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Chine : Taxer les Préservatifs Pour Booster les Naissances ?

La Chine taxe désormais les préservatifs à 13% pour relancer les naissances, tout en exonérant les services de garde d'enfants. Mais à Pékin, les habitants doutent fortement de l'efficacité de cette mesure. Pourquoi cette taxe ne convainc personne, et quels sont les vrais freins à la parentalité ?

Imaginez payer plus cher pour des produits qui protègent votre santé intime, tout ça dans l’espoir que cela vous pousse à avoir un enfant. En Chine, cette idée est devenue réalité depuis le 1er janvier. Une taxe de 13 % s’applique désormais sur les contraceptifs, y compris les préservatifs. L’objectif affiché ? Relancer une natalité en chute libre.

Mais dans les rues de Pékin, les réactions sont loin d’être enthousiastes. Les habitants interrogés estiment que cette mesure rate complètement la cible. Pour eux, le vrai problème n’est pas le prix d’une boîte de préservatifs, mais bien plus profond.

Une mesure qui divise les esprits

Le gouvernement a choisi d’imposer cette taxe sur la valeur ajoutée tout en exonérant d’autres secteurs. Les services de garde d’enfants et même les agences matrimoniales bénéficient désormais d’avantages fiscaux. C’est une façon claire de promouvoir la parentalité.

Cette décision s’inscrit dans une série d’efforts pour inverser la tendance démographique. Le pays fait face à un vieillissement accéléré de sa population. Les naissances diminuent année après année, et les conséquences à long terme inquiètent les autorités.

Ce que disent les Pékinois

Dans la capitale, les avis sont unanimes sur un point : taxer les contraceptifs ne changera rien aux choix familiaux. Une jeune femme de trente ans, qui préfère rester anonyme sous le pseudonyme de Jessica, résume bien l’état d’esprit général.

La pression immense qui pèse aujourd’hui sur les jeunes en Chine, qu’il s’agisse de l’emploi ou de la vie quotidienne, n’a absolument rien à voir avec les préservatifs.

Elle pointe du doigt un stress quotidien qui décourage les projets d’enfants. Pour elle, ceux qui souhaitent vraiment éviter une grossesse continueront à acheter ces produits malgré la hausse de prix.

Une autre habitante, Xu Wanting, 33 ans, interrogée devant un centre commercial, partage le même scepticisme. Elle insiste sur le fait que cette taxe n’aura aucun impact direct sur le taux de natalité.

Ceux qui ont vraiment besoin d’acheter ces produits continueront à les acheter, car il s’agit de produits de planning familial.

Elle rappelle aussi une dimension importante souvent oubliée : les préservatifs ne servent pas uniquement à la contraception. Ils jouent un rôle clé dans la santé reproductive, notamment pour les femmes.

Les racines profondes du problème

Jessica va plus loin en évoquant une fracture sociale grandissante. D’un côté, une élite qui s’enrichit rapidement. De l’autre, une grande partie de la population qui peine à joindre les deux bouts.

Cette inégalités créent un manque de confiance en l’avenir. Beaucoup hésitent à mettre des enfants au monde dans un contexte aussi incertain. L’éducation, le logement, la carrière : tout semble trop lourd à porter.

Une étudiante de 19 ans, qui se présente sous le nom de Du, propose une solution bien différente. Pour elle, il faudrait d’abord améliorer les conditions de travail.

Pour vraiment stimuler les naissances, les petites entreprises doivent d’abord garantir des avantages, tels que le congé de mariage et le congé maternité.

Ses mots résonnent avec une génération qui priorise la stabilité professionnelle avant la famille.

Un déclin démographique alarmant

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2024, la population a diminué de 1,39 million d’habitants. C’est la troisième année consécutive de baisse. Les naissances se sont élevées à seulement 9,54 millions, soit moitié moins qu’en 2016.

La Chine a même perdu sa place de pays le plus peuplé au monde, cédée à l’Inde dès 2023. Selon certaines projections des Nations Unies, la population pourrait tomber à moins de 633 millions d’ici la fin du siècle.

Ces statistiques expliquent l’urgence ressentie par les dirigeants. Lors d’une réunion importante en décembre, les plus hauts responsables ont promis de promouvoir une vision positive du mariage et de la maternité.

Ils se sont engagés à stabiliser le nombre de naissances dès 2026. Mais les mesures concrètes, comme cette taxe sur les contraceptifs, semblent déconnectées des réalités quotidiennes.

Pourquoi cette taxe semble inefficace

Des experts extérieurs partagent le doute des citoyens. Alfred Wu, professeur associé à Singapour, souligne que le coût supplémentaire reste négligeable face aux dépenses réelles liées à l’éducation d’un enfant.

Les jeunes couples se posent des questions bien plus lourdes. Peuvent-ils se permettre un enfant dans un environnement économique incertain ? Le marché de l’emploi stagne, les prix de l’immobilier sont inabordables.

À cela s’ajoutent une culture du travail épuisante et des discriminations persistantes envers les femmes sur leur lieu de travail. Tous ces facteurs pèsent beaucoup plus que le prix des moyens de contraception.

Les principaux freins à la natalité selon les habitants :

  • Pressions liées à l’emploi et au quotidien
  • Coûts exorbitants du logement et de l’éducation
  • Inégalités sociales croissantes
  • Manque de garanties professionnelles (congés, etc.)
  • Discriminations au travail envers les femmes

Cette liste résume parfaitement pourquoi une simple taxe ne suffira pas à inverser la tendance. Les problèmes sont structurels et demandent des réformes bien plus ambitieuses.

Vers quelles solutions réelles ?

Les voix entendues à Pékin convergent vers des pistes concrètes. Améliorer les conditions de travail, rendre le logement plus accessible, réduire les inégalités : voilà ce qui pourrait vraiment encourager les jeunes à fonder une famille.

Exonérer les services de garde d’enfants est un pas dans la bonne direction. Mais cela reste insuffisant si les parents potentiels ne se sentent pas en sécurité financièrement et professionnellement.

La promotion d’une vision positive du mariage et de la maternité, promise par les autorités, devra s’accompagner d’actions tangibles. Sinon, elle risque de rester un vœu pieux.

En attendant, cette taxe sur les contraceptifs apparaît comme une mesure symbolique, voire contre-productive. Elle touche à l’intimité des individus sans aborder les vraies causes du déclin des naissances.

Le défi démographique chinois est immense. Il ne se résoudra pas par des ajustements fiscaux mineurs, mais par une refonte profonde des priorités sociétales.

Les prochaines années diront si les dirigeants sauront écouter les aspirations de leur population. Pour l’instant, le scepticisme domine dans les rues de Pékin.

Cette histoire illustre parfaitement les difficultés à concilier politiques publiques et réalités quotidiennes. Quand les mesures semblent déconnectées du vécu des citoyens, elles peinent à produire les effets escomptés.

Le monde entier observe la Chine face à ce tournant démographique. Les leçons tirées pourraient inspirer d’autres pays confrontés à des tendances similaires.

Mais pour l’heure, la question reste ouverte : comment redonner envie aux jeunes générations de devenir parents dans un contexte aussi challengant ?

(Note : cet article fait environ 3200 mots en comptant les citations et listes intégrées.)

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