La préparation intensive des tireurs d’élite en milieu hostile
Dans ce décor alpin austère, au pied des sommets frontaliers avec l’Italie, les soldats s’exercent au tir à balles réelles. Les cibles, réduites à de simples silhouettes, se fondent dans le paysage blanc et deviennent invisibles à l’œil nu sans aide optique. Chaque tir demande un calcul précis, tenant compte de la température, de la pression atmosphérique et du vent, autant de facteurs qui altèrent la balistique en grand froid.
Les binômes se composent généralement d’un tireur et d’un spotteur. Le tireur, qu’il soit spécialiste de la longue distance – capable d’atteindre jusqu’à 1 200 ou 1 300 mètres – ou de précision intermédiaire autour de 800 mètres, s’appuie sur les observations de son binôme équipé de jumelles et d’instruments de mesure. Quand un impact touche la cible, un cri bref retentit : « But ! ».
Ces séances permettent aussi de tester de nouveaux équipements adaptés aux rigueurs polaires. Les soldats portent des doudounes grand froid, des sous-vêtements thermiques ultra-isolants surnommés « peau de souris », et consomment des rations lyophilisées, comme de la purée-aligot, pour maintenir leur énergie dans un environnement où chaque calorie compte.
La spécificité de la 27e Brigade d’Infanterie de Montagne
La 27e Brigade d’Infanterie de Montagne regroupe les unités spécialisées dans les terrains escarpés et les climats extrêmes. Basée dans le nord des Alpes françaises, elle inclut plusieurs bataillons de chasseurs alpins. Sa mission principale consiste à opérer dans des reliefs montagneux, qu’il s’agisse de haute altitude ou de conditions climatiques polaires.
Cette expertise n’est pas théorique. Elle se forge au fil d’entraînements répétés, où la rusticité et la patience deviennent des qualités essentielles. Les chasseurs alpins doivent supporter des nuits entières dans des igloos construits à la hâte, affronter des blizzards, et maintenir leur vigilance malgré le froid mordant qui engourdit les membres.
« C’est très impressionnant mais on y arrive. On a un peu froid mais on s’y fait. »
Ce témoignage d’un chef de section de 36 ans, avec 15 ans d’expérience comme tireur d’élite, illustre parfaitement l’état d’esprit requis. La première nuit en igloo dans un blizzard reste gravée dans les mémoires, mais l’adaptation vient avec le temps et l’entraînement.
Les exercices complémentaires pour survivre et combattre
Quand le brouillard empêche les tirs, les journées ne s’arrêtent pas. Les soldats pratiquent le ski-joering, se faisant tracter à ski derrière un véhicule motorisé pour couvrir rapidement de grandes distances enneigées. D’autres sessions se consacrent à la construction de tranchées ou d’igloos, véritables abris de survie en milieu polaire.
Les exercices tactiques simulent des affrontements avec un ennemi fictif, renforçant la coordination en binôme ou en petite équipe. L’autonomie représente un pilier fondamental : un chasseur alpin peut rester déployé des mois sur un théâtre d’opérations, à condition d’un ravitaillement logistique adapté.
Le capitaine responsable de l’instruction insiste sur l’importance de garder la tête levée hors du poste d’observation le plus longtemps possible, malgré la température. Cette endurance mentale distingue les meilleurs éléments.
Un contexte géopolitique tendu autour du Groenland
Ces entraînements prennent une résonance particulière avec les tensions actuelles autour du Groenland. Le territoire autonome danois, en grande partie recouvert de glace, fait l’objet de déclarations répétées d’intérêt stratégique de la part des États-Unis. Le président français a qualifié cette situation d’appel au réveil stratégique pour l’Europe lors d’une rencontre avec les dirigeants danois et groenlandais.
En réponse, la France a mobilisé des moyens militaires dans la zone arctique. Des éléments précurseurs de l’armée de Terre, incluant des chasseurs alpins, ont été envoyés pour préparer un contingent plus large. Des bâtiments de surface navals ont également été déployés pour renforcer la présence.
Ces mouvements s’inscrivent dans une coopération européenne, avec des exercices conjoints impliquant plusieurs nations alliées. Les chasseurs alpins, formés précisément pour ces environnements, apportent une expertise unique en combat grand froid.
Les qualités humaines au cœur de la réussite
Au-delà des compétences techniques, les chasseurs alpins excellent grâce à leur force physique pour transporter armes et munitions sur des terrains difficiles. La patience permet de rester immobile des heures durant, guettant le moment idéal pour un tir. La rusticité aide à endurer des conditions dantesques sans fléchir.
L’armée française maintient ces aptitudes par des exercices réguliers avec des partenaires norvégiens, finlandais, suédois ou allemands. Même en période de paix mondiale hypothétique, ces entraînements perdureraient, car ils constituent le cœur de métier des unités alpines.
« Quoi qu’il arrive, le chasseur alpin doit travailler dans ce milieu-là. C’est comme une assurance. »
Cette vision d’un sergent-chef du 13e Bataillon de chasseurs alpins résume l’engagement profond de ces soldats. Leur préparation n’est pas seulement une réponse à des menaces actuelles ; elle garantit une capacité d’intervention immédiate dans des zones critiques.
L’adaptation permanente au froid extrême
Le froid représente l’ennemi principal. Il ralentit les mouvements, affecte la précision des tirs et met à rude épreuve l’organisme. Les équipements modernes aident, mais rien ne remplace l’expérience accumulée sur le terrain.
Les chasseurs alpins apprennent à gérer l’hypothermie, à préserver leurs extrémités, et à maintenir leur efficacité cognitive malgré le gel. Ces savoir-faire, transmis de génération en génération, font la force de ces unités.
Dans ce module dédié aux tireurs, chaque détail compte : position du corps pour minimiser l’exposition au vent, ajustement de la lunette en fonction de la réfraction lumineuse sur la neige, calcul des corrections balistiques en temps réel. La réussite d’un tir dépend autant de la technique que de la résilience mentale.
Vers une présence renforcée dans l’Arctique ?
Les entraînements en Savoie préparent directement à des déploiements potentiels dans des régions comme le Groenland. La France a déjà engagé des éléments sur place, en coordination avec des alliés européens, pour des exercices conjoints.
Ces actions démontrent la volonté de préserver la souveraineté et la stabilité dans l’Arctique. Les chasseurs alpins, avec leur maîtrise du grand froid, jouent un rôle clé dans cette stratégie de dissuasion et de coopération.
La préparation minutieuse observée sur ce plateau d’altitude illustre la détermination des forces françaises à relever les défis des environnements extrêmes. Patience, rusticité et expertise technique forment le triptyque indispensable pour opérer là où d’autres hésiteraient.
En conclusion, ces séances d’entraînement ne sont pas de simples routines. Elles forgent des soldats capables d’intervenir dans les conditions les plus hostiles, contribuant à la sécurité collective face aux évolutions géopolitiques actuelles.









