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Coup d’État en Guinée-Bissau : Le PAIGC Dénonce un Raid Violent

Le siège du PAIGC, parti historique de Guinée-Bissau, a été pris d’assaut par des miliciens armés. Domingos Simões Pereira est en détention. La junte justifie-t-elle une répression ciblée ? Ce qui se passe vraiment à Bissau…

Imaginez une capitale d’ordinaire bruyante qui retient soudain son souffle. Dans les rues de Bissau, l’air semble plus lourd depuis quelques jours. Un coup d’État militaire a renversé le président, les élections sont suspendues, et voilà que le principal parti d’opposition voit son siège pris d’assaut. Ce n’est pas un film : c’est la réalité bissau-guinéenne en cette fin novembre.

Un raid dénoncé comme une atteinte gravissime à la démocratie

Le Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) n’a pas mâché ses mots. Dans un communiqué publié samedi, il parle d’une « invasion illégale » de son siège national par des « groupes miliciens fortement armés ».

Les faits rapportés sont précis : expulsion de toutes les personnes présentes, portes de bureaux forcées, installations sérieusement endommagées. Pour le PAIGC, cette opération constitue une « intolérable violation des principes fondamentaux de l’État de droit ».

« La destruction, l’occupation forcée et l’usurpation des installations d’un parti politique légalement constitué engendrent une responsabilité civile, criminelle et politique pour tous leurs auteurs, matériels ou moraux. »

Extrait du communiqué officiel du PAIGC

Le parti historique – celui-là même qui a conduit le pays à l’indépendance en 1974 – se dit particulièrement choqué par la brutalité de l’opération, d’autant plus qu’il n’était pas directement impliqué dans le processus électoral en cours.

Un contexte déjà explosif depuis le putsch du mercredi

Pour bien comprendre l’ampleur du choc, il faut revenir quelques jours en arrière. Mercredi, des militaires ont annoncé avoir renversé le président Umaro Sissoco Embalo. Ils ont immédiatement suspendu les élections présidentielle et législatives prévues le 23 novembre, dont les résultats étaient attendus cette semaine-là.

En quelques heures, une junte a pris le pouvoir, nommé un président de transition pour un an et désigné un Premier ministre. Le pays, déjà coutumier des coups d’État (plus d’une dizaine depuis l’indépendance), replonge dans l’incertitude.

Dans ce climat, le raid contre le PAIGC apparaît à beaucoup comme un signal fort : la nouvelle autorité militaire entend mater toute voix dissonante avant même qu’elle ne s’élève.

Domingos Simões Pereira, figure incontournable, arrêté dès le premier jour

Le leader du PAIGC, Domingos Simões Pereira, avait déjà été écarté de la course à la présidentielle du 23 novembre pour des raisons administratives contestées. Mercredi, au lendemain du coup d’État, il a été arrêté à son domicile, selon ses proches et collaborateurs.

Son arrestation, combinée à l’assaut contre le siège du parti, laisse peu de place au doute : le PAIGC est clairement visé par la junte. Beaucoup y voient une volonté d’éliminer toute opposition structurée avant même la fin de l’année de transition annoncée.

Fernando Dias, l’autre voix de l’opposition, accuse et se cache

Le candidat que le PAIGC soutenait, Fernando Dias, affirme de son côté avoir largement remporté l’élection au premier tour. Dans une déclaration jeudi, il a accusé l’ancien président Embalo – aujourd’hui hors du pays – d’avoir « organisé » le coup d’État pour empêcher sa victoire.

Fernando Dias dit être « en sécurité » mais reste caché quelque part en Guinée-Bissau. Son quartier de campagne, situé en périphérie de Bissau, a connu samedi des échauffourées mineures : des jeunes ont brûlé des pneus avant de disparaître à l’arrivée des forces de l’ordre.

La Guinée-Bissau, championne tristement célèbre des instabilités

Ce énième épisode s’inscrit dans une longue série. Depuis 1974, le pays n’a connu quasiment aucune transition démocratique complète. Les militaires ont pris l’habitude d’intervenir dès que l’équilibre politique vacille.

Les conséquences sont toujours les mêmes : appauvrissement, fuite des investisseurs, dépendance accrue à l’aide internationale. Pourtant, la population continue de payer le prix fort de ces soubresauts à répétition.

Quelle réaction de la communauté internationale ?

Jusqu’à présent, les condamnations restent timides. La CEDEAO, habituellement prompte à sanctionner les putschs dans la région, n’a pas encore pris de mesure forte. Certains observateurs craignent que le silence relatif ne soit interprété comme une acceptation tacite par la junte.

Dans les chancelleries, on attend de voir si la transition annoncée d’un an sera respectée ou si, comme par le passé, les militaires s’incrusteront durablement au pouvoir.

Et maintenant ? Trois scénarios possibles

  • Scénario 1 – Répression tous azimuts
    La junte poursuit l’élimination méthodique de l’opposition, instaure un régime autoritaire durable et s’appuie sur certaines puissances étrangères pour se maintenir.
  • Scénario 2 – Négociation sous pression internationale
    Sous la menace de sanctions, la junte accepte un dialogue inclusif et organise de nouvelles élections d’ici deux ans.
  • Scénario 3 – Nouveau coup interne
    Des dissensions au sein même de la junte provoquent un contre-coup, replongeant le pays dans un cycle encore plus violent.

Aucun de ces scénarios n’annonce des lendemains sereins pour les Bissau-Guinéens.

Ce qui se joue aujourd’hui à Bissau dépasse largement les frontières d’un petit pays d’Afrique de l’Ouest. C’est toute la crédibilité des transitions démocratiques dans la région qui est en jeu. Et pour l’instant, la balance penche dangereusement du côté de la force brute.

Une seule certitude : tant que les armes parleront plus fort que les urnes, la Guinée-Bissau restera prisonnière de son passé. Et ses citoyens continueront de payer le prix le plus élevé.

À suivre dans les prochains jours, car chaque heure compte dans ce pays où l’histoire semble se répéter inlassablement.

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