Imaginez un pays où des millions de citoyens descendent dans les rues, non pas pour une simple revendication salariale, mais pour remettre en cause l’essence même du pouvoir qui les gouverne depuis plus de quatre décennies. C’est exactement ce qui se déroule actuellement en Iran, où une vague de contestation d’une ampleur rarement vue défie ouvertement la République islamique. Au cœur de ce tumulte, une voix venue de l’extérieur vient de jeter un pavé dans la mare : celle du président israélien Isaac Herzog.
En prenant la parole au Forum économique mondial de Davos, il a prononcé des mots lourds de conséquences : selon lui, l’avenir du peuple iranien passe obligatoirement par un changement de régime. Une déclaration qui ne se contente pas de commenter l’actualité, mais qui propose une solution radicale à une crise profonde.
Une prise de position sans ambiguïté à Davos
Devant un auditoire international habitué aux discours mesurés, Isaac Herzog n’a pas mâché ses mots. Il a insisté sur le fait que le salut de la population iranienne ne peut venir que d’un bouleversement politique majeur, orchestré par les Iraniens eux-mêmes, mais soutenu activement par la communauté internationale.
« Le peuple iranien aspire au changement, le peuple iranien mérite le changement », a-t-il martelé. Pour lui, la fragilité actuelle du régime des ayatollahs est devenue évidente, amplifiée par les récentes semaines de mobilisation et de répression brutale.
Le contexte explosif des manifestations actuelles
Tout a commencé fin décembre par des protestations contre la vie chère. Rapidement, le mouvement a pris une dimension politique inattendue. Le 8 janvier marque un tournant : les slogans ne visent plus seulement le portefeuille, mais le cœur même du système.
Les citoyens iraniens, lassés par des décennies de restrictions, de corruption et d’isolement international, expriment un ras-le-bol profond. Les images de foules immenses dans plusieurs grandes villes circulent malgré la censure, montrant une détermination impressionnante face à une répression féroce.
Mercredi, la télévision d’État iranienne a publié un premier bilan officiel : 3 117 personnes tuées depuis le début du mouvement. Ce chiffre, bien qu’élevé, reste très inférieur aux estimations avancées par les organisations de défense des droits humains, qui parlent de plusieurs milliers de victimes supplémentaires.
Une guerre récente qui a tout changé
Il est impossible de comprendre la portée de la déclaration d’Herzog sans revenir sur l’événement qui a bouleversé la région en 2025 : une guerre éclair de douze jours entre Israël et l’Iran.
Le 13 juin, Israël lance une opération militaire d’une ampleur inédite, visant des installations militaires, des sites nucléaires et même certaines zones résidentielles. Cette attaque marque un point de rupture dans des décennies de guerre froide larvée entre les deux pays.
Pour de nombreux observateurs, ce conflit direct a considérablement affaibli la posture du régime iranien, déjà fragilisé par les sanctions économiques et les difficultés internes. La démonstration de force israélienne a révélé des vulnérabilités que Téhéran avait longtemps tenté de masquer.
La longue obsession israélienne avec la menace iranienne
Depuis le début des années 2000, la République islamique d’Iran est perçue à Tel-Aviv comme une menace existentielle. Benjamin Netanyahu, d’abord dans l’opposition puis pendant ses très longues années au pouvoir, n’a cessé de placer le programme nucléaire iranien au centre de ses préoccupations stratégiques.
Cette posture n’est pas uniquement rhétorique. Elle s’est traduite par des opérations clandestines, des cyberattaques et, finalement, l’intervention militaire directe de 2025. Pour les dirigeants israéliens, empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire reste une priorité absolue.
Mais aujourd’hui, la rhétorique évolue. On ne parle plus seulement de neutraliser une menace militaire, mais de soutenir un changement politique profond qui bénéficierait, selon eux, avant tout aux Iraniens eux-mêmes.
La réponse iranienne : accusations et contre-attaques
Du côté de Téhéran, la réaction ne s’est pas fait attendre. Dès le 5 janvier, les autorités ont accusé Israël de chercher à « saper l’unité nationale » après une déclaration de solidarité de Benjamin Netanyahu envers le peuple iranien en lutte.
Le chef de la diplomatie iranienne est allé plus loin en imputant à des « pressions israéliennes » l’annulation de sa participation au Forum de Davos. Selon lui, la Suisse aurait cédé aux injonctions de Tel-Aviv en raison de la répression en cours en Iran.
Ces échanges illustrent la profondeur de l’hostilité entre les deux pays, même au moment où l’attention internationale se porte sur la contestation interne iranienne.
Pourquoi un changement de régime semble-t-il inévitable pour certains ?
