C’est une course contre la montre qui se joue actuellement en Corée du Sud. Alors que le pays retient son souffle, les prochaines heures s’annoncent décisives pour l’avenir de sa jeune démocratie. Selon Lee Jae-myung, chef de l’opposition, la nuit de vendredi à samedi est « le moment le plus critique » de l’histoire démocratique sud-coréenne.
Une tentative de loi martiale qui ébranle le pays
Tout a basculé dans la nuit de mardi à mercredi lorsque, contre toute attente, le président Yoon Suk Yeol a proclamé la loi martiale. Une mesure d’une gravité sans précédent depuis le coup d’État militaire de 1979, impliquant notamment la suspension de la vie politique et la mise sous contrôle militaire des médias. Face au tollé général, le dirigeant a dû reculer six heures plus tard sous la pression de l’Assemblée nationale, où l’opposition est majoritaire, et de la rue.
Malgré ce revirement, Lee Jae-myung estime que le pays reste vulnérable à une « nouvelle tentative de loi martiale ». D’après lui, le président Yoon pourrait exploiter des failles pour retenter le coup. Une crainte partagée par son parti, qui a appelé ses 170 élus à occuper l’hémicycle jusqu’au vote crucial de samedi pour parer à toute éventualité.
Le parlement, dernier rempart de la démocratie
Dans la nuit de mardi, 190 députés avaient réussi à se faufiler au Parlement, cerné par des soldats et des policiers, pour voter à l’unanimité la levée de la loi martiale. Une abrogation que le président a ensuite été contraint de valider. Selon des responsables militaires, l’objectif était en réalité d’arrêter des députés, une tentative mise en échec grâce à la mobilisation citoyenne et au courage des élus.
Quand ma femme m’a dit que Yoon avait déclaré la loi martiale, j’ai pensé qu’elle blaguait.
Lee Jae-myung, chef de l’opposition
Pourtant, une fois l’information confirmée, Lee Jae-myung n’a pas hésité. Il a immédiatement appelé à rallier l’Assemblée et lancé un appel au peuple. Des milliers de Sud-Coréens ont répondu présent, permettant in extremis de « passer une résolution » pour stopper la dérive autoritaire. « C’était une course contre la montre », confie-t-il.
La destitution en ligne de mire
Désormais, tous les regards sont tournés vers le vote crucial de samedi sur la destitution du président Yoon. L’opposition n’aura besoin que de rallier huit membres du camp présidentiel pour atteindre la majorité des deux tiers requise. Si la motion est adoptée, Yoon Suk Yeol sera suspendu dans l’attente du verdict de la Cour constitutionnelle.
Face à cette perspective, des signes de fissure apparaissent au sein de la majorité. Le propre parti du président, qui avait exclu cette hypothèse la veille, a finalement demandé sa « suspension rapide », évoquant de « nouveaux éléments ». Aux derniers indécis, Lee Jae-myung rappelle que « la politique consiste à représenter la volonté du peuple (…) et la volonté du peuple est maintenant claire ».
Une démocratie à l’épreuve mais résiliente
Malgré la gravité des événements, Lee Jae-myung se veut rassurant sur la solidité des institutions démocratiques du pays. Il compare la situation à une « fièvre soudaine causée par une bactérie » face à laquelle le corps réagirait promptement pour s’en débarrasser. Un optimisme que beaucoup espèrent voir se concrétiser dans les urnes samedi.
La Corée du Sud retient son souffle. Les prochaines heures seront décisives pour l’avenir de sa démocratie, malmenée mais déterminée à défendre ses acquis chèrement conquis. Dans ce bras de fer entre le pouvoir exécutif et le parlement, c’est tout un modèle de société qui se joue. Un modèle que les Sud-Coréens semblent prêts à défendre coûte que coûte face aux tentations autoritaires.