Imaginez un soir d’hiver glacial dans une petite ville du nord de la France. Un homme sans domicile fixe, frigorifié et désespéré, accepte l’aide proposée par un inconnu qui lui promet un abri temporaire et un repas chaud. Quelques heures plus tard, cet acte de supposée générosité se transforme en cauchemar : agression sexuelle d’une violence inouïe. Cette histoire tragique s’est déroulée à Arras, et elle soulève aujourd’hui des questions profondes sur la récidive, la vulnérabilité sociale et les limites du droit des étrangers en France.
Une nouvelle condamnation pour un criminel déjà condamné
Le mercredi 7 janvier, la cour d’assises du Pas-de-Calais a rendu son verdict dans une affaire particulièrement choquante. Un quadragénaire a été reconnu coupable du viol d’un homme en situation de grande précarité. La victime, profondément traumatisée, n’a pas pu se présenter physiquement à l’audience : elle a témoigné depuis un commissariat, en visioconférence, signe criant de sa détresse psychologique persistante.
Ce qui rend ce dossier encore plus insupportable, c’est le passé judiciaire particulièrement lourd du condamné. Seulement quelques mois plus tôt, en juin 2024, le même homme avait déjà été condamné à huit ans de prison pour un autre viol. La répétition de ces faits extrêmement graves pose la question lancinante de la prise en charge des récidivistes sexuels dans notre pays.
Le mode opératoire : la promesse d’aide comme piège
Dans cette affaire, le prédateur a utilisé une technique malheureusement classique : repérer une personne en extrême vulnérabilité et feindre la bienveillance. Proposer un toit pour la nuit, un peu de chaleur, un repas… autant d’arguments qui, pour une personne dormant dehors par -5°C, peuvent sembler salvateurs. C’est précisément sur cette fragilité que l’auteur a bâti son emprise.
Les enquêteurs ont pu établir que l’individu avait parfaitement conscience de l’état de détresse de sa victime. Loin d’un passage à l’acte impulsif, il s’agissait d’une stratégie délibérée visant à profiter de l’absence totale de recours et de protection de la personne ciblée.
« J’avais tellement froid… j’ai cru qu’il voulait vraiment m’aider. Je n’avais plus la force de réfléchir. »
Extrait du témoignage de la victime
Ce genre de prédateurs ne choisissent pas leurs victimes au hasard. Ils repèrent les personnes les plus isolées, les plus fragiles physiquement et psychologiquement, celles dont la parole sera la moins susceptible d’être entendue ou crue.
Une justice ferme… mais pas jusqu’au bout
La cour n’a pas fait preuve de laxisme dans son jugement. La peine prononcée est lourde et s’accompagne de plusieurs mesures d’éloignement : interdiction de paraître dans tout le département du Pas-de-Calais à sa sortie de prison. Le condamné retournera immédiatement purger le reliquat de sa précédente condamnation.
En revanche, une mesure attendue par beaucoup n’a pas été prononcée : l’interdiction du territoire français assortie d’une expulsion vers le pays d’origine. Cette décision, très commentée, s’explique par un élément juridique majeur : le pays dont est originaire le condamné criminalise l’homosexualité.
Le paradoxe du risque de persécution
Le Soudan, pays d’origine du condamné, a longtemps été l’un des rares États au monde à appliquer la peine de mort pour relations homosexuelles. Si cette peine extrême a été officiellement abolie en 2020, la répression reste extrêmement violente : arrestations arbitraires, tortures, lynchages, chantage policier… La simple suspicion d’homosexualité suffit souvent à mettre une personne en danger de mort.
La France, comme la plupart des pays européens, applique le principe de non-refoulement énoncé par la Convention de Genève et la Convention européenne des droits de l’homme. Expulser une personne vers un pays où elle risque des traitements inhumains ou dégradants constitue une violation du droit international. C’est précisément ce risque qui a empêché l’expulsion dans cette affaire.
Nous nous retrouvons donc face à un paradoxe moral et juridique particulièrement troublant : un homme condamné deux fois pour viol, dont les victimes sont des hommes, ne peut pas être renvoyé dans son pays d’origine… précisément parce que ce pays persécute les homosexuels.
