Imaginez-vous face à une mer en furie, des rafales qui dépassent les 100 km/h, des vagues de plusieurs mètres qui explosent contre les rochers… et au milieu de ce chaos, un homme qui décide de s’élancer pour tenter l’impossible : voler plus haut que n’importe qui ne l’a jamais fait en kitesurf.
C’est exactement ce qu’a vécu le 8 janvier 2026 un rider breton au large de la presqu’île de Crozon. Un exploit qui fait déjà vibrer toute la communauté des sports de glisse.
Un vol historique né au cœur de la tempête
Les conditions étaient tout sauf ordinaires. La tempête Goretti balayait la façade atlantique française avec une violence rare en cette période de l’année. Vent soutenu, mer formée, visibilité réduite : le cocktail parfait pour les amateurs de sensations fortes… et pour les casse-cou.
C’est dans ce contexte extrême que notre protagoniste a choisi de tenter sa chance sur le spot réputé sauvage de La Palue. Un lieu où même les plus aguerris hésitent parfois à mettre ne serait-ce qu’un orteil dans l’eau.
37,30 mètres : la mesure qui change tout
Après analyse vidéo et validation officielle, la hauteur atteinte s’élève à 37,30 mètres au-dessus du niveau de la mer. Un chiffre qui peut paraître abstrait… jusqu’à ce qu’on le visualise : c’est l’équivalent d’un immeuble de douze étages.
Le rider est resté en l’air pendant douze longues secondes. Douze secondes où le temps semble suspendu, où le corps défie la gravité, où le moindre mouvement peut transformer le rêve en cauchemar.
« C’est un moment que je n’oublierai jamais, le saut de ma vie jusqu’à présent »
Cette phrase, publiée quelques jours après l’exploit, résume à elle seule l’intensité émotionnelle d’un tel moment.
Comment prépare-t-on un saut record ?
Derrière ces quelques secondes filmées se cache une préparation minutieuse, presque obsessionnelle.
Voici les principaux éléments qui ont permis de réussir cet exploit :
- Des années de pratique intensive du big air
- Une connaissance intime du spot et de ses particularités
- Le choix d’une aile très puissante adaptée aux vents extrêmes
- Une planche spécifique big air avec rocker prononcé
- Des harnais et barres renforcés pour encaisser les chocs violents
- Une présence rassurante et sécurisante d’un proche sur la plage
Chaque détail compte quand on joue avec les limites physiques et matérielles.
L’atterrissage : quand la magie rencontre la réalité
Si la montée dans les airs est spectaculaire, la redescente l’est tout autant… mais pour d’autres raisons.
À cette hauteur et à cette vitesse, l’impact avec l’eau est comparable à celui d’un plongeon depuis un tremplin de 10 mètres, mais avec une trajectoire beaucoup moins contrôlable et une eau souvent très agitée.
Le rider a décrit cet atterrissage comme « quelque peu violent ». Une litote qui en dit long sur la puissance de l’impact subie par le corps.
Pourquoi cet exploit dépasse le simple record personnel
Ce saut n’est pas seulement une performance individuelle. Il s’inscrit dans une évolution permanente de la discipline.
Depuis les premiers sauts de 10-12 mètres au début des années 2000, le plafond n’a cessé de s’élever :
| Année | Hauteur record | Rider notable |
| 2008 | ~18 m | Premiers vrais big airs |
| 2013 | ~24 m | Émergence du style moderne |
| 2017 | ~29 m | Première barre des 30m approchée |
| 2021 | ~33,5 m | Record précédent |
| 2026 | 37,30 m | Nouveau standard mondial |
On observe une progression régulière mais qui s’accélère ces dernières années grâce à l’amélioration du matériel, à une meilleure compréhension de la physique du saut et à l’audace croissante des riders.
La sécurité : une préoccupation omniprésente
Derrière le spectacle se cache une réalité beaucoup moins glamour : le risque de blessures graves est omniprésent.
Les chutes depuis plus de 25-30 mètres peuvent provoquer :
- Fractures multiples
- Lésions de la colonne vertébrale
- Traumatismes crâniens sévères
- Ruptures d’organes internes
- Noyade secondaire suite à perte de connaissance
C’est pourquoi les meilleurs riders ne tentent jamais ces hauteurs sans un dispositif de sécurité très strict et une surveillance rapprochée.
Quel avenir pour le big air en kitesurf ?
La barre des 40 mètres est désormais dans le viseur de plusieurs athlètes internationaux. Mais à partir d’une certaine hauteur, plusieurs facteurs physiques deviennent extrêmement problématiques :
La vitesse horizontale nécessaire augmente considérablement
Le temps passé en l’air devient si long que le contrôle devient très difficile
L’énergie cinétique à l’atterrissage augmente de façon exponentielle
Le matériel actuel atteint ses limites structurelles
Le corps humain commence à montrer des signes de non-récupération après plusieurs tentatives
La question que se posent aujourd’hui beaucoup d’observateurs est simple : jusqu’où peut-on pousser cette discipline sans franchir la ligne rouge entre exploit et inconscience ?
Le kitesurf français à son apogée
Cet exploit vient une nouvelle fois rappeler que la France reste une terre de prédilection pour les sports de glisse extrêmes. Entre vagues puissantes, vents réguliers et une culture du dépassement de soi très ancrée dans certaines régions côtières, l’Hexagone continue de produire des athlètes de classe mondiale.
De nombreux jeunes riders s’inspirent désormais de ce type de performance pour repousser leurs propres limites. Le mouvement est lancé, et il semble difficile de l’arrêter.
Conclusion : quand l’homme défie les éléments
Le 8 janvier 2026 restera comme une date marquante dans l’histoire du kitesurf. 37,30 mètres. Un chiffre, une image, un moment suspendu entre ciel et océan déchaîné.
Plus qu’un simple record, cet exploit incarne ce mélange unique de courage, de préparation, de technologie et d’audace qui caractérise les sports extrêmes à notre époque.
Et pendant que certains se demandent déjà qui osera les 40 mètres, une certitude demeure : sur l’eau comme dans les airs, les limites d’hier sont faites pour être dépassées… même au prix d’un cœur qui bat à 180.
Maintenant, à vous de jouer : quelle hauteur vous semble encore imaginable dans les années à venir ?









