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Coup d’État en Guinée-Bissau : Embalo Renversé et Exilé

Le président Embalo renversé par l’armée fuit à Brazzaville pendant que des miliciens armés envahissent le siège du PAIGC à Bissau. Qui a vraiment orchestré ce coup ? Les résultats électoraux étaient-ils si explosifs ? La suite risque de secouer l’Afrique de l’Ouest…

Imaginez un pays où les scrutins se terminent rarement sans kalachnikovs. Un pays où le président en exercice peut être renversé avant même que les résultats officiels ne tombent. C’est exactement ce qui vient de se produire en Guinée-Bissau : un coup d’État express, un chef d’État en fuite, des miliciens dans les rues et une opposition qui crie à la manipulation. L’histoire est à peine croyable… et pourtant elle est en train de s’écrire sous nos yeux.

Un putsch éclair qui change tout

Mercredi matin, l’armée bissau-guinéenne annonce qu’elle prend le pouvoir. Motif officiel : protéger la sécurité nationale et rétablir l’ordre après la découverte d’un prétendu complot impliquant des barons de la drogue. Dans la foulée, le président Umaro Sissoco Embalo est arrêté brièvement avant d’être exfiltré vers le Sénégal, puis vers Brazzaville où il arrive samedi dans un jet privé.

Les élections présidentielle et législatives du 23 novembre sont purement et simplement suspendues. Aucune date de reprise n’est donnée. Le général Horta N’Tama, ancien proche d’Embalo, est nommé à la tête d’une transition d’un an. Le décor est planté : un nouveau chapitre de l’interminable saga des coups d’État bissau-guinéens.

Embalo à Brazzaville : refuge ou exil doré ?

Samedi en fin de matinée, le président déchu pose le pied sur le tarmac de Maya-Maya. Une source proche de la présidence congolaise confirme qu’il « est arrivé pour y rester ». Le choix n’a rien d’anodin : Umaro Sissoco Embalo entretient depuis longtemps des relations étroites avec Denis Sassou Nguesso, l’inamovible maître de Brazzaville.

Ce n’est pas la première fois qu’un dirigeant ouest-africain en difficulté trouve refuge au Congo. Le lieu offre discrétion, sécurité et réseaux solides. Reste à savoir si Embalo prépare son retour ou s’il tourne définitivement la page du pouvoir.

Bissau sous tension : le PAIGC dans le viseur

Pendant ce temps, la capitale bissau-guinéenne retient son souffle. Le siège du PAIGC, le parti historique qui a conduit le pays à l’indépendance en 1974, a été « illégalement envahi par des groupes miliciens fortement armés », dénonce le parti dans un communiqué incendiaire.

Domingos Simões Pereira, président du PAIGC et éternel rival d’Embalo, a été arrêté mercredi. Quant à Fernando Dias, candidat soutenu par le PAIGC à la présidentielle, il affirme s’être largement imposé dès le premier tour et accuse ouvertement l’ex-président d’avoir orchestré le coup pour bloquer sa victoire.

« Embalo a organisé son propre renversement pour ne pas quitter le pouvoir », déclare Fernando Dias, actuellement en clandestinité quelque part dans le pays.

Des échauffourées éclatent dans certains quartiers périphériques. Près du siège de campagne de Dias, des jeunes affrontent les forces de l’ordre à coups de pierres et de gaz lacrymogène. L’atmosphère est électrique.

Un scénario déjà vu… mais avec une odeur de mise en scène

Depuis l’indépendance du Portugal en 1974, la Guinée-Bissau a connu quatre coups d’État réussis et une multitude de tentatives. Le pays détient presque le record continental. Pourtant, cette fois, plusieurs éléments interrogent.

Le général Horta N’Tama, nommé à la tête de la junte, était jusqu’à récemment un fidèle d’Embalo. Les militaires justifient leur intervention par un prétendu complot de narcotrafiquants, un thème récurrent dans la rhétorique du président déchu qui n’a jamais hésité à brandir la menace de la drogue pour justifier des mesures autoritaires.

Beaucoup d’observateurs y voient une manœuvre grossière : suspendre des élections dont les résultats s’annonçaient défavorables et se mettre en scène en victime pour mieux revenir plus tard. Un grand classique du théâtre politique ouest-africain.

La communauté internationale tape du poing sur la table

La réaction ne s’est pas fait attendre. Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, dénonce une « violation flagrante des principes démocratiques ». La CEDEAO suspend immédiatement la Guinée-Bissau de tous ses organes décisionnels. L’Union africaine emboîte le pas.

L’Union européenne, principal bailleur de fonds du pays, exige le « retour immédiat à l’ordre constitutionnel » et la reprise du processus électoral. Des sanctions ciblées pourraient rapidement suivre si la junte s’éternise.

Guinée-Bissau : l’éternel malade de l’Afrique de l’Ouest

Avec seulement 2,2 millions d’habitants, la Guinée-Bissau reste l’un des pays les plus pauvres de la planète. Corruption endémique, trafics en tout genre, armée toute-puissante : le cocktail est explosif depuis cinquante ans.

Le pays est devenu une plaque tournante majeure de la cocaïne entre l’Amérique latine et l’Europe. Des colonels se muent en barons, des ministres ferment les yeux, et les élections servent souvent de prétexte à de nouveaux règlements de comptes.

Chaque scrutin depuis 1994 a été contesté. Chaque président élu a fini par être menacé, renversé ou assassiné. La démocratie bissau-guinéenne ressemble davantage à une parenthèse qu’à une réalité durable.

Et maintenant ? Trois scénarios possibles

Scénario 1 : la junte organise rapidement de nouvelles élections sous contrôle militaire et installe un président fantoche. Scénario 2 : la pression internationale force un retour à l’ordre constitutionnel et la publication des résultats du 23 novembre (qui donneraient probablement la victoire à l’opposition). Scénario 3 : le chaos s’installe durablement, avec affrontements entre factions militaires et risque de guerre civile.

Pour l’instant, la situation reste suspendue à un fil. Les Bissau-Guinéens, eux, retiennent leur souffle. Ils savent mieux que quiconque que dans leur pays, l’histoire bégaie souvent… et qu’elle bégaie violemment.

Une chose est sûre : ce énième coup d’État n’est pas qu’un simple fait divers régional. Il révèle, une fois de plus, la fragilité chronique des institutions en Afrique de l’Ouest et la difficulté à faire vivre la démocratie là où l’argent de la drogue et les ambitions personnelles pèsent plus lourd que les bulletins de vote.

À suivre, donc. Très attentivement.

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