Une ombre russe plane-t-elle sur l’élection présidentielle roumaine ? C’est en tout cas ce que semblent indiquer des documents déclassifiés par les autorités locales, qui mettent en cause la campagne du candidat d’extrême droite Calin Georgescu, surprise du premier tour.
Calin Georgescu crée la sensation
Arrivé en tête à la stupeur générale, récoltant plus de 22% des voix alors qu’il pointait sous la barre des 1% dans les sondages début novembre, Calin Georgescu fait désormais figure de favori pour le second tour de dimanche prochain.
Une campagne TikTok massive
Les documents révèlent que la fulgurante montée en puissance du candidat ultra-conservateur doit beaucoup à une « campagne de promotion agressive » sur le réseau social TikTok, contournant les règles électorales. Plus de 25 000 comptes, liés à sa campagne, sont devenus « extrêmement actifs deux semaines avant le scrutin ».
Un vaste réseau d’influenceurs, totalisant 8 millions d’abonnés, a été mis à contribution, pour la plupart à leur insu. Des comptes usurpant les logos d’institutions officielles ont aussi été créés pour donner une impression de soutien.
Cette opération « guerilla coordonnée » aurait permis de doper spectaculairement la notoriété de l’ancien haut fonctionnaire.
Services secrets roumains
Des cyberattaques de style russe
Dans le même temps, la Roumanie a essuyé une vague de cyberattaques ciblant les systèmes informatiques électoraux. Plus de 85 000 attaques ont été recensées, « y compris le jour du scrutin », lancées depuis une trentaine de pays différents.
Le modus operandi et l’ampleur pointent vers un acteur étatique.
Autorités roumaines
Parmi les promoteurs de Georgescu sur les réseaux sociaux, « certains ont déjà participé à des campagnes pro-russes et anti-OTAN par le passé » en Moldavie et Ukraine. Un parallèle inquiétant alors que la Roumanie est perçue par Moscou comme « un État ennemi » depuis le début de la guerre.
Le mystère du financement
Un autre point troublant concerne l’origine des fonds de campagne. Calin Georgescu n’a en effet déclaré aucune dépense à l’autorité électorale, sans expliquer comment il finançait ses opérations de promotion.
Or les documents font état de paiements conséquents réalisés par la campagne, de l’ordre de 380 000 dollars, pour rémunérer les contributeurs sur TikTok.
Des influenceurs auraient ainsi touché « environ 80 euros par tranche de 20 000 abonnés » pour faire la promotion du candidat. Le parquet a ouvert une enquête pour de « possibles délits électoraux et blanchiment d’argent ».
Georgescu dénonce un « système qui panique »
Interrogé à la télévision, l’intéressé a ironisé sur « un système qui panique parce qu’il n’accepte pas de perdre » et « tente par tous les moyens de stopper un candidat ». Le Kremlin a nié toute interférence dans le processus électoral roumain.
Après un premier tour à rebondissements et alors que la Roumanie subit les répercussions du conflit ukrainien à ses portes, ce deuxième tour s’annonce sous haute tension. Les révélations sur la campagne de Calin Georgescu jettent le trouble sur l’identité de ceux qui tirent réellement les ficelles dans l’ombre.