Imaginez un instant : vous êtes enfant, blotti sous une couverture, et à l’écran une mère affolée parcourt les aéroports du monde entier à la recherche de son petit garçon oublié à la maison. Cette scène, gravée dans la mémoire collective, porte la signature d’une actrice hors norme dont le rire communicatif et la tendresse débordante ont bercé plusieurs générations. Le 30 janvier 2026, le cinéma a perdu l’une de ses figures les plus attachantes.
À 71 ans, après une lutte discrète contre une maladie soudaine, Catherine O’Hara s’est éteinte, plongeant fans et collègues dans une tristesse profonde. Derrière la maman iconique de Maman, j’ai raté l’avion ! se cachait une artiste protéiforme, capable de passer de la comédie la plus déjantée à des rôles dramatiques d’une rare intensité.
Une perte immense pour le 7e art et pour le cœur de millions de spectateurs
Quand la nouvelle est tombée, les réseaux sociaux se sont immédiatement embrasés. Des milliers de messages, de photos d’enfance, de captures d’écran de ses scènes cultes ont inondé la toile. Chacun y allait de son souvenir personnel : pour certains c’était Kate McCallister courant dans les couloirs de l’aéroport, pour d’autres Delia Deetz excentrique et hilarante dans Beetlejuice.
Mais au-delà des rôles qui l’ont rendue mondialement célèbre, c’est la personnalité lumineuse de Catherine qui touche aujourd’hui. Une femme discrète dans la vie privée, fidèle à son mari depuis plus de trois décennies, et qui préférait laisser parler ses performances plutôt que de s’étaler dans les tabloïds.
Retour sur une carrière exceptionnelle
Née à Toronto en 1954, Catherine O’Hara grandit dans une famille nombreuse d’origine irlandaise. Très tôt attirée par le théâtre et l’improvisation, elle intègre la célèbre troupe Second City, véritable vivier de talents comiques nord-américains. C’est là qu’elle affine son sens du timing, sa capacité à créer des personnages excentriques et attachants en quelques secondes.
Les années 1980 marquent son entrée fracassante au cinéma. Elle enchaîne les seconds rôles savoureux avant que deux films ne la propulsent au rang d’icône : Beetlejuice en 1988 et, surtout, Maman, j’ai raté l’avion ! deux ans plus tard. Dans ce dernier, elle incarne une mère à la fois dépassée, aimante et terriblement humaine, loin du cliché de la maman parfaite.
« Jouer une mère qui panique, c’est facile quand on est soi-même maman. Mais faire rire en étant au bord des larmes, là c’est un vrai challenge. »
— Catherine O’Hara, interview 1992
Ce mélange unique d’humour et de vulnérabilité deviendra sa marque de fabrique. Elle reprendra d’ailleurs le rôle de Kate McCallister dans la suite, prouvant que certains personnages transcendent le temps.
La rencontre avec Bo Welch, un amour né sur un plateau de Tim Burton
1988. Sur le tournage délirant de Beetlejuice, Catherine croise le regard de Bo Welch, chef décorateur talentueux déjà remarqué pour son travail sur plusieurs films du même réalisateur. Entre deux prises, les discussions s’enflamment autour des décors gothiques, des couleurs saturées et de l’humour noir. Très vite, l’alchimie opère.
Le couple se marie discrètement et accueille deux enfants. Bo reste à ses côtés durant toute sa carrière, acceptant souvent des projets qui leur permettent de rester proches géographiquement. Leur complicité était visible à chaque apparition publique : un sourire complice, une main posée dans le bas du dos, un regard qui en dit long.
En septembre 2025, lors de la cérémonie des Emmy Awards, ils foulent une dernière fois le tapis rouge ensemble. Elle porte une robe noire élégante et sobre, lui un costume impeccablement taillé. Sur les photos, on devine déjà une certaine fatigue dans son sourire, mais l’amour qui les unit transparaît avec évidence.
Une fin brutale entourée de questions
Le matin du 30 janvier 2026, vers 5 heures, un appel urgent est passé depuis leur résidence de Brentwood. Les secours arrivent rapidement, mais malgré tous les efforts, Catherine ne reprendra pas connaissance. L’annonce officielle parle d’une « courte maladie », sans plus de précision.
On sait aujourd’hui qu’elle vivait avec le situs inversus, une rare anomalie congénitale où les organes internes sont inversés. Si cette particularité est généralement bénigne, elle peut parfois compliquer certains diagnostics ou interventions médicales. Reste que la rapidité de l’évolution de son état intrigue et attriste.
Quelques heures après le drame, Macaulay Culkin publie un message poignant accompagné d’une photo prise sur le tournage de Maman, j’ai raté l’avion ! : « Maman, je pensais qu’on avait encore le temps… ». Ces mots simples ont fait fondre en larmes des milliers de personnes qui, comme lui, voyaient en elle une figure maternelle de substitution.
Un héritage qui dépasse largement le grand écran
Si le grand public retient surtout ses rôles dans les comédies familiales et fantastiques, Catherine O’Hara a brillé dans de nombreux registres. Elle a prêté sa voix à des personnages d’animation, participé à des séries acclamées par la critique et même remporté plusieurs récompenses prestigieuses pour son interprétation dans Schitt’s Creek, où elle incarnait avec un mélange parfait de snobisme et de tendresse Moira Rose.
- Six Emmy Awards remportés au cours de sa carrière
- Deux Golden Globes pour Schitt’s Creek
- Une étoile sur le Walk of Fame canadien depuis 2014
- Participation à plus de 70 projets cinéma et télévision
Ces chiffres impressionnants ne racontent pourtant qu’une partie de l’histoire. Ce qui marque le plus, c’est la façon dont elle a su rester accessible, drôle, profondément humaine malgré la célébrité.
Ce que nous retenons d’elle aujourd’hui
Dans les jours qui suivent son décès, les hommages affluent de partout. Réalisateurs, acteurs, scénaristes, mais aussi anonymes qui ont grandi avec ses films. On parle beaucoup de transmission, de la manière dont certaines performances marquent une enfance et continuent d’accompagner l’âge adulte.
Pour beaucoup, revoir Maman, j’ai raté l’avion ! à Noël ne sera plus jamais tout à fait pareil. Il y aura désormais une pointe de nostalgie supplémentaire, une envie de serrer un peu plus fort les êtres chers.
Et puis il y a cette image qui revient sans cesse : Catherine et Bo sur le tapis rouge, main dans la main, souriants malgré les années qui passent. Une image de résilience, d’amour durable, de simplicité dans un monde souvent superficiel.
Un dernier au revoir émouvant
Les obsèques se dérouleront dans l’intimité, comme elle l’aurait sans doute souhaité. Mais son œuvre, elle, continuera de vivre. Chaque fois qu’un enfant rira aux éclats devant les mésaventures de Kevin, chaque fois qu’un adulte se laissera attendrir par la panique si maternelle de Kate McCallister, Catherine sera là, quelque part, dans un coin de l’écran.
Merci, Catherine, pour toutes ces émotions, ces fous rires, ces larmes discrètes. Vous avez fait partie de nos vies bien plus que vous ne l’imaginiez. Reposez en paix.
Quelques répliques cultes qui résonnent encore plus fort aujourd’hui :
« Regarde ce que tu as fait à mes rideaux ! » – Moira Rose
« On a oublié Kevin ! » – Kate McCallister
« Beetlejuice, Beetlejuice, Beetlejuice ! » – Lydia Deetz (mais on sait tous qui a volé la vedette)
Le cinéma perd une grande dame, mais surtout, le monde perd une belle âme. Que son rire continue de résonner longtemps.