Plusieurs éléments convergent pour donner du crédit à l’idée défendue par Isaac Herzog :
- Une économie exsangue malgré les richesses pétrolières
- Une jeunesse qui ne se reconnaît plus dans les valeurs imposées
- Une répression qui, au lieu d’étouffer la contestation, l’alimente
- Des fractures au sein même des élites du régime
- L’impact psychologique et stratégique de la guerre de 2025
Ces facteurs cumulés créent un cocktail potentiellement explosif. Pour les partisans d’un changement radical, le régime actuel n’est plus en mesure de répondre aux aspirations d’une population de plus de 85 millions d’habitants.
Les risques d’un tel bouleversement
Mais prôner un changement de régime n’est pas sans danger. L’histoire récente du Moyen-Orient regorge d’exemples où la chute d’un régime autoritaire a ouvert la voie à des périodes d’instabilité prolongée, voire de chaos.
En Iran, la question des minorités ethniques, des forces armées loyales au Guide suprême et des puissants Gardiens de la révolution rend tout scénario de transition particulièrement complexe. Un vide du pouvoir pourrait avoir des répercussions régionales majeures.
De plus, la communauté internationale reste profondément divisée sur la question iranienne. Si certains pays occidentaux pourraient soutenir discrètement un mouvement populaire, d’autres craignent les conséquences d’un effondrement brutal du régime actuel.
Le rôle possible de la communauté internationale
Isaac Herzog a insisté sur la nécessité d’un soutien international au mouvement iranien. Mais quel type de soutien ? Sanctions supplémentaires ? Aide logistique ? Pressions diplomatiques ? Ou simplement une prise de parole claire et répétée en faveur des droits humains ?
La prudence reste de mise. Toute intervention trop visible pourrait paradoxalement renforcer le discours du régime, qui présente la contestation comme une manipulation étrangère.
« L’avenir du peuple iranien ne peut passer que par un changement de régime et cela doit se faire dans le cadre du peuple iranien avec le soutien de la communauté internationale »
Isaac Herzog, président israélien
Cette phrase résume parfaitement la position délicate : encourager le changement sans apparaître comme l’instigateur principal de celui-ci.
Vers un point de non-retour ?
Les événements se précipitent. Chaque jour apporte son lot d’images de manifestations, de répression, de discours officiels et de déclarations internationales. La situation évolue à une vitesse rarement observée dans cette région.
Le régime a déjà survécu à plusieurs vagues contestataires majeures. Mais la combinaison d’une guerre récente humiliante, d’une économie en ruine et d’une mobilisation populaire transgénérationnelle pourrait constituer le cocktail fatal que certains attendent depuis longtemps.
Pour l’instant, rien n’est joué. Le régime dispose encore d’importants leviers de pouvoir et d’une base fidèle. Mais les fissures s’élargissent de jour en jour.
Ce que les Iraniens expriment vraiment dans la rue
Au-delà des chiffres et des analyses géopolitiques, il convient de revenir à l’essentiel : ce que disent les Iraniens eux-mêmes. Leurs slogans, leurs pancartes, leurs vidéos amateurs témoignent d’une aspiration profonde à la dignité, à la liberté et à un avenir meilleur.
Beaucoup ne réclament pas nécessairement l’intervention étrangère, mais simplement que le monde entende leur voix et cesse de fermer les yeux sur la répression qu’ils subissent.
La question n’est plus de savoir si le régime est fragile – il l’est manifestement – mais de déterminer s’il peut encore se relever de cette crise ou si nous assistons réellement aux prémices d’un changement historique.
Un regard vers l’avenir incertain
Dans les prochaines semaines et mois, plusieurs scénarios restent possibles : poursuite et intensification de la répression, concessions limitées du pouvoir, pourrissement de la situation ou, effectivement, basculement vers un changement de régime plus ou moins contrôlé.
Quelle que soit l’issue, l’Iran se trouve à un moment charnière de son histoire contemporaine. Les déclarations venues de l’étranger, comme celle d’Isaac Herzog, ne font que souligner l’importance des événements en cours.
Le peuple iranien écrit aujourd’hui les pages les plus décisives de son avenir. Et le monde entier observe, avec une attention mêlée d’inquiétude et d’espoir.
La suite des événements dira si les appels à un changement de régime resteront des vœux pieux ou s’ils deviendront réalité. Une chose est sûre : l’histoire est en train de s’écrire sous nos yeux, dans les rues de Téhéran, d’Ispahan, de Tabriz et de nombreuses autres villes iraniennes.
Et cette histoire, par son intensité et ses enjeux, continuera de retenir l’attention internationale pendant de longs mois, voire de longues années.









