Imaginez l’instant où un joueur français, connu pour son style atypique et imprévisible, se retrouve face au numéro 1 mondial, une star planétaire adulée pour sa puissance et son charisme. Ce moment précis arrive dans quelques jours à Melbourne. Corentin Moutet, avec son sourire en coin et son regard malicieux, se prépare à défier Carlos Alcaraz dans ce qui s’annonce comme l’un des chocs les plus attendus du troisième tour de l’Open d’Australie.
Ce n’est pas tous les jours qu’un Tricolore accède à un tel rendez-vous contre le tout meilleur joueur de la planète. Pourtant, loin de trembler, Moutet affiche une motivation hors norme. Dans ses mots, on sent l’excitation pure, celle d’un compétiteur qui vit pour ces instants rares où tout peut arriver sur un court.
Un enthousiasme sincère avant le grand défi
Quand on lui demande ce qu’il ressent à l’approche de cette confrontation, la réponse fuse sans hésitation : il est « super enthousiaste ». Ce n’est pas une formule toute faite pour la presse. On perçoit chez lui une vraie curiosité, presque enfantine, mêlée à la conscience aiguë du niveau adverse. Jouer Alcaraz, c’est mesurer ses propres limites face à l’un des plus complets de l’histoire récente du tennis.
Pourtant, le parcours jusqu’ici n’a pas été une promenade de santé. Mercredi, face au jeune Michael Zheng, Moutet a connu une entame très compliquée. Mené 5-1 dans le premier set, il a dû puiser dans ses ressources pour inverser la tendance. Ce genre de scénario forge le caractère et rappelle qu’aucun match n’est gagné d’avance, même quand le statut de favori semble évident sur le papier.
Retour sur un match piège contre un jeune prodige
La rencontre contre Zheng a débuté sous des conditions venteuses inhabituelles. Le Français avoue avoir mis du temps à trouver ses marques. Trop passif au début, il subissait les assauts du jeune Américain qui frappait fort et prenait des risques. Mais dès le deuxième set, un déclic s’est produit. Moutet a retrouvé son agressivité naturelle, sa capacité à varier les rythmes et à déstabiliser son adversaire.
Le score final (3-6, 6-1, 6-3, 2-0 abandon) ne raconte pas toute l’histoire. Il cache une vraie bataille mentale. Le gaucher tricolore a su rester lucide, analyser ses erreurs en temps réel et ajuster son plan de jeu point après point. Une qualité rare qui pourrait justement lui servir face à un adversaire d’un tout autre calibre.
« Je n’ai pas décidé de bien jouer ou de mal jouer. J’ai essayé de faire de mon mieux, de trouver mon rythme à chaque point. Et ça s’est enclenché à partir du deuxième set. »
Cette phrase résume parfaitement la philosophie de Moutet : ne pas se juger trop durement sur un mauvais départ, mais chercher constamment à progresser au fil des échanges. Une maturité qui contraste avec son image parfois perçue comme imprévisible ou capricieuse.
Face à Alcaraz : rester fidèle à soi-même
La question qui brûle toutes les lèvres : va-t-il changer son jeu pour tenter de contrer l’Espagnol ? La réponse est claire et sans ambiguïté. Non. Moutet refuse catégoriquement de renier son identité tennistique. Pour lui, c’est précisément ce style unique – mélange de toucher, de slices vicieux, de variations et d’audace – qui lui permet d’exprimer son meilleur niveau.
« Je vais rester qui je suis et essayer de faire du mieux que je peux », explique-t-il calmement. Il sait que modifier radicalement son approche en quelques jours serait contre-productif. Au contraire, il compte sur ses armes habituelles pour perturber le rythme habituel d’Alcaraz, souvent très dominant quand il impose son jeu de fond de court ultra-rapide.
Le match sera une découverte mutuelle. Les deux joueurs ne se sont jamais affrontés auparavant. Cela laisse place à une part d’inconnu qui excite particulièrement le Français. Il parle de « curiosité », de « nouveaux défis à relever », et même d’un « super apprentissage » possible face à un tel adversaire.
Les grands enseignements possibles d’un tel duel
Les meilleurs joueurs du circuit ont cette capacité rare à mettre en lumière les faiblesses cachées de leurs adversaires. Moutet en est parfaitement conscient. Il voit dans ce troisième tour une opportunité unique de progresser, de comprendre ce qui lui manque encore pour atteindre le très haut niveau sur une régularité plus grande.
