La chute du gouvernement de Michel Barnier, après seulement trois mois passés à Matignon, représente un séisme politique. Renversé par une motion de censure votée conjointement par la gauche radicale et l’extrême-droite, ce premier ministre n’aura pas réussi à trouver la formule magique pour s’imposer durablement dans un contexte explosif. Quels enseignements son successeur devra-t-il en tirer ?
Un équilibre des forces inchangé à l’Assemblée
Malgré ses efforts pour bâtir une majorité de projets, Michel Barnier s’est heurté aux mêmes obstacles que ses prédécesseurs. Comme le souligne un expert politique, « les rapports de force à l’Assemblée nationale n’ont pas fondamentalement évolué depuis les dernières élections législatives ». Sans majorité absolue, tout premier ministre est condamné à louvoyer entre les différents blocs, au risque de s’aliéner une partie de son propre camp.
Trouver des compromis sans se renier
Pour durer, le prochain chef du gouvernement devra faire preuve d’une grande habileté dans l’art du compromis, tout en restant fidèle à sa ligne politique. Un défi de taille, comme l’explique un ancien ministre : « Il faut savoir tendre la main à ses opposants sur certains sujets, mais sans donner l’impression de brader ses convictions. C’est un numéro d’équilibriste permanent. »
« Gouverner aujourd’hui, c’est naviguer en permanence entre compromis et affirmation de soi. Un vrai casse-tête ! »
Un proche de Matignon
Dialogue ou passage en force ?
Autre dilemme pour le futur premier ministre : miser sur le dialogue tous azimuts ou assumer des passages en force ponctuels, via le fameux article 49-3 de la Constitution. Si le recours à cette arme ultime permet de faire adopter un texte sans vote, il comporte le risque d’une motion de censure. C’est d’ailleurs ce qui a causé la perte de Michel Barnier.
En abusant du 49-3 sur des sujets clivants comme la réforme des retraites, la popularité du gouvernement s’est effritée, jusqu’à atteindre un point de non-retour.
Neutraliser ou composer avec les extrêmes ?
La question la plus épineuse concerne sans doute l’attitude à adopter vis-à-vis des oppositions radicales. Faut-il chercher à les neutraliser en nouant des alliances de circonstance avec les autres groupes plus modérés ? Ou au contraire tenter de les amadouer en reprenant certaines de leurs idées ?
- La première option semble la plus raisonnable pour assurer une certaine stabilité gouvernementale.
- Mais la seconde pourrait permettre de désamorcer la colère d’une partie de l’électorat, au risque de déplaire à son propre camp.
En définitive, tenir bon à Matignon par temps de crise politique relève de la gageure. Seul un subtil alliage de fermeté sur les fondamentaux, de souplesse sur les modalités et d’ouverture ciblée pourrait permettre au prochain premier ministre de s’inscrire un peu plus dans la durée. Mais sans garantie de succès…