La vulnérabilité des personnes sans domicile fixe
Au-delà du cas particulier de cette affaire, ce drame rappelle une réalité trop souvent occultée : les personnes sans domicile fixe constituent un groupe particulièrement exposé aux violences sexuelles. Plusieurs études européennes concordent pour montrer que le risque de subir une agression sexuelle est multiplié par 5 à 10 par rapport à la population générale.
- Absence totale d’intimité et de protection
- Grande difficulté à accéder aux soins post-traumatiques
- Stigmatisation qui décourage souvent le dépôt de plainte
- Manque cruel de places d’hébergement d’urgence sécurisées
- Précarité économique qui empêche toute mise à l’abri durable
Ces éléments cumulés créent un terrain particulièrement favorable aux prédateurs qui savent qu’ils ont affaire à des victimes dont la parole est systématiquement mise en doute.
Quelle prise en charge des récidivistes sexuels en France ?
La question de la récidive sexuelle reste l’un des sujets les plus sensibles et les plus clivants du débat public. D’un côté, les victimes et une partie de l’opinion demandent des peines beaucoup plus longues et une surveillance renforcée après la libération. De l’autre, les professionnels de la psychiatrie et certains juristes mettent en garde contre le risque de créer des « détenus à vie » sans réelle perspective de réinsertion.
Les chiffres officiels sont inquiétants : environ 15 à 20 % des auteurs de violences sexuelles commettent une nouvelle infraction sexuelle dans les 5 ans suivant leur libération. Ce taux, s’il est inférieur à celui observé pour d’autres types de criminalité, reste cependant inacceptable dans une matière aussi grave.
Vers une évolution du cadre légal ?
Plusieurs propositions de loi ont été déposées ces dernières années pour renforcer l’arsenal contre la récidive sexuelle :
- Création d’une peine incompressible pour les viols particulièrement graves
- Port du bracelet électronique géolocalisé systématique à la sortie pour les auteurs de violences sexuelles
- Mise en place d’un suivi socio-judiciaire à vie pour les auteurs de viols sur majeurs
- Renforcement des obligations de soins psychiatriques
- Création d’un fichier national des auteurs de violences sexuelles accessible aux associations d’aide aux victimes
Ces mesures, si elles étaient toutes adoptées, représenteraient un changement majeur dans la politique pénale française en matière de violences sexuelles. Leur mise en œuvre soulève cependant de nombreuses questions juridiques, éthiques et pratiques.
Le difficile équilibre entre protection des victimes et droits fondamentaux
L’affaire d’Arras illustre cruellement l’un des dilemmes majeurs de nos sociétés contemporaines : comment protéger efficacement les citoyens tout en respectant les engagements internationaux que la France a librement souscrits ?
De nombreux commentateurs estiment que la solution passe par un renforcement massif des moyens alloués à la prise en charge psychiatrique des auteurs de violences sexuelles, en amont et en aval de la peine. D’autres plaident pour une révision des conditions d’octroi du statut de réfugié ou de protection subsidiaire lorsque l’intéressé commet des infractions particulièrement graves sur le territoire.
Quoi qu’il en soit, une chose est certaine : laisser des individus présentant un risque avéré de récidive sexuelle en liberté sans suivi renforcé constitue un échec collectif. Laisser des personnes en situation de rue sans réelle protection constitue un autre échec tout aussi grave.
Conclusion : une affaire qui laisse un goût amer
Ce nouveau viol commis à Arras par un récidiviste déjà condamné laisse un sentiment d’impuissance et de colère. Colère contre un système qui semble incapable d’anticiper et d’endiguer la dangerosité de certains individus. Impuissance face à l’impossibilité d’expulser vers un pays où la vie du condamné serait réellement menacée.
Entre la nécessaire protection des victimes, la lutte indispensable contre la récidive, le respect des engagements internationaux et la protection des personnes vulnérables, il semble aujourd’hui particulièrement difficile de trouver un équilibre satisfaisant.
Une chose est sûre : tant que des personnes dormiront dehors par -10°C, tant que des prédateurs sexuels récidivistes ne seront pas correctement pris en charge, tant que les victimes les plus fragiles n’auront pas une parole réellement entendue, ce type de drame risque de se reproduire. Et c’est toute la société qui en porte la responsabilité.
Le combat pour une meilleure protection des plus vulnérables et contre la récidive sexuelle est loin d’être terminé.
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