Imaginez une entreprise qui a accompagné les plus belles heures du minage de Bitcoin, qui a vu ses machines équiper des fermes entières à travers le monde, et qui se retrouve aujourd’hui à lutter pour simplement rester cotée sur l’une des places boursières les plus prestigieuses. C’est la réalité actuelle de Canaan, un nom bien connu dans l’univers des cryptomonnaies. Depuis plusieurs semaines, ses actions américaines (sous forme d’ADS) flirtent dangereusement avec le plancher du dollar, déclenchant un second avertissement officiel de Nasdaq en moins d’un an.
Ce n’est pas seulement une mauvaise passe boursière parmi d’autres. Cette situation reflète les profondes difficultés que traverse tout un secteur depuis le dernier halving de Bitcoin. Entre récompenses divisées par deux, coûts énergétiques élevés et un marché crypto qui peine à retrouver son élan haussier, les marges se sont évaporées pour beaucoup d’acteurs. Canaan en est un exemple particulièrement parlant.
Un second sursis de 180 jours pour éviter la sortie de scène
Le règlement Nasdaq est clair : une action doit maintenir un prix de clôture d’au moins 1 dollar pendant 30 jours consécutifs. Lorsque ce seuil n’est pas respecté pendant trop longtemps, l’avertissement tombe. Canaan a déjà vécu cette épreuve au printemps dernier. Elle avait réussi à redresser temporairement la barre. Mais voilà que le même scénario se répète, avec une sévérité accrue.
La date butoir fixée est le 13 juillet 2026. D’ici là, l’entreprise doit démontrer dix jours de cotation consécutifs au-dessus du dollar. Si elle échoue, une période supplémentaire de 180 jours peut théoriquement être accordée, mais rien n’est garanti. Et si aucune solution n’est trouvée, la radiation devient presque inévitable.
Les mécanismes de sauvetage envisageables
Face à une telle menace, les directions d’entreprise disposent de plusieurs leviers. Le plus courant, et souvent le plus efficace à court terme, reste le reverse stock split. Concrètement, cela consiste à regrouper plusieurs actions en une seule. Par exemple, un regroupement 1 pour 10 transforme dix actions à 0,80 $ en une seule action à 8 $. Le prix nominal explose, la conformité est retrouvée… mais la capitalisation totale reste identique.
Ce genre d’opération est loin d’être anodin. Beaucoup d’investisseurs y voient un aveu d’échec. La confiance peut s’effriter davantage. Pourtant, dans le contexte actuel de Canaan, il s’agit probablement de l’outil le plus rapide pour gagner du temps et éviter une sortie humiliante de la cote.
Pourquoi le cours reste-t-il si bas ?
Pour comprendre la faiblesse persistante du titre, il faut regarder au-delà des chiffres bruts. Depuis un an, l’action a perdu plus de 63 % de sa valeur. Le creux récent à 0,79 $ n’est pas un simple accident de parcours. Plusieurs facteurs structurels pèsent lourdement.
- Le halving d’avril 2024 a divisé par deux la récompense par bloc, passant de 6,25 BTC à 3,125 BTC. Les mineurs ont vu leurs revenus chuter brutalement.
- La difficulté du réseau Bitcoin continue d’augmenter presque sans discontinuer, obligeant les opérateurs à déployer toujours plus de puissance de calcul pour rester compétitifs.
- Le prix du Bitcoin oscille depuis des mois sans véritable tendance haussière durable, ce qui comprime les marges déjà très fines.
- La concurrence est féroce. De nouveaux acteurs, notamment en Amérique du Nord, investissent massivement dans des infrastructures plus efficaces et mieux refroidies.
Canaan, en tant que fabricant de matériel, subit une double peine : d’une part ses clients directs (les mineurs) réduisent leurs commandes, d’autre part elle doit innover constamment pour proposer des machines plus performantes que celles de ses concurrents chinois et américains.
Un sursaut d’octobre vite retombé
Il y a quelques mois, un espoir était né. Canaan avait annoncé la plus grosse commande de son histoire récente : des rigs Avalon A15 Pro. Le marché avait réagi très positivement. Le cours avait grimpé jusqu’à 2,05 $, un sommet de neuf mois. Beaucoup pensaient que le vent tournait enfin.
Malheureusement, cet enthousiasme n’a pas tenu. Les investisseurs ont réalisé que même une commande importante ne suffisait pas à compenser la faiblesse générale du secteur. Depuis ce pic, le titre a reperdu la quasi-totalité de ses gains. Preuve que le marché anticipe désormais des trimestres très difficiles pour les acteurs du minage et de l’équipement associé.
« Le secteur du minage Bitcoin traverse une phase de consolidation douloureuse. Seuls les opérateurs les plus efficaces et les mieux capitalisés survivront à long terme. »
Cette phrase résume bien le sentiment dominant parmi les observateurs avertis. Canaan doit donc non seulement redresser son cours à court terme, mais aussi prouver qu’elle fait partie des survivants potentiels.
