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Colombie : Suspension des Pourparlers de Paix avec le Clan del Golfo

Le principal cartel colombien suspend brutalement les pourparlers de paix engagés avec le gouvernement Petro. La raison ? Un accord surprise entre Bogota et Washington pour traquer militairement ses chefs. Vers la fin de la voie pacifique ?

Imaginez un instant : après des mois de discussions secrètes dans un pays du Golfe, un cartel puissant annonce soudain qu’il claque la porte des négociations. Ce n’est pas une fiction, mais bien la réalité qui secoue la Colombie en ce début d’année. Le Clan del Golfo, organisation criminelle majeure du pays, vient de suspendre les pourparlers de paix qu’il entretenait avec le gouvernement de Gustavo Petro. La cause directe ? Une poignée de main entre le président colombien et son homologue américain Donald Trump, scellant une alliance militaire contre le narcotrafic.

Cette décision brutale marque un tournant potentiellement décisif dans la lutte contre les groupes armés qui contrôlent une grande partie du territoire colombien. Elle soulève des questions essentielles sur la viabilité des approches diplomatiques face à des acteurs habitués à la violence et aux profits colossaux générés par la cocaïne.

Un revirement stratégique inattendu entre Bogota et Washington

Les relations entre la Colombie et les États-Unis ont connu des hauts et des bas ces derniers mois. Les échanges publics parfois virulents sur les réseaux sociaux avaient laissé craindre une rupture durable. Pourtant, la rencontre récente à la Maison Blanche a permis d’enterrer la hache de guerre pour se concentrer sur un ennemi commun : les organisations impliquées dans le trafic de drogue.

Les deux dirigeants ont décidé de prioriser des opérations militaires conjointes visant spécifiquement trois figures centrales du crime organisé colombien. Parmi elles figure en bonne place Chiquito Malo, actuel chef du Clan del Golfo. Les autorités entendent le localiser et le neutraliser dans les prochains mois, avec l’appui logistique et technologique américain.

Les cibles prioritaires de l’accord bilatéral

Outre le chef du Clan del Golfo, deux autres noms reviennent fréquemment dans les déclarations officielles. Ivan Mordisco dirige la principale dissidence des anciennes FARC, celle qui a rejeté l’accord de paix historique signé en 2016. De son côté, Pablito commande l’ELN, guérilla historique toujours active, notamment près de la frontière vénézuélienne.

Ces trois hommes incarnent la persistance des structures violentes malgré les efforts de pacification successifs. Leur traque conjointe marque un changement de paradigme : on passe d’une politique de négociation tous azimuts à une stratégie plus offensive, combinant renseignement et action armée.

Ce ne sont pas des objectifs nouveaux pour la Colombie mais ils le sont pour une action commune de la Colombie et des États-Unis.

Ministre colombien de la Défense

Cette citation illustre parfaitement le glissement opéré. Là où les États-Unis avaient longtemps été frustrés par ce qu’ils percevaient comme un manque de fermeté de Bogota, les deux capitales semblent désormais alignées sur une ligne dure.

La réaction immédiate du Clan del Golfo

La réponse du cartel n’a pas tardé. Dès le lendemain de l’annonce de l’accord, l’organisation a publié un communiqué sur les réseaux sociaux indiquant la suspension « provisoire » des discussions entamées au Qatar. Les négociateurs du Clan del Golfo estiment que cette nouvelle orientation constitue une « atteinte à la bonne foi » et aux engagements pris à Doha.

Le message est clair : tant que la menace militaire plane, aucune confiance ne peut exister. Le cartel accuse même le président Petro d’avoir privilégié ses intérêts personnels au détriment de la paix générale dans les territoires les plus touchés par la violence.

Le président Petro a fait passer ses intérêts personnels avant l’intérêt général, qui est la paix dans les territoires.

Communiqué du Clan del Golfo

Cette formulation vise directement la légitimité de la politique de « paix totale » défendue par le chef de l’État depuis son arrivée au pouvoir. Elle cherche aussi à retourner l’opinion publique contre une approche perçue comme incohérente.

Contexte : la Colombie, premier producteur mondial de cocaïne

La Colombie reste, et de loin, le plus gros producteur de cocaïne au monde. Les États-Unis constituent toujours le principal marché de consommation. Cette asymétrie explique en grande partie l’intérêt permanent de Washington pour la situation sécuritaire colombienne.

Le Clan del Golfo assure à lui seul une part très majoritaire des exportations de cocaïne depuis le pays. Ses routes maritimes, ses laboratoires clandestins et son influence sur les zones rurales en font un acteur incontournable du narco-trafic mondial. Sa désignation officielle comme organisation terroriste par les États-Unis en décembre dernier n’a fait qu’officialiser une réalité opérationnelle déjà ancienne.

Depuis la capture et l’extradition d’Otoniel en 2021, Chiquito Malo a pris les rênes. La disparition récente de son second, Gonzalito, dans un accident maritime, n’a apparemment pas affaibli la structure qui continue d’étendre son emprise.

