Imaginez une région isolée, à plus de mille kilomètres de la capitale, où le jour d’une élection cruciale se transforme en théâtre de violences. C’est ce qui se passe actuellement dans le sud-est de la Centrafrique, une zone déjà marquée par des années d’instabilité. Des affrontements armés opposent une milice locale aux forces de l’État, semant la peur parmi les habitants et posant de sérieuses questions sur l’avenir de la paix dans le pays.
Une Région Enclavée Au Cœur Des Tensions
Le Haut-Mbomou, cette préfecture reculée à l’extrême sud-est de la Centrafrique, partage des frontières avec la République démocratique du Congo et le Soudan du Sud. C’est un territoire vaste, souvent oublié des autorités centrales, où les communautés vivent au rythme des saisons et des menaces sécuritaires persistantes. Depuis le 28 décembre, date du scrutin présidentiel et législatif, la situation y a basculé dans le chaos.
Des localités comme Bambouti et Zemio sont devenues les épicentres de ces heurts. Bambouti, chef-lieu de la préfecture, a été le premier théâtre d’une attaque surprise. Quelques jours plus tard, Zemio, proche de la frontière congolaise, subissait le même sort. Les habitants, pris au dépourvu, n’ont eu d’autre choix que de chercher refuge là où ils le pouvaient.
Ces événements ne sortent pas de nulle part. Ils s’inscrivent dans une histoire complexe de frustrations accumulées, où l’absence de l’État a laissé place à des initiatives locales de protection.
La Milice Azandé Ani Kpi Gbè : Des Origines À L’affrontement
La milice connue sous le nom d’Azandé Ani Kpi Gbè, ou AAKG, tire son nom de la langue locale zandé et signifie littéralement que trop de membres de cette communauté ont péri. Majoritaire dans le Haut-Mbomou, le peuple zandé se sent souvent marginalisé, exposé aux incursions de groupes armés voisins sans protection adéquate.
C’est en mars 2023 que de jeunes zandé, se sentant abandonnés, décident de former ce groupe d’autodéfense. Leur objectif initial : protéger leurs villages contre les menaces extérieures. Rapidement, ils remportent des succès locaux, reprenant même certaines zones à des rebelles.
En 2024, une partie de ces miliciens est intégrée aux forces armées centrafricaines. Une reconnaissance officielle, pense-t-on alors. Mais en mai 2025, cette intégration est suspendue, provoquant un sentiment de trahison profond. Ce revirement alimente les rancœurs et transforme progressivement ce groupe communautaire en une force potentiellement hostile au pouvoir central.
Les jeunes zandé ont formé cette milice après s’être sentis abandonnés par l’État.
Aujourd’hui, l’AAKG mène des attaques ciblées contre des représentants de l’État : agents électoraux, militaires, gendarmes. Ces actions, selon les autorités judiciaires, visent à défier directement le gouvernement.
Le Déroulement Des Affrontements Récentes
Tout commence le 28 décembre à Bambouti. Ce jour-là, alors que le pays vote, la milice lance une offensive. La ville est prise, avant d’être reprise quelques jours plus tard par les forces armées centrafricaines, appuyées par des paramilitaires russes.
Puis, c’est au tour de Zemio. Les combats y sont toujours en cours, transformant la localité en zone de guerre. Un agent chargé du recensement électoral perd la vie. La préfète et d’autres fonctionnaires sont pris en otages, semant la panique.
Les civils, terrifiés, fuient en masse vers l’église catholique du coin, seul refuge perçu comme sûr. Cette déplacement forcé rappelle les heures sombres des crises passées, où des lieux de culte deviennent des abris précaires.
- Attaque initiale à Bambouti le jour du vote
- Reprise de la ville par les forces loyalistes
- Offensive sur Zemio avec prises d’otages
- Un mort confirmé parmi les agents de l’État
- Déplacements massifs de population
Les autorités parlent d’actes qui instillent une forte peur, perturbant la vie quotidienne et le processus démocratique naissant.
Le Rôle Des Forces Extérieures
Dans cette équation complexe, les paramilitaires russes jouent un rôle clé. Alliés du gouvernement centrafricain depuis plusieurs années, ils interviennent aux côtés de l’armée pour repousser la milice. Leur présence, bien que controversée, est vue par Bangui comme essentielle pour maintenir l’ordre face aux multiples menaces.
Cette alliance a permis de reconquérir des territoires par le passé, mais elle alimente aussi les frustrations locales. Certains perçoivent ces forces étrangères comme une occupation, accentuant le sentiment d’abandon vis-à-vis de l’État central.
La milice, autrefois vue comme un appoint utile, se retourne maintenant contre ce partenariat, réclamant parfois le départ de ces alliés.