« Face aux meilleurs, on peut voir ce qui nous reste à travailler. Ils arrivent vraiment à éclairer nos zones les plus faibles. C’est un super apprentissage pour la suite », confie-t-il avec une lucidité remarquable. Cette posture humble et ambitieuse à la fois est celle des grands compétiteurs qui savent que chaque défaite (ou chaque victoire) doit servir de carburant pour l’avenir.
L’ambiance des grands courts : un facteur à part entière
Le troisième tour sur un grand court de Melbourne change forcément quelques paramètres. L’espace est plus vaste, le public plus nombreux, les caméras plus présentes, la pression plus palpable. Pourtant, Moutet relativise avec un sourire : « On a toujours une raquette et une balle ». Pour lui, l’essentiel reste le même.
Mais il ne cache pas non plus son plaisir à fouler ces arènes mythiques. Il rêve même d’y revenir un jour en tant que tête d’affiche. En attendant, il savoure chaque instant passé sur ces surfaces immenses où les émotions sont décuplées. Jouer devant des milliers de spectateurs suspendus à chaque point, c’est exactement ce pour quoi il s’entraîne depuis des années.
Un style qui détonne dans le tennis moderne
Corentin Moutet n’est pas un joueur comme les autres. Dans un circuit où la puissance et la régularité dominent, il cultive une approche différente : plus créative, plus imprévisible, plus artistique parfois. Son revers slicé, ses amorties millimétrées, ses changements de rythme soudains déstabilisent même les cadors.
Ce style « old school » revisité à la sauce moderne plaît énormément aux amateurs de tennis qui cherchent autre chose que des échanges interminables en fond de court. Moutet fait partie de ces joueurs qui rappellent que le tennis peut aussi être une forme d’expression, presque un art.
Face à Alcaraz, dont le tennis est explosif, complet et très physique, le contraste promet d’être saisissant. D’un côté la puissance brute et la vitesse, de l’autre la malice, la ruse et la variation. Ce duel pourrait bien devenir un petit bijou tactique pour les observateurs attentifs.
La gestion mentale : clé de la performance
Ce qui frappe dans les propos de Moutet, c’est sa capacité à rester centré sur le processus plutôt que sur le résultat. Il ne parle pas de victoire ou de défaite comme objectif premier, mais d’engagement, d’ajustement, de progression point après point. Cette approche mentale est devenue l’une de ses grandes forces ces dernières saisons.
Même mené largement au score, il garde la tête froide et cherche des solutions. Cette résilience pourrait être déterminante face à un Alcaraz capable de hausser brutalement son niveau quand il sent l’adversaire faiblir. Rester dans le match le plus longtemps possible, même en étant dominé, sera probablement la mission numéro un du Français.
Un parcours français à suivre de près
Cette édition de l’Open d’Australie est marquée par une présence tricolore intéressante, même si elle reste en deçà des meilleures années. Plusieurs joueurs et joueuses ont franchi le premier tour, mais rares sont ceux qui avancent aussi loin que Moutet à ce stade. Son parcours devient donc symbolique pour tout un pays qui espère revoir un représentant au second week-end d’un Grand Chelem.
Si le défi face à Alcaraz semble immense sur le papier, le tennis a prouvé à de multiples reprises qu’un jour particulier, un état de grâce ou une inspiration géniale peuvent renverser les hiérarchies. Moutet le sait, et c’est précisément cette possibilité infime qu’il veut saisir.
Vers un tennis plus varié et spectaculaire ?
Au-delà du simple résultat, ce match pose aussi une question plus large : le tennis actuel laisse-t-il encore assez de place aux profils atypiques ? Dans une ère dominée par des joueurs très athlétiques et réguliers, des joueurs comme Moutet apportent une bouffée d’air frais. Leur présence rappelle que la variété reste l’un des charmes les plus précieux de ce sport.
Si le Français parvient à proposer son meilleur tennis face à Alcaraz, même en cas de défaite, il pourrait inspirer une nouvelle génération à oser sortir des sentiers battus. C’est tout l’enjeu caché de ce troisième tour.
En attendant vendredi, une chose est sûre : Corentin Moutet aborde ce match avec une faim et une envie qui font plaisir à voir. Peu importe le verdict final, il aura donné le meilleur de lui-même sur l’un des plus beaux théâtres du tennis mondial. Et ça, c’est déjà une victoire en soi.
Maintenant, place au spectacle. Que le spectacle commence sur la Rod Laver Arena.









