Le président sud-coréen Yoon Suk Yeol se cramponne au pouvoir après une tentative avortée d’imposer la loi martiale dans le pays. Une crise politique éclair qui a plongé la Corée du Sud dans la tourmente et ébranlé ses fondations démocratiques.
Un coup de force avorté
Mardi soir, le président Yoon a pris tout le monde de court en décrétant soudainement la loi martiale. Dans un discours à la télévision nationale, il a justifié cette mesure d’exception en invoquant la nécessité d’« éliminer les éléments hostiles à l’État » et de « protéger la Corée du Sud libérale des menaces posées par les forces communistes nord-coréennes ».
Concrètement, la loi martiale impliquait la suspension de la vie politique, la fermeture du Parlement, l’interdiction de toute grève ou manifestation et la mise sous contrôle des médias par l’armée. Une véritable régression démocratique aux yeux de nombreux observateurs.
Le Parlement résiste
Malgré le bouclage de l’Assemblée nationale par des centaines de militaires et de policiers, près de 200 députés ont réussi à se faufiler dans le bâtiment dans la nuit de mardi à mercredi. Au péril de leur vie, en escaladant des clôtures, ces élus courageux ont tenu une séance extraordinaire pour voter à l’unanimité une motion réclamant la levée de loi martiale.
« Nous ne pouvons pas laisser le président bafouer ainsi notre Constitution et nos valeurs démocratiques. C’est notre devoir de représentants du peuple de nous opposer à cette dérive autoritaire. »
Un député de l’opposition
Pendant ce temps, des milliers de Sud-Coréens descendaient dans la rue, bravant le couvre-feu, pour manifester pacifiquement leur opposition au coup de force présidentiel. Une mobilisation citoyenne impressionnante qui a fait plier Yoon Suk Yeol.
Repli stratégique
Devant l’ampleur de la contestation parlementaire et populaire, le président Yoon a été contraint de faire machine arrière. Mercredi à l’aube, il a annoncé dans une allocution l’abrogation de la loi martiale et ordonné aux troupes de regagner leurs casernes. Un repli stratégique pour tenter de calmer le jeu et sauver son mandat.
Car déjà, une procédure de destitution est enclenchée par l’opposition qui l’accuse d’avoir « gravement violé la Constitution et la loi ». Pour renverser le président, il faudrait réunir une majorité des deux tiers à l’Assemblée, un scénario peu probable à ce stade au vu du rapport de force. Mais la menace est suffisamment sérieuse pour obliger Yoon Suk Yeol et son camp à la plus grande prudence.
Des alliés « surpris »
Cette crise politique éclair a également déstabilisé les partenaires de la Corée du Sud, à commencer par les États-Unis. D’après une source diplomatique, Washington, qui compte près de 30 000 soldats stationnés en Corée du Sud, n’a été prévenu qu’au dernier moment de la proclamation de la loi martiale. Un manque de coordination qui illustre la fébrilité de l’exécutif sud-coréen.
Au-delà de cet épisode, c’est la solidité de la démocratie sud-coréenne qui est en jeu. Le dernier recours à la loi martiale remonte à 1980, lors de grandes manifestations contre un coup d’État militaire. La répression avait alors fait des centaines de morts. Des fantômes du passé qui resurgissent et qui rappellent la fragilité de la transition démocratique coréenne.
Pour l’heure, le président Yoon, élu de justesse en 2022, semble avoir évité le pire. Mais sa crédibilité est sérieusement entamée et sa marge de manœuvre réduite. Face à une opposition revigorée et une opinion publique méfiante, il va devoir faire profil bas s’il veut aller au bout de son mandat. La démocratie sud-coréenne a vacillé, mais elle tient bon. Pour combien de temps encore ?