Imaginez un pays où critiquer le pouvoir peut vous coûter votre liberté en un claquement de doigts. Au Burkina Faso, cette réalité s’impose avec une force glaçante. Dernier exemple en date : l’arrestation d’un membre influent d’une organisation citoyenne à Ouagadougou, survenue fin mars. Une opération menée dans l’ombre, sans explication officielle, qui soulève une question brûlante : jusqu’où ira la junte militaire pour museler ses opposants ?
Une Vague de Répression Qui Ne Faiblit Pas
Depuis le coup d’État de septembre 2022, orchestré par le capitaine au pouvoir, le Burkina Faso vit sous une tension palpable. Les arrestations de figures critiques se multiplient, souvent justifiées par la nécessité de combattre les groupes jihadistes qui sévissent dans la région. Mais cette lutte, aussi légitime soit-elle, semble devenir un prétexte pour écraser toute voix discordante.
D’après une source proche du dossier, un cadre d’un mouvement citoyen a été interpellé sur son lieu de travail par des agents se réclamant de l’Agence nationale du renseignement. Ni le motif ni le lieu de sa détention n’ont été révélés, plongeant ses proches et collègues dans l’incertitude. Ce cas n’est pas isolé : ces dernières semaines, la cadence des interpellations s’est accélérée, touchant aussi bien des journalistes que des militants.
Quand la Société Civile Devient une Cible
Le mouvement auquel appartient la personne arrêtée milite depuis 2022 pour une gouvernance plus transparente. Regroupant des partis politiques et des associations reconnues, il n’a cessé de dénoncer les dérives autoritaires du régime. Cette arrestation, qualifiée de “disparition forcée” par ses membres, illustre une stratégie claire : intimider ceux qui osent s’élever contre la junte.
Nous refusons ces méthodes qui bafouent les droits les plus élémentaires.
– Porte-parole d’un mouvement citoyen
Ce n’est pas la première fois que des pratiques hors cadre judiciaire sont signalées. Les services de sécurité, selon des observateurs, privilégient l’arbitraire à la légalité, une approche qui tranche avec les principes d’un État de droit. Mais pour les autorités, ces mesures seraient indispensables face aux “ennemis de la nation”.
Journalistes au Front : Une Répression Créative
Fin mars, trois journalistes ont eux aussi goûté à la poigne du régime. Après avoir critiqué la junte, deux d’entre eux ont été arrêtés, suivis d’un troisième qui avait enquêté sur leurs déclarations. Leur sort ? Une réquisition forcée pour “couvrir la réalité” de la lutte antijihadiste sur le terrain. Une vidéo récente les montre dans des zones de combat, contraints de relayer la narrative officielle.
Cette méthode, inédite et brutale, s’appuie sur un décret de mobilisation datant de 2023. Officiellement, il s’agit de renforcer les rangs face à la menace terroriste. Mais dans les faits, elle cible souvent les détracteurs, transformant une sanction en outil de propagande. Une source anonyme confie : “C’est une façon de les faire taire tout en les utilisant.”
Des Enlèvements à la Chaîne : Une Accélération Alarmante
Si les interpellations musclées rythment le quotidien depuis deux ans et demi, leur rythme s’est intensifié récemment. Un mouvement politique, connu pour son opposition au régime, a rapporté la disparition de cinq de ses membres en une semaine. Leur tort ? Avoir dénoncé un massacre attribué aux forces de sécurité. Ces actes, souvent perpétrés sans mandat, laissent peu de place au doute : la junte resserre son emprise.
- 24 mars : deux journalistes arrêtés pour leurs critiques.
- 26 mars : un troisième interpellé pour son reportage.
- 30 mars : un cadre associatif enlevé à son travail.
Ces événements, rapprochés dans le temps, dessinent un tableau sombre. Les citoyens, journalistes et militants vivent sous la menace constante d’une arrestation arbitraire. Pourtant, le régime assume pleinement cette politique, arguant qu’elle protège le pays d’une déstabilisation interne.
Une Lutte Antijihadiste comme Alibi ?
Le Burkina Faso est en proie à une insécurité croissante depuis des années, avec des attaques jihadistes qui fragilisent le nord et l’est du pays. Le capitaine au pouvoir a fait de cette lutte sa priorité, mobilisant ressources et population dans un effort de guerre sans précédent. Mais cette cause, aussi urgente soit-elle, soulève des interrogations quand elle sert à justifier des abus.
Pour beaucoup, la répression des voix critiques dépasse le cadre de la sécurité nationale. “On ne combat pas le terrorisme en muselant les citoyens”, avance un analyste local sous couvert d’anonymat. Les enrôlements forcés, en particulier, cristallisent les tensions : des opposants se retrouvent propulsés sur le front, parfois sans formation, comme une punition déguisée.
Un Climat de Peur Qui S’installe
À Ouagadougou, la capitale, l’ambiance est lourde. Les discussions critiques se murmurent désormais, loin des micros et des regards indiscrets. La société civile, autrefois vibrante, s’autocensure pour éviter les représailles. “On ne sait jamais qui sera le prochain”, confie un habitant, résumant le sentiment général d’impuissance.
Événement | Date | Conséquence |
Arrestation de journalistes | Mars 2025 | Réquisition au front |
Enlèvement de militants | Mars 2025 | Disparition sans trace |
Ce tableau, loin d’être exhaustif, montre une tendance claire : la junte ne tolère aucun écart. Mais à quel prix ? La stabilité promise tarde à se concrétiser, tandis que la population s’enfonce dans la méfiance envers ses dirigeants.
Que Reste-t-il de la Liberté d’Expression ?
La liberté d’expression, pilier de toute démocratie, est mise à rude épreuve. Les journalistes, censés éclairer les citoyens, sont réduits au silence ou transformés en porte-voix du pouvoir. Les militants, eux, disparaissent dans l’opacité la plus totale. Cette érosion des droits fondamentaux interroge : le Burkina Faso s’achemine-t-il vers un régime où seule la voix officielle a droit de cité ?
Pourtant, des résistances subsistent. Des organisations continuent de dénoncer ces pratiques, appelant à une révision des méthodes d’interpellation. Leur message est simple mais puissant : la sécurité ne peut se bâtir sur l’injustice.
Un Avenir Incertain pour le Burkina Faso
À l’heure où ces lignes sont écrites, le sort du cadre arrêté reste inconnu. Comme lui, des dizaines d’autres attendent dans l’ombre, victimes d’un système qui privilégie le contrôle à la transparence. La junte, en place depuis plus de deux ans, devra tôt ou tard répondre à une question cruciale : peut-on gouverner durablement par la peur ?
Le Burkina Faso, riche de son histoire et de sa résilience, mérite mieux qu’un climat de suspicion généralisée. Entre lutte antijihadiste et répression interne, le pays marche sur une corde raide. Et si la sécurité est un objectif partagé, les moyens employés pourraient bien laisser des cicatrices indélébiles.
Un pays en quête de paix, mais à quel prix ? L’histoire nous le dira.