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Corée du Sud : Un Coup d’État Avorté Fait Vaciller le Président

La Corée du Sud retient son souffle alors que le président Yoon Suk Yeol affronte une procédure de destitution suite à sa tentative avortée d'imposer la loi martiale. Des centaines de milliers de manifestants réclament son départ devant le Parlement. Le pays est au bord de l'implosion politique...

La Corée du Sud est en ébullition. Mardi soir, dans une allocution télévisée surprise, le président Yoon Suk Yeol a tenté un coup de force inédit en annonçant l’imposition de la loi martiale, une première depuis le sombre règne du dictateur Chun Doo-hwan en 1980. Envoyant l’armée au Parlement pour museler l’opposition, il a précipité le pays au bord du gouffre. Mais son pari s’est retourné contre lui.

Sitôt la nouvelle tombée, les députés ont réagi. Dans des conditions rocambolesques, bloquant les portes de l’hémicycle avec des meubles pour empêcher les soldats d’entrer, 190 élus ont tenu une séance d’urgence en pleine nuit. À l’unanimité, ils ont voté contre la loi martiale, contraignant le président à l’abroger au bout de six heures seulement. Un camouflet cinglant pour Yoon Suk Yeol, dont la popularité était déjà en berne.

Un président acculé, un pays au bord de la crise

Depuis son élection il y a un an, Yoon Suk Yeol, 63 ans, accumule les échecs. Conservateur et impopulaire, il voit quasiment toutes ses initiatives torpillées par une Assemblée nationale dominée par l’opposition. Frustré, il a joué son va-tout avec ce coup de force, au risque de mettre le feu aux poudres. Son allocution expresse samedi matin, présentant de plates excuses, n’a pas calmé la colère.

Car la rue gronde. Pas moins de 150 000 manifestants, selon la police, se sont massés devant le Parlement pour exiger le départ du président. L’opposition réclame sa démission immédiate, estimant que sa présence même est désormais « le plus gros risque pour la Corée du Sud ». La pression est à son comble alors que les députés votent ce samedi sur une motion de destitution.

L’histoire se répète-t-elle en Corée du Sud ?

Cette crise n’est pas sans rappeler les heures sombres de l’histoire sud-coréenne. En 1980, le général Chun Doo-hwan avait imposé la loi martiale après avoir pris le pouvoir par un coup d’État. Une répression sanglante s’en était suivie, laissant des centaines de morts. Si la démocratie s’est depuis enracinée, les plaies restent vives. Le spectre de la dictature militaire n’est jamais loin.

Yoon Suk Yeol, lui-même ex-procureur général, s’était pourtant fait élire sur la promesse de rétablir l’État de droit après le mandat tumultueux de son prédécesseur. Il est aujourd’hui rattrapé par les vieux démons du pays. Dans une Corée du Sud hyper-connectée, sa dérive autoritaire a choqué une jeunesse éprise de liberté. Les images de soldats encerclant l’Assemblée ont ravivé les traumatismes du passé.

L’issue du vote de destitution en suspens

Tous les regards sont désormais braqués sur le Parlement. Pour destituer le président, il faut une majorité des deux tiers, soit 200 voix sur 300. Un seuil élevé que l’opposition, bien que majoritaire, pourrait ne pas atteindre si des députés du camp présidentiel décidaient de boycotter le vote, empêchant ainsi le quorum. Les tractations vont bon train en coulisses.

Même si Yoon Suk Yeol échappe à la destitution, sa marge de manœuvre apparaît très réduite. Lâché par son propre camp, contesté dans la rue, il est un président affaibli. La pilule sera d’autant plus dure à avaler que la Corée du Sud traverse une passe difficile, entre ralentissement économique et tensions avec la Corée du Nord voisine. Le pays a plus que jamais besoin de stabilité.

Quel avenir pour la démocratie sud-coréenne ?

Au-delà du sort de Yoon Suk Yeol, c’est l’avenir de la démocratie sud-coréenne qui est en jeu. Avec une population de plus en plus polarisée, des inégalités croissantes et une défiance envers les élites, le terreau est fertile pour les dérives populistes. La tentation du repli autoritaire guette, comme l’a montré le président lui-même.

« Le plus gros risque en Corée du Sud est l’existence même du président », a tonné Lee Jae-myung, chef de l’opposition. « Les seules solutions sont une démission immédiate ou un départ anticipé par destitution. »

Face à ces périls, la société civile sud-coréenne, l’une des plus dynamiques au monde, apparaît comme un rempart essentiel. Les manifestations massives de ces derniers jours témoignent d’une soif de démocratie inextinguible. Les citoyens entendent bien reprendre leur destin en main et ne laisseront personne, fut-il président, bafouer leurs droits si chèrement acquis.

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