Un chauffeur-livreur face à la justice pour exhibitionnisme
Les faits se sont déroulés en juin 2024 dans la région de Liège. Un homme exerçant le métier de chauffeur-livreur pour une société de transport de paquets a été accusé d’avoir commis plusieurs actes d’exhibitionnisme envers des femmes recevant des livraisons. Les victimes, toutes des femmes seules à leur domicile au moment des faits, ont décrit un mode opératoire similaire et particulièrement insidieux.
Dans un premier cas, survenu le 6 juin 2024 en début d’après-midi, le livreur se présente à une habitation pour remettre un colis. La destinataire signe électroniquement sans rien remarquer d’anormal. Pourtant, l’homme revient à plusieurs reprises dans les heures suivantes, prétextant un problème technique avec la signature numérique. À la dixième tentative environ, alors que la femme s’accroupit pour mieux voir l’écran, elle découvre avec effroi que l’individu est en train de se masturber, son sexe exposé juste devant elle.
Le lendemain matin, un scénario presque identique se reproduit dans un autre quartier de la ville. Une autre femme descend pour réceptionner son paquet via l’interphone. Au moment de la signature, elle constate que le livreur a sorti son sexe de son pantalon. Ces deux épisodes, survenus à très peu d’intervalle, ont conduit les victimes à porter plainte rapidement, choquées par cette intrusion violente dans leur intimité.
Le mode opératoire : une stratégie calculée ?
Ce qui rend ces actes particulièrement glaçants, c’est la manière dont l’auteur a exploité sa position professionnelle. En tant que livreur, il bénéficie d’un accès légitime aux domiciles privés, souvent en l’absence d’autres personnes. Le prétexte répété d’un dysfonctionnement de la signature électronique permet de prolonger le contact et de créer une opportunité pour passer à l’acte. Cette répétition n’est pas fortuite : elle vise à désarmer la vigilance des victimes, à les fatiguer ou à les mettre en situation de vulnérabilité physique, comme lorsqu’elles s’accroupissent.
Les enquêtes ont permis d’établir que ces faits n’étaient pas isolés dans leur logique, même si le nombre exact d’incidents retenus s’est limité à ces deux plaintes principales. L’exploitation du cadre professionnel ajoute une couche de trahison : le métier de livreur repose sur la confiance, et la briser de cette façon laisse des traces durables chez les personnes concernées.
Les victimes ont décrit un sentiment d’impuissance face à quelqu’un qui abuse de sa fonction pour commettre des actes dégradants.
Ce type de comportement relève de l’exhibitionnisme aggravé par le contexte professionnel et la répétition. En droit belge, l’exhibition sexuelle publique ou imposée à autrui est punie sévèrement, car elle porte atteinte à la dignité et à la tranquillité des personnes.
La défense du prévenu et les arguments rejetés
Durant la procédure, l’homme a nié catégoriquement les faits. Il a avancé une théorie selon laquelle les deux victimes se connaissaient et auraient monté une cabale contre lui. Cette version, qualifiée de complot, n’a pas convaincu les juges. Les éléments objectifs du dossier – descriptions concordantes, timing précis des livraisons, absence de lien préalable entre les plaignantes – ont primé sur ces allégations.
Le tribunal a retenu la crédibilité des témoignages des victimes, renforcée par leur cohérence et l’absence de motif de vengeance ou de fabrication. Cette décision illustre comment la justice évalue les preuves dans les affaires d’atteintes sexuelles : la parole des victimes, lorsqu’elle est solide et corroborée, pèse lourdement.
La peine prononcée : probation et amende
Le jugement, rendu récemment, a opté pour une mesure alternative à l’emprisonnement ferme. L’auteur a écopé d’une peine de probation autonome d’une durée d’un an, assortie d’une amende de 240 euros. Cette sanction signifie qu’il doit respecter un ensemble d’obligations pendant cette période : se soumettre à un suivi, éviter tout contact avec les victimes, et surtout ne pas récidiver. En cas de non-respect, la peine pourrait être convertie en prison.
Le tribunal a tenu compte de plusieurs éléments atténuants : l’absence d’antécédents judiciaires apparents dans ce dossier, et surtout le fait que l’intéressé semble avoir repris sa vie en main depuis les faits. Il n’occupe plus le poste de livreur et a été licencié par son employeur suite à ces accusations. Cette reprise en main a pesé dans la balance pour éviter une sanction plus lourde.
Cette approche reflète une tendance en justice belge pour les primo-délinquants dans des affaires de mœurs sans violence physique directe : privilégier la réinsertion plutôt que la répression immédiate, tout en maintenant une sanction symbolique et dissuasive.
Les impacts sur les victimes et la société
Derrière les faits judiciaires, il y a des femmes profondément marquées. Recevoir un colis ne devrait jamais rimer avec peur ou humiliation. Ces incidents rappellent la vulnérabilité particulière des personnes seules face à des professionnels du domicile : livreurs, techniciens, artisans. La confiance accordée au quotidien peut être exploitée de manière perverse.
Sur le plan sociétal, ce cas interroge les protocoles des entreprises de livraison. Comment mieux protéger les clients ? Certaines sociétés ont déjà mis en place des systèmes de signature sans contact prolongé, des livraisons en points relais prioritaires pour les femmes seules, ou des signalements rapides en cas de comportement suspect. Pourtant, la vigilance reste individuelle et collective.
- Renforcer les formations internes sur le respect et les limites professionnelles.
- Encourager les signalements immédiats via des applications dédiées.
- Promouvoir des campagnes de sensibilisation sur les risques d’abus de confiance.
Ces mesures, bien que partielles, pourraient limiter les occurrences de tels dérapages.
L’exhibitionnisme : un délit aux racines complexes
L’exhibitionnisme n’est pas un simple « coup de folie ». Il s’agit souvent d’un trouble paraphilique où l’excitation provient de la réaction de surprise ou de choc de la victime. Dans ce cas précis, le contexte professionnel ajoute une dimension de pouvoir et de contrôle. Les experts en psychologie judiciaire soulignent que ces comportements peuvent être compulsifs, mais aussi calculés pour minimiser les risques de détection immédiate.
La justice belge distingue l’exhibition simple de l’exhibition aggravée (répétée, avec vulnérabilité de la victime, etc.). Ici, la répétition et le cadre professionnel ont justifié des poursuites fermes, même si la peine reste modérée. Cela pose la question de l’équilibre entre punition et prévention : une probation avec suivi psychologique pourrait aider à traiter les causes sous-jacentes, évitant ainsi une récidive.
Prévention et vigilance au quotidien
Pour les particuliers, quelques réflexes simples peuvent faire la différence. Vérifier l’identité du livreur via l’application de la société, refuser les signatures prolongées si quelque chose cloche, ou demander une présence tierce. Les entreprises, de leur côté, pourraient systématiser les vérifications post-livraison ou les audits de comportement.
Ce dossier liégeois n’est malheureusement pas unique. Des cas similaires émergent régulièrement dans divers pays, soulignant un problème structurel dans les métiers impliquant des contacts directs avec le public vulnérable. La sensibilisation reste la clé : éduquer sur le consentement, le respect des limites, et la reconnaissance des signaux d’alerte.
En conclusion, cet épisode rappelle que la justice, même clémente, affirme que de tels actes ne sauraient être tolérés. Il invite aussi à une réflexion collective sur la sécurité dans nos interactions les plus banales. La livraison d’un simple paquet ne devrait jamais tourner au traumatisme.









