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Colombie : Les Exchanges Doivent Déclarer les Utilisateurs de Bitcoin et Crypto

La Colombie passe à la vitesse supérieure dans la régulation crypto. Dès 2026, les exchanges devront transmettre l’identité et toutes les transactions des utilisateurs de Bitcoin, Ether et stablecoins à l’administration fiscale. Une transparence totale… mais à quel prix pour les investisseurs ?

Imaginez un instant : vous achetez du Bitcoin tranquillement depuis votre smartphone en Colombie, vous transférez quelques stablecoins à un proche, et quelques mois plus tard, l’administration fiscale connaît déjà le détail précis de chacune de vos opérations. Ce scénario n’est plus de la science-fiction. Depuis la fin décembre 2025, la Colombie a franchi un cap majeur dans l’encadrement des cryptomonnaies.

Le pays sud-américain, déjà considéré comme l’un des plus actifs de la région en matière d’adoption crypto, vient de mettre en place l’un des dispositifs de déclaration les plus complets du continent. Exit l’époque où seuls les particuliers devaient déclarer spontanément leurs avoirs numériques. Désormais, ce sont les plateformes elles-mêmes qui devront faire le travail… et elles n’ont plus le choix.

Un tournant historique pour la fiscalité crypto en Colombie

Le 24 décembre 2025, la Dirección de Impuestos y Aduanas Nacionales (DIAN) a publié la fameuse résolution qui change la donne. Baptisée sobrement Resolution 000240, elle impose aux opérateurs d’actifs numériques une obligation de collecte et de transmission massive de données aux autorités fiscales.

Ce texte s’inscrit dans une mouvance mondiale : de plus en plus de pays cherchent à aligner la fiscalité des cryptomonnaies sur celle des actifs financiers traditionnels. Mais la Colombie ne s’est pas contentée de suivre timidement le mouvement. Elle a choisi d’aller loin, très loin même.

Quelles plateformes sont concernées ?

Toutes celles qui offrent des services aux résidents colombiens ou aux contribuables fiscaux du pays. Cela inclut donc :

  • Les exchanges locaux enregistrés en Colombie
  • Les grandes plateformes internationales accessibles depuis le territoire
  • Les intermédiaires et courtiers en cryptomonnaies
  • Les fournisseurs de portefeuilles hébergés qui permettent des échanges

En clair : si une plateforme permet à un Colombien d’acheter, de vendre, d’échanger ou simplement de conserver des cryptomonnaies, elle tombe sous le coup de cette nouvelle réglementation.

Bitcoin, Ether, stablecoins… mais pas que

La portée de la mesure est très large. Elle couvre explicitement :

  1. Bitcoin (BTC)
  2. Ethereum (ETH) et ses dérivés
  3. L’ensemble des stablecoins (USDT, USDC, DAI, etc.)
  4. La majorité des autres actifs numériques échangeables sur les plateformes

Seuls certains NFTs très spécifiques ou des actifs totalement illiquides pourraient potentiellement échapper à cette grille très fine… mais même là, la prudence reste de mise.

Quelles informations devront être transmises exactement ?

La liste est impressionnante et très intrusive. Voici les principales données exigées :

  • Identité complète de l’utilisateur (nom, prénom, date de naissance)
  • Numéro d’identification fiscale colombien (NIT ou cédula)
  • Adresse de résidence fiscale
  • Pour chaque transaction : date, heure, type d’opération
  • Actif concerné + quantité échangée
  • Valeur marchande en pesos colombiens au moment de l’opération
  • Solde net de chaque compte en cryptomonnaies à la fin de l’année

Autant dire que l’anonymat transactionnel, déjà très compliqué à maintenir sur les plateformes centralisées, devient pratiquement impossible pour les utilisateurs colombiens.

« Nous assistons à la fin d’une certaine forme d’insouciance fiscale dans le secteur crypto en Amérique latine. »

Cette phrase résume bien le sentiment général qui prévaut actuellement dans la communauté crypto du pays.

Un calendrier strict et des sanctions très dissuasives

Les nouvelles obligations entrent en vigueur dès l’année fiscale 2026. Concrètement :

  • Collecte des données tout au long de l’année 2026
  • Transmission massive du rapport complet avant la fin mai 2027
  • Des rapports intermédiaires pourront également être exigés

Et les sanctions en cas de manquement ? Elles sont à la hauteur de l’ambition du texte :

Amende pouvant atteindre 1 % de la valeur totale des transactions non déclarées. Pour une plateforme qui traite plusieurs centaines de millions de dollars par an, cela représente très vite des sommes colossales.