Impact Sur La Population Locale
Au-delà des combats, c’est la vie des civils qui est la plus touchée. La peur s’installe durablement. Des familles entières quittent leurs maisons, abandonnant cultures et biens. Les enfants ne vont plus à l’école, les marchés se vident.
Cette vague de violence arrive au pire moment : juste après un scrutin qui devait marquer un pas vers la normalisation. Au lieu de cela, elle ravive les divisions ethniques et communautaires, rendant la cohésion sociale plus fragile que jamais.
Les zandé, communauté majoritaire, se sentent à la fois victimes et acteurs de cette spirale. Leur milice, née d’un besoin de protection, risque maintenant de les isoler davantage.
Les Défis Pour La Stabilisation Du Pays
La réélection récente du président Faustin-Archange Touadéra place la stabilisation au cœur de son nouveau mandat. Pourtant, ces événements dans le Haut-Mbomou montrent que le chemin reste semé d’embûches.
Une milice aux revendications initialement communautaires pourrait évoluer vers une opposition armée plus structurée. Cela menacerait les progrès sécuritaires obtenus ces dernières années.
Les experts soulignent l’urgence d’un dialogue inclusif. Intégrer durablement ces groupes, répondre à leurs griefs légitimes, renforcer la présence étatique : voilà les pistes évoquées pour éviter une escalade.
Cette milice, qui n’avait jusqu’à présent que des revendications communautaires, pourrait se muer en groupe armé opposé au gouvernement.
Sans mesures rapides, le sud-est pourrait redevenir un foyer d’instabilité chronique, affectant tout le pays.
Perspectives Et Questions Ouvertes
Alors que les combats se poursuivent à Zemio, la communauté internationale observe avec inquiétude. La mission des Nations unies, présente sur place, tente de protéger les civils et de faciliter le dialogue.
Mais les défis sont immenses : reconstruire la confiance, désarmer les groupes, développer économiquement ces zones oubliées. Autant de priorités pour éviter que l’histoire ne se répète.
Cette crise rappelle que la paix en Centrafrique reste fragile. Elle dépend non seulement des armes, mais surtout de la capacité à écouter les voix des périphéries, à intégrer les communautés marginalisées dans un projet national commun.
Le Haut-Mbomou, avec ses richesses naturelles et ses populations résilientes, mérite mieux que d’être éternellement associé à la violence. L’espoir réside dans une réponse politique sage, capable de transformer les frustrations en opportunités de reconciliation.
Pour l’instant, les habitants attendent, réfugiés ou cachés, que le calme revienne. Leur quotidien suspendu à l’issue de ces affrontements qui, espérons-le, ne marqueront pas le début d’une nouvelle ère de troubles.
En résumé, ces événements illustrent les fragilités persistantes d’un pays en quête de stabilité. Une milice née de la nécessité de protection se confronte maintenant à l’État qu’elle voulait servir. Le défi est immense : transformer cette confrontation en dialogue pour une paix durable.
La Centrafrique a connu tant de cycles de violence. Aujourd’hui, plus que jamais, l’heure est à la prudence et à l’inclusion. Les regards sont tournés vers Bangui, mais aussi vers ces villages reculés où se joue l’avenir du nation.
(Note : Cet article s’appuie sur des informations disponibles au début janvier 2026. La situation évolue rapidement et nécessite un suivi continu.)
Revenons un instant sur le contexte ethnique. Les zandé, peuple ancien avec une riche culture, ont toujours occupé ces terres frontalières. Leur langue, leurs traditions, leur mode de vie agricole et chasseurs les distinguent. Mais dans un pays multiethnique, ces différences peuvent vite devenir sources de tensions quand les ressources sont rares et la sécurité absente.
Les attaques contre des agents de l’État ne sont pas anodines. Elles symbolisent un rejet profond de l’autorité centrale, perçue comme distante et inefficace. Quand un recensement électoral tourne au drame, c’est tout le processus démocratique qui en pâtit.
Les otages, dont la préfète, incarnent cette défiance. Leur libération deviendra un test pour les négociations futures.
Du côté des forces loyalistes, l’intervention rapide montre une détermination à restaurer l’ordre. Mais à quel prix humain ? Les bilans, encore flous, pourraient alourdir le climat.
Les enfants, témoins de ces scènes, grandiront avec ces images. Comment briser ce cycle pour les générations futures ? L’éducation, le développement, la justice : des réponses longues à mettre en place, mais indispensables.
Enfin, cette crise interroge sur le rôle des alliances internationales. Soutien sécuritaire indispensable ou facteur de complications ? Le débat est ouvert, mais la réalité sur le terrain impose des choix pragmatiques.
Espérons que 2026 apporte des solutions durables à cette région magnifique, mais si tourmentée.









