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Côte d’Ivoire : État Rachète Stocks Cacao pour Sauver Producteurs

En Côte d'Ivoire, des millions de planteurs n'ont plus de revenus depuis des mois à cause de stocks de cacao invendus. L'État décide d'acheter 130 000 tonnes au prix record de 2 800 FCFA/kg... Mais cette mesure suffira-t-elle à relancer la filière ?
La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, traverse une période critique pour sa principale richesse agricole. Imaginez des entrepôts et des coopératives regorgeant de sacs de fèves brunes, accumulés depuis des mois, tandis que des millions de familles dépendent de leur vente pour survivre. Le prix garanti aux producteurs atteint un niveau historique, mais les difficultés d’exportation et les problèmes de trésorerie chez les acheteurs créent un engorgement sans précédent.

L’État ivoirien intervient pour sauver la filière cacao

Face à cette situation alarmante, le gouvernement a annoncé une mesure forte et immédiate : l’achat direct par l’État des stocks invendus accumulés dans les zones de production. Cette décision vise à débloquer les paiements aux planteurs et à relancer la dynamique de la campagne en cours.

Le ministre de l’Agriculture a expliqué devant la presse que cette opération concerne un volume important de cacao bloqué dans les coopératives. L’objectif est clair : permettre aux producteurs de recevoir rapidement l’argent dû, alors que beaucoup n’ont plus de revenus depuis plusieurs mois.

Un prix bord champ historique en pleine crise

Pour la campagne principale 2025-2026, le prix d’achat aux planteurs a été fixé à 2 800 francs CFA par kilogramme, un record absolu dans l’histoire de la filière ivoirienne. Cette hausse significative, comparée aux campagnes précédentes, reflète la volonté des autorités de protéger les revenus des agriculteurs face aux fluctuations mondiales.

Pourtant, malgré ce tarif attractif, la réalité sur le terrain est tout autre. Les exportations ralentissent drastiquement en raison de la baisse des cours internationaux et des difficultés de liquidités chez les acheteurs. Résultat : les fèves s’entassent, et les planteurs, qui représentent une part essentielle de l’économie nationale, se retrouvent en grande précarité.

La filière cacao contribue à environ 14 % du PIB du pays et fait vivre directement ou indirectement près de 5 millions de personnes. Beaucoup de ces familles vivent déjà sous le seuil de pauvreté, et l’absence de revenus depuis plusieurs mois aggrave leur vulnérabilité quotidienne.

Les détails du dispositif d’achat mis en place

En partenariat avec l’organisation interprofessionnelle des producteurs et le régulateur de la filière, l’État va acquérir l’ensemble des stocks concernés. Le volume estimé s’élève à environ 130 000 tonnes, achetées au prix garanti de 2 800 francs CFA le kilogramme.

Des acteurs nationaux seront mobilisés pour collecter ces stocks dans les zones rurales et les transporter vers des entrepôts sécurisés. L’État avance les fonds nécessaires pour cette opération, en attendant que les exportateurs rachètent ultérieurement ces volumes, remboursant ainsi l’avance consentie.

Cette approche permet d’injecter rapidement des liquidités dans les campagnes, de sécuriser le transport vers les usines et les ports, et de renforcer le rôle des opérateurs locaux dans la chaîne de valeur. Elle agit comme un filet de sécurité temporaire pour éviter un effondrement social dans les régions productrices.

Ces dispositions permettront d’agir rapidement en zone de production, de rétablir la liquidité, de sécuriser l’évacuation vers les usines et les ports, tout en renforçant le rôle des acteurs nationaux dans la chaîne de valeur.

Cette citation illustre parfaitement l’ambition du plan : non seulement résoudre l’urgence, mais aussi consolider la position des Ivoiriens dans la filière.

Les causes profondes de l’engorgement actuel

La baisse des cours mondiaux joue un rôle majeur dans cette crise. Après des sommets atteints les années précédentes, les prix internationaux ont chuté, rendant les acheteurs plus prudents et moins enclins à avancer des fonds massifs.

À cela s’ajoute une pression supplémentaire liée aux flux transfrontaliers. Dans les pays voisins, où les systèmes de commercialisation sont plus libéraux, les prix pratiqués aux planteurs sont souvent inférieurs. Cela attire du cacao de ces zones vers la Côte d’Ivoire, gonflant artificiellement les stocks disponibles ici, attirés par le prix élevé garanti.

Ce phénomène accentue l’engorgement, car les volumes entrants dépassent les capacités d’absorption immédiate du marché. L’État a donc décidé de renforcer les contrôles aux frontières pour limiter cette contrebande et protéger la filière nationale.

Impacts humains et économiques de la crise

Derrière les chiffres, ce sont des vies qui basculent. Des planteurs qui ne peuvent plus payer l’école de leurs enfants, acheter des semences pour la prochaine saison ou même assurer les repas quotidiens. La précarité s’installe, et avec elle, le risque de tensions sociales dans les campagnes.

Économiquement, la filière cacao est un pilier incontournable. Elle génère des devises essentielles pour l’équilibre de la balance commerciale. Un blocage prolongé pourrait affecter la croissance nationale et la confiance des investisseurs dans le secteur agricole.

Le mécanisme de vente anticipée, qui a permis de fixer un prix élevé en amont, protège les producteurs des chutes brutales, mais il nécessite une fluidité dans les exportations pour fonctionner pleinement. C’est précisément ce maillon qui a lâché récemment.

Perspectives et mesures complémentaires

Le plan d’achat par l’État n’est pas une solution définitive, mais une intervention d’urgence pour stabiliser la situation jusqu’à la reprise des achats par les exportateurs. Il vise à maintenir la confiance dans le système de régulation ivoirien, souvent cité en exemple en Afrique.

Parallèlement, les autorités insistent sur la nécessité de renforcer la traçabilité, d’améliorer la qualité et de promouvoir la transformation locale pour réduire la dépendance aux marchés extérieurs volatiles.

Les planteurs, piliers silencieux de cette économie, méritent une attention soutenue. Leur résilience face aux aléas climatiques, aux maladies des cultures et aux fluctuations des prix force le respect. Cette crise rappelle combien il est vital de sécuriser leurs revenus pour garantir la pérennité de la production.

Un engagement pour l’avenir de la filière

En prenant cette mesure audacieuse, l’État réaffirme son rôle central dans la protection des intérêts des producteurs. Cela démontre une volonté politique de ne pas laisser les plus vulnérables payer le prix des turbulences mondiales.

La filière cacao ivoirienne a surmonté de nombreuses crises par le passé grâce à une gouvernance forte et à la mobilisation collective. Aujourd’hui, l’intervention rapide devrait permettre de tourner la page de cet engorgement et de relancer la dynamique exportatrice.

Les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’efficacité de ce dispositif. Les planteurs attendent des actes concrets, et le gouvernement semble déterminé à répondre à cette attente. La Côte d’Ivoire reste le leader mondial incontesté, et cette crise pourrait même renforcer sa résilience à long terme.

Pourtant, au-delà des annonces, c’est sur le terrain que tout se joue. Des sacs qui repartent des coopératives, des paiements qui arrivent enfin, des familles qui respirent à nouveau. C’est là que se mesure le succès réel de cette stratégie d’urgence.

La route est encore longue pour une filière plus stable, mais cette décision marque un tournant important. Elle montre que, face à l’adversité, l’État choisit de se tenir aux côtés de ceux qui font vivre le pays.

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