Le crash d’un avion de ligne azerbaïdjanais cette semaine soulève de troublantes questions. Alors que des experts et Washington pointent la possibilité d’un tir de missile antiaérien russe, plusieurs compagnies aériennes ont pris la décision de suspendre leurs vols vers des villes russes. Une catastrophe aux conséquences géopolitiques potentiellement explosives.
Un crash mystérieux au cœur des tensions
Mercredi dernier, un Embraer 190 de la compagnie Azerbaijan Airlines s’écrasait à Aktaou au Kazakhstan, sur la rive est de la mer Caspienne, lors d’un vol entre Bakou et Grozny. Les circonstances exactes du drame, qui a coûté la vie à 38 des 67 personnes à bord, restent à éclaircir. Mais des éléments troublants ont rapidement émergé.
Plusieurs experts occidentaux ont en effet avancé l’hypothèse d’un crash causé par un tir de missile antiaérien russe. Une thèse reprise vendredi par Washington. « Nous avons vu des indications préliminaires qui suggèrent la possibilité que cet avion a été abattu par des systèmes de défense antiaérienne russes », a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche, John Kirby.
Le Kremlin reste muet, les enquêteurs prudents
Face à ces allégations, Moscou se refuse pour l’instant à tout commentaire, affirmant attendre les résultats de l’enquête menée conjointement par l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan. Des autorités qui se gardent pour l’heure de pointer une quelconque responsabilité russe.
Du côté russe, on évoque une attaque de drones ukrainiens contre Grozny le jour du drame, ainsi qu’un épais brouillard. Azerbaijan Airlines a pour sa part indiqué que selon les premiers éléments, le crash serait dû à « une interférence externe, physique et technique ». Une piste confirmée par le député azerbaïdjanais Rassim Moussabekov, pour qui les images du fuselage criblé de trous font penser à une frappe de la défense antiaérienne russe.
Compagnies en alerte, vols annulés
Sans attendre les conclusions définitives de l’enquête, plusieurs compagnies ont tiré les conséquences de ce crash suspect. La compagnie nationale du Turkménistan a ainsi annoncé l’annulation pure et simple de sa liaison Achkhabad-Moscou jusqu’à fin janvier. Idem pour la compagnie kazakhe Qazaq Air et ses vols vers Ekaterinbourg dans l’Oural russe.
De son côté, la compagnie émiratie Flydubai a suspendu ses rotations entre Dubaï et les villes russes de Mineralnye Vody et Sotchi, sur les rives de la mer Noire, « jusqu’à nouvel ordre ». Des mesures de précaution déjà prises dès jeudi par la compagnie israélienne El Al, qui a gelé pour une semaine ses vols vers la Russie « du fait de la situation dans l’espace aérien russe ».
Espace aérien russe : des inquiétudes qui s’accumulent
Ce tragique accident et les mesures prises dans la foulée par plusieurs compagnies jettent une lumière crue sur les craintes croissantes entourant la sécurité de l’espace aérien russe. Dans un contexte de haute tension liée à la guerre en Ukraine, et alors que les incidents impliquant l’aviation russe se multiplient, le crash de l’Embraer azerbaïdjanais sonne comme un sérieux avertissement.
Si la thèse d’un tir fratricide venait à se confirmer, nul doute que l’affaire prendrait une tournure éminemment politique. Entre accusations croisées, tentatives de dissimulation et remise en cause de la fiabilité des systèmes de défense russes, les répercussions pourraient être majeures. Et peser durablement sur un trafic aérien régional déjà sérieusement impacté par les sanctions internationales visant Moscou.
Un dossier à suivre de près
À l’heure où ces lignes sont écrites, de nombreuses zones d’ombre persistent autour de ce tragique crash. Une chose est sûre : l’affaire est suivie de très près par les chancelleries du monde entier. Car au-delà du drame humain, ce sont bien les équilibres géopolitiques de toute une région qui pourraient être chamboulés.
Une affaire à suivre donc, tant les enjeux – sécuritaires, politiques, économiques – sont importants. Avec en toile de fond une question lancinante : l’espace aérien russe est-il en train de devenir une zone à risque majeur ? Les prochaines semaines nous apporteront sans doute de nouveaux éléments de réponse. En attendant, prudence reste de mise pour les compagnies aériennes opérant dans la région.