Ce lundi matin, les écrans des traders ont viré au rouge sang. En quelques heures seulement, des milliards de dollars se sont évaporés du marché des cryptomonnaies, laissant derrière eux une atmosphère pesante et beaucoup d’interrogations. Est-ce simplement une correction classique ou le début d’une tempête bien plus violente déclenchée par des tensions géopolitiques historiques ?
Une matinée qui a fait trembler les portefeuilles numériques
Les chiffres parlent d’eux-mêmes et ils sont difficiles à ignorer. La capitalisation totale du marché crypto a perdu environ 2,4 % pour retomber autour des 3,2 trillions de dollars. Bitcoin, la locomotive incontestée, a plongé jusqu’à 92 250 $ avant de légèrement remonter aux alentours de 92 750 $. Ethereum n’a pas été épargné avec une chute de plus de 3 % sous les 3 210 $. Les altcoins ont subi des traitements encore plus sévères : certains noms très en vue ont enregistré des pertes à deux chiffres en seulement 24 heures.
Le marché des contrats à terme n’a pas menti non plus. Pas moins de 783 millions de dollars de positions longues ont été liquidées en une journée, la majeure partie de cette cascade se produisant dans les douze premières heures de la séance asiatique. Un signal clair : les bulls ont été pris à contre-pied et le marché a sanctionné très rapidement les optimistes trop confiants.
La guerre tarifaire États-Unis / Europe : le catalyseur inattendu ?
Tout semble avoir commencé avec une déclaration choc venue de l’autre côté de l’Atlantique. Le président américain aurait menacé plusieurs pays européens – dont des poids lourds comme l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, mais aussi des nations nordiques – de taxes douanières progressives allant de 10 % dès le 1er février à potentiellement 25 % dès le mois de juin. Le motif affiché ? Le projet controversé d’annexion du Groenland par les États-Unis.
La réponse européenne n’a pas tardé. Plusieurs responsables ont qualifié cette menace de pur chantage et ont immédiatement évoqué des contre-mesures visant jusqu’à 93 milliards d’euros de produits américains. Le spectre d’une guerre commerciale ouverte entre les deux plus grandes zones économiques mondiales plane désormais très clairement au-dessus des marchés financiers, y compris celui des actifs numériques.
« Les tensions géopolitiques de cette ampleur ont toujours provoqué des rotations massives vers les valeurs refuges. Crypto n’échappe malheureusement pas à la règle quand la peur domine. »
L’histoire récente le confirme. Fin 2025, l’escalade des droits de douane entre Washington et Pékin avait déjà provoqué une chute de près de 25 % de Bitcoin et une contraction de 32 % de la capitalisation totale du marché crypto. Aujourd’hui, la violence du mouvement reste pour l’instant plus contenue, mais la durée du conflit pourrait changer radicalement la donne.
Quand la psychologie des marchés s’effrite rapidement
Le célèbre Crypto Fear and Greed Index est passé en territoire « peur » en perdant 5 points en 24 heures pour atteindre 44. Ce niveau n’avait plus été vu depuis plusieurs semaines et traduit parfaitement le revirement brutal du sentiment général.
Les investisseurs institutionnels et particuliers semblent adopter la même stratégie défensive : sortie des actifs risqués, rotation vers l’or, l’argent métal, les obligations d’État ou même… le cash. Dans ce genre de configuration, même les narratives les plus solides (IA, DeFi, layer 2, memecoins…) passent temporairement au second plan.
Bitcoin sous les 95 000 $ : un support psychologique majeur brisé
Techniquement, la cassure des 95 000 $ constitue un événement majeur. Ce niveau faisait office de plancher psychologique depuis plusieurs semaines. Sa perte ouvre désormais la voie vers la prochaine zone de soutien significative située autour des 90 300 – 90 500 $, zone qui correspond également à une ancienne trendline haussière de moyen terme.
Si cette zone venait à céder également, les analystes techniques les plus pessimistes évoquent alors un retour rapide vers les 82 000 – 85 000 $, voire pire en cas de capitulation généralisée.
Le coup de grâce réglementaire américain ?
La mauvaise nouvelle ne vient pas seulement de la géopolitique. Au même moment, le processus législatif autour d’une loi majeure sur la structure du marché crypto (surnommée CLARITY Act) connaît une panne sèche inquiétante.
Le comité bancaire du Sénat a purement et simplement reporté sine die l’examen du texte, après un retrait de soutien très médiatisé de plusieurs acteurs influents de l’industrie. Cette absence de visibilité réglementaire supplémentaire pèse lourdement sur la confiance des investisseurs à moyen terme.
Pour ne rien arranger, la Cour Suprême examine actuellement la légalité même du mécanisme tarifaire controversé mis en place par l’administration actuelle. Une décision défavorable pourrait créer une onde de choc juridique et économique supplémentaire.
Et la politique monétaire dans tout ça ?
Autre élément qui ne joue pas en faveur d’un rebond rapide : les attentes autour de la Réserve fédérale. Plusieurs institutions financières de premier plan prévoient désormais que les taux directeurs resteront inchangés tout au long de l’année 2026. Exit donc le scénario d’une politique monétaire ultra-accommodante qui avait tant soutenu les actifs risqués ces dernières années.
Moins de liquidités, plus de tensions géopolitiques, absence de clarté réglementaire : la combinaison est particulièrement toxique pour un marché jeune et encore très sensible aux flux spéculatifs.
Que faire dans ce contexte chaotique ?
Face à ce type de crise multi-facteurs, plusieurs stratégies coexistent actuellement dans la communauté :
- Attendre patiemment la formation d’un vrai plancher technique et un changement de sentiment clair
- Accumuler progressivement par DCA (dollar-cost averaging) sur les niveaux jugés stratégiques
- Réduire fortement l’exposition et passer en stablecoins en attendant que la poussière retombe
- Se positionner sur les actifs refuges traditionnels en parallèle du portefeuille crypto
- Profiter de la volatilité pour trader les zones de rebond technique (stratégie risquée)
Aucune de ces approches n’est universellement bonne ou mauvaise. Tout dépend du profil de risque, de l’horizon de placement et surtout de la tolérance émotionnelle de chacun face à la volatilité extrême.
Perspectives : court terme anxiogène, long terme toujours possible ?
À très court terme (quelques jours à quelques semaines), le biais reste clairement baissier tant que les catalyseurs négatifs ne s’estompent pas. Une résolution rapide et diplomatique du différend tarifaire pourrait évidemment changer la donne, mais elle semble aujourd’hui peu probable.
Sur un horizon de 12 à 24 mois par contre, beaucoup d’analystes sérieux continuent de penser que les fondamentaux de l’adoption institutionnelle, du développement technologique et de la maturité du secteur restent extrêmement puissants. Les corrections violentes ont toujours fait partie du cycle crypto. Celle-ci ne dérogerait pas à la règle.
Reste à savoir si les prochains jours ou semaines apporteront un apaisement géopolitique ou au contraire une nouvelle vague de représailles commerciales. Dans le premier cas, la chute actuelle pourrait être vue rétrospectivement comme une très belle opportunité d’achat. Dans le second cas… les prochains supports techniques risquent d’être testés plus vite qu’on ne le pense.
Une chose est sûre : l’année 2026 commence sur les chapeaux de roues… et pas forcément dans le bon sens du terme.
À suivre de très près dans les prochains jours.