Critiques internes et renforcement des groupes armés

La stratégie de négociation tous azimuts promue par Gustavo Petro a suscité de vives critiques dès le début de son mandat. De nombreux observateurs estiment que cette politique a paradoxalement permis aux organisations criminelles de se renforcer, de recruter et d’étendre leur contrôle territorial.

Le gouvernement lui-même reconnaît que les effectifs du Clan del Golfo ont augmenté ces dernières années. Cette admission fragilise la rhétorique officielle et alimente le discours de ceux qui réclament depuis longtemps un retour à une posture plus répressive.

  • Augmentation constatée des effectifs du Clan del Golfo
  • Renforcement territorial des dissidences FARC
  • Maintien d’une forte activité de l’ELN près du Venezuela
  • Critiques récurrentes sur le manque de résultats concrets des pourparlers

Ces éléments cumulés ont créé un climat de défiance grandissante vis-à-vis de la politique de paix totale, même au sein de certaines institutions étatiques.

Vers une coopération régionale élargie ?

L’accord bilatéral ne s’arrête pas aux frontières colombo-américaines. Les autorités colombiennes ont annoncé leur intention d’inviter le Venezuela à rejoindre cette nouvelle offensive contre le narcotrafic. Une telle ouverture serait historique compte tenu des relations extrêmement tendues entre Bogota et Caracas ces dernières années.

Le ministre de la Défense a insisté sur le respect de la souveraineté de chaque pays tout en évoquant un partage accru de renseignements et une coordination opérationnelle. Cette main tendue vers le Venezuela, actuellement dirigé par Delcy Rodriguez en intérim, pourrait changer la donne dans une région où les flux de drogue transitent souvent par le territoire vénézuélien.

Opérations récentes et perspectives militaires

Quelques heures après l’annonce de la suspension des pourparlers, l’armée colombienne a conduit une opération contre l’ELN à la frontière vénézuélienne, aboutissant à la neutralisation de sept combattants. Bien que les forces américaines n’aient pas participé directement, cette action illustre la reprise d’une posture plus offensive sur le terrain.

Une source militaire anonyme a confié que la coopération avec Washington devrait permettre d’accéder à des technologies avancées : systèmes antidrones, hélicoptères de combat, moyens financiers supplémentaires. Autant d’atouts qui pourraient modifier l’équilibre des forces dans les zones les plus reculées du pays.

L’appel de Petro à l’ELN

Malgré la montée des tensions, le président Petro continue de tendre la main à certains groupes. Sur les réseaux sociaux, il a invité l’ELN à accepter une mission internationale de vérification scientifique visant à démanteler les infrastructures utilisées pour le narcotrafic multinational.

J’invite l’ELN à accepter une mission de vérification scientifique et internationale, pour remettre complètement les infrastructures qui servent au narcotrafic multinational et pour retrouver le chemin de la paix.

Gustavo Petro sur X

Cet appel montre que la porte de la négociation n’est pas totalement fermée, même si les conditions posées deviennent de plus en plus exigeantes.

Un avenir incertain pour la « paix totale »

La suspension des pourparlers avec le Clan del Golfo pose la question de la viabilité globale de la stratégie de paix totale. Si le cartel le plus puissant du pays se retire, quel impact cela aura-t-il sur les autres négociations en cours ? Les groupes armés interpréteront-ils ce revirement comme un signe de faiblesse ou au contraire comme une preuve que la menace militaire reste crédible ?

Les prochains mois seront décisifs. La localisation et la neutralisation des trois chefs ciblés par l’accord bilatéral constitueront un test majeur pour la nouvelle coopération colombo-américaine. En parallèle, la capacité du gouvernement à maintenir un canal de dialogue avec les organisations restantes déterminera si une issue politique reste envisageable.

La Colombie se trouve à un carrefour historique. Entre la poursuite d’une politique répressive renforcée et la recherche obstinée d’une paix négociée, le pays doit trouver un équilibre fragile. Les populations des régions les plus affectées par la violence attendent des résultats concrets, loin des discours et des communiqués.

Quelle que soit l’issue, cette séquence marque la fin d’une certaine naïveté dans la gestion du conflit armé et du narcotrafic. La realpolitik reprend ses droits, avec ses contraintes, ses alliances inattendues et ses risques accrus de dérapage.

Le continent sud-américain observe avec attention. Toute évolution significative en Colombie aura des répercussions sur les routes du narcotrafic, sur les équilibres régionaux et sur la perception de la lutte antidrogue à l’échelle mondiale.

Pour l’instant, une seule certitude : le Clan del Golfo a choisi de ne plus s’asseoir à la table des négociations tant que l’épée de Damoclès militaire demeure suspendue au-dessus de ses chefs. Le dialogue est suspendu, mais la guerre, elle, semble reprendre de plus belle.

Restent les populations prises en étau, les cultivateurs de coca qui risquent leur vie quotidiennement, les soldats en première ligne et les familles endeuillées. Pour elles, la paix reste un horizon lointain, mais ô combien nécessaire.

À suivre de très près dans les semaines et mois à venir.

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