Imaginez un instant : le fondateur d’une des blockchains les plus respectées au monde, celui-là même qui a longtemps soutenu un certain projet politique, se retourne soudainement et lance un ultimatum public d’une rare violence. C’est exactement ce qui vient de se produire dans l’univers crypto. Les attentes étaient immenses, les promesses nombreuses, mais la réalité semble prendre un tout autre chemin.
Un avertissement sans détour venu du sommet de Cardano
Charles Hoskinson, le cerveau derrière Cardano, n’a jamais été avare de mots. Pourtant, cette fois, son intervention dépasse le simple constat critique pour devenir une véritable mise en garde. Lors d’une récente apparition dans un podcast très écouté, il a fixé une deadline claire et non négociable : le passage d’une loi structurant le marché des actifs numériques doit intervenir avant la fin du premier trimestre 2026.
S’il n’y parvient pas, Hoskinson estime que la personne en charge de ce dossier au sein de l’administration actuelle n’a plus de légitimité pour rester en poste. Le message est limpide : échec = démission. Et le nom prononcé sans détour est celui de David Sacks, nommé « czar » de la crypto et de l’intelligence artificielle à la Maison Blanche.
Qui est vraiment David Sacks ?
David Sacks n’est pas un inconnu dans la Silicon Valley. Entrepreneur, investisseur, ancien dirigeant de PayPal, il incarne cette nouvelle vague de capital-risqueurs qui ont décidé de s’impliquer directement dans la sphère politique. Sa nomination en décembre 2024 avait été accueillie avec un certain enthousiasme par une partie de la communauté crypto, avide de voir enfin un visage pro-blockchain occuper un poste stratégique à Washington.
Mais entre les espoirs de janvier 2025 et la réalité de janvier 2026, le fossé s’est considérablement creusé. Hoskinson ne mâche pas ses mots : selon lui, le bilan de Sacks est tout simplement inexistant sur le plan législatif. Pas de texte majeur adopté, pas d’avancée concrète sur la clarté réglementaire tant attendue.
« Si vous êtes le czar et que vous êtes censé diriger tout cela, je dois vous juger sur vos résultats. »
Charles Hoskinson
Cette phrase résume à elle seule le sentiment qui monte dans de nombreux cercles : on ne peut plus se contenter de discours et de nominations symboliques. L’industrie veut des lois, des garde-fous, une vraie feuille de route.
Le projet de loi qui cristallise toutes les frustrations
Le texte en question porte un nom qui revient sans cesse depuis des mois : le US Digital Asset Market Clarity Act. Il vise à établir enfin une distinction claire entre les actifs qui relèvent de titres financiers et ceux qui sont de simples commodities. Une clarification qui permettrait de sortir de l’ambiguïté permanente dans laquelle évoluent la plupart des projets blockchain.
Pour beaucoup d’acteurs du secteur, ce texte représente la pierre angulaire d’une régulation mature aux États-Unis. Sans lui, impossible de lever des fonds sereinement, impossible de lancer des produits innovants sans risquer des poursuites judiciaires interminables. Hoskinson considère que 2026 est l’année décisive. Si le Congrès ne bouge pas maintenant, avec une majorité supposée favorable, alors il n’y a plus d’excuse valable.
Et c’est là que l’accusation devient personnelle : le czar n’aurait pas su faire avancer ce dossier prioritaire. Pire, selon Hoskinson, certaines initiatives maladroites auraient même contribué à bloquer le processus législatif.
Le memecoin TRUMP : un scandale aux conséquences inattendues
L’un des points les plus explosifs soulevés par le fondateur de Cardano concerne directement le memecoin baptisé Official Trump (TRUMP). Lancé dans un contexte déjà très politisé, ce token a rapidement cristallisé les critiques. Hoskinson n’hésite pas à le qualifier de catastrophique pour l’ensemble de l’industrie.
Pourquoi un tel jugement ? Parce que le nom du président américain est associé au projet. Même si les liens directs sont contestés, l’image reste collée. Et dans un environnement où chaque détail est scruté par les élus, particulièrement ceux de l’opposition, ce type d’initiative offre un boulevard en or pour les détracteurs de la crypto.
Plus grave encore : plusieurs textes bipartisans, notamment sur les stablecoins, étaient en bonne voie avant cet épisode. Aujourd’hui, ils sont gelés. Les parlementaires démocrates ont trouvé là un argument puissant pour bloquer toute avancée réglementaire tant que ce genre de dérives persiste.
