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Cisjordanie : Israël Renforce Son Emprise Foncière, Tollé Arabe

Le gouvernement israélien vient d’approuver un vaste plan d’enregistrement foncier en Cisjordanie, une première depuis 1967. De nombreux Palestiniens risquent de perdre leurs terres ancestrales. Pourquoi cette décision suscite-t-elle un tel tollé dans le monde arabe ? La suite révèle des enjeux explosifs...

Imaginez un instant que les terres cultivées par votre famille depuis des générations, ces oliviers centenaires qui ont vu passer vos ancêtres, se retrouvent soudain déclarés propriété d’un État étranger. Sans que vous ayez vraiment votre mot à dire. C’est précisément la crainte qui étreint aujourd’hui de nombreux Palestiniens en Cisjordanie, après une décision récente du gouvernement israélien qui pourrait bouleverser durablement l’équilibre fragile de ce territoire occupé depuis près de soixante ans.

Dimanche dernier, le cabinet israélien a donné son feu vert à un processus d’enregistrement foncier massif en Cisjordanie, une première depuis l’occupation de 1967. Cette mesure, qui s’inscrit dans une série d’initiatives récentes, vise officiellement à clarifier les droits de propriété et à résoudre des litiges anciens. Mais pour beaucoup, elle ouvre la voie à une appropriation accélérée de vastes zones, au détriment des populations palestiniennes locales.

Une décision qui accélère le contrôle israélien sur la Cisjordanie

Le cœur de cette nouvelle politique réside dans la zone C, qui représente environ 60 % du territoire cisjordanien. Selon les accords d’Oslo des années 1990, cette zone reste sous contrôle administratif et sécuritaire total d’Israël. C’est précisément là que le processus d’enregistrement va se déployer en priorité, avec un budget conséquent alloué pour les années à venir.

Les autorités israéliennes ont prévu près de 244 millions de shekels – soit environ 67 millions d’euros – pour financer cette opération entre 2026 et 2030. Des postes supplémentaires seront créés dans plusieurs ministères et agences pour mener à bien ce travail administratif de longue haleine. L’objectif affiché ? Mettre de l’ordre dans un cadastre souvent ambigu, où de nombreuses parcelles n’ont jamais été formellement enregistrées.

Les justifications officielles avancées par Israël

Du côté israélien, on insiste sur la transparence et la légalité. Le processus permettrait une clarification approfondie des droits et aiderait à trancher des litiges juridiques qui traînent depuis des décennies. On accuse également l’Autorité palestinienne de mener des enregistrements illégaux dans des secteurs qui, selon les accords internationaux, relèvent de la compétence israélienne.

Cette opération est présentée comme une réponse nécessaire à un vide administratif. Beaucoup de terres en zone C n’ont jamais fait l’objet d’un titre de propriété officiel moderne. En lançant ce registre, Israël espère donc graver dans le marbre une réalité foncière alignée sur ses intérêts stratégiques et sécuritaires.

« Beaucoup de Palestiniens qui considèrent des terres comme les leurs découvriront qu’elles ne leur appartiennent pas en vertu du nouveau processus d’enregistrement. »

Cette phrase résume bien l’inquiétude majeure : sans documents formels irréfutables, de nombreuses familles palestiniennes risquent de se voir dépossédées de facto de parcelles qu’elles exploitent pourtant depuis longtemps.

Un tollé immédiat dans le monde arabe

La réaction ne s’est pas fait attendre. L’Autorité palestinienne a fermement condamné cette initiative, la qualifiant de tentative de désigner des terres palestiniennes comme territoire public sous occupation. Elle rejette toute validité juridique à ces mesures et y voit le début concret d’un processus d’annexion.

L’Arabie saoudite a dénoncé une décision visant à imposer une nouvelle réalité juridique et administrative, porteuse d’atteintes aux efforts de paix. L’Égypte parle d’une escalade dangereuse consolidant le contrôle israélien, en violation des accords internationaux. Le Qatar évoque une extension des projets privant le peuple palestinien de ses droits légitimes.

Ces condamnations reflètent une inquiétude partagée : la peur que cette mesure administrative ne soit qu’un outil supplémentaire pour entériner une présence israélienne irréversible sur des terres revendiquées par les Palestiniens.

Contexte historique : une colonisation qui ne faiblit pas

Depuis 1967, la colonisation israélienne en Cisjordanie n’a jamais vraiment cessé, quel que soit le gouvernement au pouvoir. Elle s’est cependant nettement intensifiée ces dernières années, particulièrement depuis le début du conflit à Gaza en octobre 2023. Aujourd’hui, plus de 500 000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie (hors Jérusalem-Est annexée), au milieu d’environ trois millions de Palestiniens.

