Au cœur de Marseille, niché dans le pittoresque Vallon des Auffes, le restaurant étoilé L’Épuisette se retrouve plongé dans une bataille juridique peu commune. Les propriétaires actuels, la famille Bonnet, refusent de quitter les lieux malgré la perte d’un appel d’offres lancé par la Métropole. Un conflit de succession atypique qui pourrait bien secouer le monde de la gastronomie marseillaise.
Un appel d’offres qui fait des vagues
Établi depuis 1976 dans ce coin prisé du littoral, le célèbre restaurant a vu son autorisation d’occupation temporaire (AOT) remise en question par les autorités locales. Comme l’exige la réglementation européenne pour les établissements en bord de mer, la Métropole d’Aix-Marseille-Provence a lancé un appel d’offres pour l’attribution de l’emplacement.
Mais contre toute attente, c’est un concurrent, «The Social Club» associé à la cheffe étoilée Coline Faulquier, qui a remporté la mise. Un coup dur pour les Bonnet, qui pensaient leur AOT renouvelée sans encombre comme il y a 5 ans.
Là où ça tourne à la marseillaise, c’est qu’on s’est retrouvés à deux candidats pour le renouvellement de cette délégation. La métropole affirme que l’offre de ce candidat était meilleure. Mais il n’en donne pas les raisons.
Bernard Bonnet, propriétaire de L’Épuisette
Fin de bail annoncée
Malgré leurs protestations, les Bonnet ont reçu leur lettre de congé, leur enjoignant de libérer les lieux d’ici au 31 décembre. Une pilule difficile à avaler pour cette famille qui a fait de L’Épuisette une institution de la gastronomie marseillaise, récompensée d’une étoile au guide Michelin depuis plus de 20 ans.
De son côté, la métropole justifie sa décision en avançant que la candidature de «The Social Club» répondait à «tous les critères» de l’appel d’offres. Le projet porté par Coline Faulquier semble avoir séduit la commission d’attribution.
Tout le monde a toujours su que L’Épuisette se trouvait sur le domaine public et nul n’en a le droit exclusif. On a juste répondu à une autorisation d’occupation temporaire et notre dossier a été retenu.
Coline Faulquier, future cheffe de L’Épuisette
Une bataille qui ne fait que commencer
Loin de se résigner, Bernard Bonnet compte bien se battre pour conserver l’établissement qu’il considère comme «un symbole touristique et culturel du Vallon des Auffes». Déterminé, il assure : «Je n’ai pas l’intention de partir».
Avec 12 000 couverts par an et une équipe de 22 salariés, L’Épuisette n’est pas décidée à baisser le rideau sans combattre. Son propriétaire, qui dit y avoir «investi des sommes colossales», envisage même un départ fracassant si nécessaire : «S’il le faut, je partirai en ne laissant que les murs».
Un conflit qui risque de durer
Cette affaire, qui mêle gastronomie, politiques publiques et enjeux immobiliers, a tous les ingrédients d’un conflit à rebondissements. D’un côté, une famille de restaurateurs déterminée à défendre son patrimoine et son héritage. De l’autre, une métropole soucieuse de respecter les procédures et une cheffe ambitieuse prête à relever de nouveaux défis.
Alors que le compte à rebours est lancé, les prochaines semaines s’annoncent décisives pour l’avenir de L’Épuisette. Bernard Bonnet parviendra-t-il à renverser la vapeur et sauver son restaurant? Ou devra-t-il se résoudre à passer le flambeau à Coline Faulquier? Une chose est sûre, ce bras de fer entre anciens et nouveaux propriétaires ne manquera pas de faire parler dans le milieu de la gastronomie marseillaise et au-delà.
Cette succession mouvementée met en lumière les enjeux complexes qui entourent la transmission des entreprises familiales, en particulier dans le secteur de la restauration. Entre passions, traditions et impératifs économiques, les conflits sont souvent inévitables.
Reste à savoir si un compromis pourra être trouvé avant l’échéance fatidique du 31 décembre. Les gourmets et les habitués de L’Épuisette retiennent en tout cas leur souffle, en espérant que cette institution saura garder son âme et sa renommée, quel que soit le capitaine à sa barre.