« Le problème, c’est que le nom de Trump est dessus. Il est très difficile de s’en détacher et de prétendre qu’il n’a rien à voir avec ça. »
Charles Hoskinson
Ce commentaire illustre parfaitement la difficulté actuelle : mélanger politique partisane et finance décentralisée crée un cocktail explosif. Ce qui devait être une vitrine de l’innovation devient un boulet pour toute la profession.
De l’enthousiasme à la désillusion : le virage de Hoskinson
Il faut se souvenir du contexte. Avant l’élection de 2024, Charles Hoskinson avait multiplié les prises de position très tranchées contre l’administration précédente, accusée de mener une guerre ouverte contre les cryptomonnaies. Il avait même publiquement soutenu le candidat républicain, voyant en lui un possible sauveur du secteur.
Quelques mois plus tard, le discours a radicalement changé. Hoskinson évoque désormais une perte personnelle colossale – plus de 2,5 milliards de dollars en quatre ans – qu’il attribue en partie à des interventions gouvernementales mal calibrées. Cardano elle-même a perdu près de 60 % de sa valeur sur les douze derniers mois.
Ce retournement n’est pas isolé. De nombreux acteurs du secteur qui acclamaient l’arrivée de nouvelles têtes crypto-friendly à Washington commencent à exprimer leur déception. Les ordres exécutifs pro-crypto existent, certains assouplissements réglementaires aussi, mais ils sont noyés dans un chaos plus large : guerres commerciales, tarifs douaniers imprévus, chute brutale des marchés, projets controversés portés par l’entourage présidentiel.
Un secteur qui paie le prix de la volatilité politique
Depuis janvier 2025, le marché crypto a connu des montagnes russes sans précédent. Bitcoin a perdu plusieurs dizaines de milliers de dollars en quelques semaines à peine. Les altcoins, Cardano en tête, ont subi des corrections encore plus violentes. Les liquidations en cascade ont amplifié le mouvement.
Certains observateurs pointent du doigt des décisions macroéconomiques prises à la Maison Blanche qui ont eu des répercussions directes sur les actifs numériques. D’autres estiment que l’absence de cadre législatif stable empêche toute reprise durable de la confiance.
Le projet de réserve stratégique en Bitcoin, annoncé en grande pompe, a lui aussi déçu. Au lieu d’achats massifs sur le marché, le gouvernement a indiqué qu’il se contenterait d’utiliser des actifs saisis. Une approche perçue comme timorée par beaucoup.
Vers une rupture définitive entre crypto et politique ?
Ce qui se joue actuellement dépasse largement le cas Hoskinson. C’est toute la relation entre l’industrie blockchain et le pouvoir politique américain qui est en train de se redéfinir. Après des années à réclamer une reconnaissance officielle, le secteur se retrouve face à un constat amer : la politisation à outrance peut aussi détruire la crédibilité.
Si le texte tant attendu n’est pas adopté dans les prochains mois, les conséquences pourraient être lourdes. Une partie de la communauté pourrait se tourner vers d’autres juridictions plus stables réglementairement. Les innovateurs risquent de délocaliser leurs projets. Et les investisseurs, déjà échaudés, pourraient continuer de se détourner.
À l’inverse, une adoption rapide et sérieuse du US Digital Asset Market Clarity Act pourrait relancer la machine. Redonner confiance. Attirer à nouveau des capitaux institutionnels. Mais le temps presse, et chaque semaine qui passe sans avancée concrète renforce le discours des sceptiques.
Et maintenant ? Les scénarios possibles pour 2026
Plusieurs trajectoires se dessinent :
- Le Congrès parvient à faire passer le texte avant fin mars → regain de confiance immédiat, possible rebond des prix.
- Blocage persistant → accentuation de la désillusion, exode vers d’autres pays, durcissement possible de l’opposition démocrate.
- Démission ou limogeage du czar → signal fort, mais risque de vide institutionnel pendant plusieurs mois.
- Statu quo chaotique → poursuite de la volatilité, méfiance croissante des acteurs institutionnels.
Quel que soit le chemin emprunté, une chose est sûre : 2026 restera une année charnière pour l’écosystème crypto américain. Les discours ne suffisent plus. Les actes sont attendus. Et Charles Hoskinson, en posant cet ultimatum très médiatisé, a placé tout le monde devant ses responsabilités.
L’avenir dira si cet avertissement aura servi d’électrochoc ou s’il marquera le début d’une fracture encore plus profonde. Une chose est certaine : dans l’univers crypto, les promesses non tenues se paient cash. Et cette fois, la facture semble particulièrement salée.
Le secteur retient son souffle. Les prochains mois s’annoncent décisifs.