Comparaison avec d’autres acteurs cotés
Canaan n’est pas un cas isolé. D’autres sociétés liées aux cryptomonnaies ont reçu des avertissements similaires ces derniers mois. Une entreprise axée sur la détention de Bitcoin en trésorerie a également été placée sous surveillance pour le même motif. Cela montre que la pression ne touche pas uniquement les fabricants de matériel, mais tout l’écosystème coté en bourse.
Certains géants du minage ont choisi de diversifier leurs activités : hébergement pour compte de tiers, vente d’énergie, développement de solutions HPC (high performance computing) couplées à l’IA. D’autres misent sur des contrats à long terme avec des fournisseurs d’électricité à prix fixes. Canaan, historiquement très centrée sur la vente de rigs, doit-elle accélérer sa diversification ? La question est sur toutes les lèvres.
Quel avenir pour les fabricants chinois cotés aux États-Unis ?
Canaan est une société basée en Chine, mais cotée aux États-Unis via des American Depositary Shares. Ce statut hybride pose parfois problème. Les tensions géopolitiques, les restrictions sur les technologies, les craintes liées à la transparence des comptes… tout cela peut peser sur la valorisation.
Pourtant, le marché américain reste attractif pour lever des fonds et gagner en visibilité. Perdre cette cotation serait un coup dur, pas seulement sur le plan symbolique. Beaucoup d’investisseurs institutionnels ne peuvent pas ou ne veulent pas acheter des titres cotés uniquement sur des places asiatiques. La perte d’accès à ces capitaux pourrait freiner la capacité d’innovation de l’entreprise.
Les investisseurs particuliers face à ce risque
Pour les actionnaires individuels qui suivent le dossier depuis plusieurs années, la situation est frustrante. Beaucoup avaient acheté le titre lorsque le Bitcoin dépassait les 60 000 $, voire 70 000 $. Ils espéraient profiter d’un nouveau cycle haussier. Aujourd’hui, ils se retrouvent avec un actif qui menace de disparaître de Nasdaq.
- Attendre un rebond du Bitcoin qui redonnerait de l’air à tout le secteur.
- Espérer une opération de regroupement d’actions qui stabiliserait mécaniquement le cours.
- Anticiper une possible OPA ou un rachat par un concurrent plus solide.
- Vendre à perte pour limiter les dégâts et passer à autre chose.
Aucune de ces options n’est idéale. Mais la pire serait sans doute une radiation pure et simple sans plan B clair de la direction.
Que peut faire Canaan pour inverser la tendance ?
La communication récente de l’entreprise reste prudente. Elle affirme surveiller le cours et prendre « toutes les mesures raisonnables » pour revenir dans les clous. Mais concrètement, quelles sont les pistes les plus réalistes ?
D’abord, accélérer le lancement et la commercialisation des nouvelles générations de mineurs. Si les Avalon A16 ou A17 apportent un saut significatif d’efficacité énergétique, les commandes pourraient repartir. Ensuite, chercher des partenariats stratégiques avec des opérateurs nord-américains ou moyen-orientaux qui bénéficient d’électricité bon marché. Enfin, étudier sérieusement une diversification vers l’intelligence artificielle ou le cloud computing, comme certains concurrents l’ont déjà fait.
Conclusion : un test de résilience pour tout un écosystème
La menace qui plane sur Canaan n’est pas seulement l’histoire d’une entreprise en difficulté. Elle illustre la fragilité d’un modèle économique qui a prospéré dans un environnement de hausse perpétuelle du Bitcoin. Aujourd’hui, le marché teste la solidité des acteurs. Ceux qui sauront s’adapter, réduire leurs coûts, innover et diversifier leurs revenus auront une chance de s’en sortir. Les autres risquent de disparaître, ou du moins de perdre leur statut de société cotée.
Pour l’instant, Canaan dispose encore de plusieurs mois pour agir. Juillet 2026 paraît loin, mais dans le monde ultra-volatile des cryptomonnaies, six mois peuvent ressembler à une éternité… ou passer en un éclair. Les prochains trimestres seront décisifs. Les investisseurs, petits et grands, observent avec attention les prochaines annonces. Le sort boursier de Canaan pourrait bien préfigurer celui de plusieurs autres noms du secteur.
À suivre de très près.
Points clés à retenir
Deuxième avertissement Nasdaq en moins d’un an pour non-respect du seuil de 1$.
Délai principal : 13 juillet 2026 pour dix jours consécutifs au-dessus de 1$.
Principal levier évoqué : possible reverse stock split.
Contexte sectoriel très difficile depuis le halving 2024.
Le chemin sera long et semé d’embûches, mais l’histoire des cryptomonnaies nous a déjà montré que les situations les plus désespérées pouvaient parfois déboucher sur des retournements spectaculaires. Reste à savoir si Canaan saura écrire le prochain chapitre de cette saga.









