Une fois ces niveaux atteints, les émetteurs devaient vendre du Bitcoin pour se couvrir… exactement au pire moment.
Les ETF Bitcoin : résilience contre-intuitive
Le paradoxe le plus frappant de cette journée reste le comportement des ETF spot Bitcoin, notamment IBIT. Alors que le prix chutait de 13,2 %, le fonds a enregistré 230 millions de dollars de créations nettes et environ 6 millions de nouvelles parts.
Le volume d’échange a atteint 10 milliards de dollars sur une seule séance – plus du double du record précédent. Les options sur ETF ont également connu une activité historique, dominée par les puts. Pourtant, les flux nets sont restés positifs, dépassant même les 300 millions de dollars sur la période.
Cette résilience démontre une dissociation croissante : d’un côté, les flux institutionnels et retail via ETF restent solides ; de l’autre, les leviers spéculatifs des hedge funds multi-stratégies peuvent provoquer des secousses violentes sans remettre en cause la tendance de fond.
Un signal macro plus large que la crypto
Les données du desk prime brokerage de Goldman Sachs sont sans appel : le 4 février 2026 a été l’une des pires journées pour les fonds multi-stratégies depuis des années, avec un z-score de 3,5. Autrement dit, un événement dont la probabilité est de l’ordre de 0,05 % – dix fois plus rare qu’un classique three-sigma.
Ce n’est donc pas une simple correction crypto. C’est le symptôme d’une fragilité plus large dans l’écosystème des pod shops, ces fonds qui gèrent des dizaines de stratégies indépendantes sous un même toit et qui, en période de stress, réduisent tout de manière indiscriminée.
Le catalyseur initial ? Une vente massive sur les actions technologiques et logicielles. Bitcoin, de plus en plus corrélé à ces actifs dans les books multi-stratégies, a suivi le mouvement… puis l’a amplifié.
Le rebond du 6 février : signes de stabilisation ou simple pause ?
Le lendemain, le marché a repris des couleurs. L’open interest sur le CME a augmenté plus vite que sur Binance, signe que le basis trade commençait à se remettre en place. À l’inverse, l’open interest sur Binance s’est effondré, traduisant une sortie de capitaux spéculatifs retail.
Ce mouvement différencié entre les deux marchés les plus importants montre que la tempête du 5 février était avant tout une affaire de finance institutionnelle traditionnelle, et non de panique crypto-native.
Quelles leçons pour les investisseurs crypto en 2026 ?
Cet épisode rappelle une vérité qu’on aurait pu croire dépassée : la crypto n’est pas (encore) totalement décorrélée des marchés traditionnels. Au contraire, plus elle s’intègre via les ETF et les produits dérivés institutionnels, plus elle devient sensible aux dynamiques de gestion de risque globales.
Voici quelques enseignements concrets à retenir :
- Les flux nets ETF restent un meilleur indicateur de la santé structurelle que le prix spot à court terme.
- Les mouvements de basis sur le CME sont à surveiller comme le lait sur le feu en période de stress macro.
- Le niveau de gamma net des dealers crypto peut transformer une correction de 5-7 % en cascade de 15-20 %.
- Les pod shops et multi-stratégies restent les acteurs les plus dangereux en période de dé-risquage forcé.
- La corrélation croissante avec les software equities plutôt qu’avec l’or confirme que le driver principal reste la tech/equity risk-on/risk-off.
Ces éléments ne doivent pas effrayer, mais inciter à une plus grande vigilance sur les flux macro et les positions dérivées institutionnelles.
Vers une maturité douloureuse du marché crypto
Le crash du 5 février 2026 n’est pas la fin d’un cycle haussier. C’est plutôt une crise de croissance. Plus les capitaux institutionnels affluent, plus les mécanismes de transmission des chocs traditionnels deviennent puissants.
Bitcoin n’est plus seulement un actif spéculatif réservé à une niche. Il est devenu un récepteur – et parfois un amplificateur – des tensions de l’écosystème financier mondial. Les investisseurs qui l’ont compris peuvent transformer ces secousses en opportunités. Les autres risquent de revivre plusieurs fois la même scène.
La route vers une véritable maturité des marchés crypto est encore longue. Mais elle passe obligatoirement par des épisodes comme celui-ci : violents, contre-intuitifs, et riches d’enseignements pour qui sait les décrypter.
Et vous, comment avez-vous vécu ce 5 février ? Avez-vous paniqué ou y avez-vous vu une opportunité ? Les commentaires sont ouverts.
Points clés à retenir
- Le selloff n’était pas principalement crypto-native
- Le basis trade CME a servi de canal d’amplification majeur
- Les ETF ont continué d’accumuler malgré la chute du prix
- Short gamma + produits structurés = cocktail explosif
- Les pod shops restent le maillon faible en période de stress
Restez attentifs aux signaux macro et aux flux institutionnels : ils en disent souvent bien plus long que les graphiques horaires.