La Colombie, cinquième marché crypto d’Amérique latine

Ce n’est pas un hasard si le pays adopte une position aussi ferme. Selon les données les plus récentes disponibles sur la période juillet 2024 – juin 2025, la Colombie se classe au cinquième rang des plus gros marchés crypto d’Amérique latine en volume d’échanges.

Ce dynamisme s’explique par plusieurs facteurs :

  • Une population jeune et très connectée
  • Une défiance historique vis-à-vis du peso colombien
  • Une pénétration importante des smartphones
  • La présence de plusieurs acteurs locaux très actifs
  • Une diaspora importante qui utilise les cryptos pour les transferts internationaux

Autant d’éléments qui ont contribué à faire émerger un écosystème dynamique… mais également très difficile à ignorer pour un État en quête de recettes fiscales supplémentaires.

Une transposition très fidèle du cadre OCDE

La résolution colombienne suit de très près le Crypto-Asset Reporting Framework (CARF) élaboré par l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques. Ce cadre international, adopté par de nombreux pays, vise à créer une norme commune de déclaration automatique des comptes d’actifs numériques, sur le modèle du CRS (Common Reporting Standard) pour les comptes bancaires classiques.

Parmi les pays qui ont déjà annoncé ou mis en œuvre le CARF, on retrouve notamment :

  • La plupart des pays de l’Union européenne
  • Le Royaume-Uni
  • Le Canada
  • L’Australie
  • Singapour
  • Le Japon

La Colombie devient donc l’un des premiers pays d’Amérique latine à transposer aussi fidèlement et aussi rapidement ce standard international.

Quelles conséquences pour les utilisateurs colombiens ?

Pour le particulier lambda, les impacts seront multiples :

  1. Fin progressive de l’anonymat sur les plateformes centralisées
  2. Obligation renforcée de déclarer correctement ses avoirs et plus-values
  3. Risque accru de redressement fiscal en cas d’omission
  4. Possible augmentation du recours aux portefeuilles non-custodial… mais avec des risques accrus
  5. Difficulté croissante à utiliser certaines plateformes internationales qui refuseraient de se conformer

Certains observateurs prédisent déjà une migration partielle vers les solutions décentralisées (DEX, wallets auto-hébergés), même si ces derniers ne permettent pas toujours d’échapper totalement au radar fiscal.

Et les exchanges dans tout ça ? Coût, complexité, départs ?

Pour les plateformes, la facture s’annonce lourde. Il va falloir :

  • Mettre en place des systèmes KYC beaucoup plus robustes
  • Collecter des données supplémentaires
  • Développer des outils de reporting adaptés
  • Former les équipes internes
  • Assurer une conformité continue

Certaines petites plateformes locales pourraient jeter l’éponge. D’autres, plus importantes, risquent de répercuter une partie des coûts sur les frais de transaction, ce qui pourrait freiner l’adoption.

Enfin, certaines plateformes internationales très populaires pourraient choisir de restreindre l’accès aux utilisateurs colombiens, comme cela s’est déjà vu dans d’autres juridictions ayant durci leur réglementation.

Un signal fort envoyé à toute la région

Avec cette décision, la Colombie ne se contente pas de réguler son propre marché. Elle envoie un message clair à ses voisins : l’époque du « Far West » crypto touche à sa fin, même en Amérique latine.

Plusieurs pays de la région observent attentivement ce qui se passe à Bogotá. Le Brésil, le Mexique, l’Argentine et le Chili pourraient être tentés de suivre le même chemin dans les 18 à 24 prochains mois.

Vers la fin de l’âge d’or de l’adoption sauvage ?

Certains passionnés de la première heure y verront la fin d’une certaine liberté. D’autres, au contraire, considéreront qu’il s’agit d’une étape normale et indispensable vers une maturité et une légitimité accrue du secteur.

Une chose est sûre : 2026 marquera un tournant décisif pour l’écosystème crypto colombien. Entre renforcement de la confiance institutionnelle d’un côté, et perte d’une partie de la liberté individuelle de l’autre, le pays écrit actuellement l’un des chapitres les plus importants de son histoire avec les cryptomonnaies.

Et vous, comment percevez-vous cette évolution ? Inquiétante ? Nécessaire ? Inévitable ?

Une chose est certaine : le monde crypto tel que nous l’avons connu ces dernières années est en train de changer… et la Colombie fait partie des pays qui accélèrent le mouvement.

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