Ces implantations sont considérées illégales par l’ONU et la grande majorité de la communauté internationale. Pourtant, elles continuent de s’étendre, avec des infrastructures, des routes réservées et une protection militaire renforcée. La décision récente sur l’enregistrement foncier s’inscrit dans cette dynamique de longue date.

  • 1967 : occupation de la Cisjordanie lors de la guerre des Six Jours.
  • Années 1990 : accords d’Oslo divisent le territoire en zones A, B et C.
  • Depuis 2023 : accélération notable des implantations et des mesures administratives favorisant les colons.

Chaque étape semble consolider un peu plus la présence israélienne, rendant de plus en plus difficile toute perspective de retrait significatif.

Quelles conséquences pour les Palestiniens ?

Le risque principal réside dans la perte potentielle de terres non enregistrées. Dans de nombreuses zones rurales, les titres de propriété reposent sur des documents ottomans, jordaniens ou coutumiers, parfois incomplets ou contestés. Le nouveau processus exigera des preuves formelles difficiles à produire pour beaucoup de familles.

Si ces terres sont déclarées propriété de l’État israélien, elles pourraient ensuite être attribuées à des projets de colonisation, des bases militaires ou des infrastructures. Cela accentuerait la fragmentation du territoire palestinien, rendant encore plus compliquée la création d’un État viable.

Les observateurs parlent d’une annexion rampante, voire d’une annexion déjà en cours de facto. Les terres concernées pourraient représenter des dizaines de milliers d’hectares, privant durablement les communautés palestiniennes de ressources agricoles essentielles.

Une mesure qui s’ajoute à d’autres initiatives récentes

Il y a seulement une semaine, le gouvernement avait déjà approuvé des textes facilitant les achats directs de terres par des colons israéliens. Une loi ancienne interdisant aux Juifs d’acquérir des biens en Cisjordanie a été abrogée. D’autres dispositions permettent désormais aux autorités israéliennes d’administrer certains sites religieux même en zones sous contrôle palestinien.

Ces décisions cumulées dessinent un tableau où le contrôle israélien s’étend progressivement, zone par zone, mesure par mesure. Elles interviennent dans un contexte où la colonisation atteint des records et où les tensions sécuritaires restent vives.

Vers une impasse diplomatique durable ?

Les accords d’Oslo, bien que fragiles, constituaient jusqu’ici un cadre de référence pour la gestion du territoire. En les contournant progressivement, Israël risque de rendre caduques les bases mêmes d’une négociation future. La solution à deux États, déjà affaiblie, semble s’éloigner un peu plus chaque jour.

Pourtant, la colonisation n’est pas un phénomène nouveau. Elle a traversé tous les gouvernements israéliens, de gauche comme de droite. Mais l’actuelle coalition, l’une des plus droitières de l’histoire du pays, imprime une accélération sans précédent. Les réactions internationales se multiplient, mais jusqu’ici sans effet concret sur le terrain.

La communauté internationale observe avec inquiétude cette évolution. Les condamnations se succèdent, mais les faits sur le terrain continuent d’avancer. La Cisjordanie, territoire clé pour l’avenir palestinien, semble se transformer inexorablement sous l’effet de ces politiques administratives et sécuritaires.

Un avenir incertain pour la paix régionale

Chaque nouvelle mesure renforce les craintes d’une annexion progressive sans déclaration officielle. Les Palestiniens se sentent de plus en plus encerclés, privés de terres vitales pour leur économie et leur identité. Les colons, eux, y voient une reconnaissance légitime de leur présence.

Dans ce climat tendu, la perspective d’une reprise des négociations semble lointaine. Les efforts pour une solution politique équilibrée se heurtent à une réalité où le contrôle du sol devient l’enjeu central. La Cisjordanie, jadis envisagée comme le cœur d’un futur État palestinien, risque de se retrouver morcelée au point de rendre impossible toute continuité territoriale.

Les prochains mois seront décisifs. Le déploiement concret de ce processus d’enregistrement foncier révélera l’ampleur réelle des transformations en cours. Pour l’instant, une chose est sûre : la décision récente marque un tournant supplémentaire dans un conflit déjà vieux de plusieurs décennies, avec des répercussions qui pourraient se faire sentir bien au-delà des frontières de la Cisjordanie.

Le silence des grandes puissances, les condamnations répétées mais sans suite concrète, et l’accélération des faits sur le terrain posent une question lancinante : jusqu’où ira cette dynamique ? Et surtout, quelles marges de manœuvre restent-elles encore aux Palestiniens pour préserver un avenir viable sur leur terre ?

La réponse, malheureusement, reste suspendue aux évolutions politiques et diplomatiques à venir. Mais une chose est certaine : chaque parcelle enregistrée aujourd’hui pourrait sceller un peu plus le sort d’un territoire disputé depuis trop longtemps.

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