Fin d’une crise record : Bruxelles retrouve un gouvernement
Le jeudi 12 février 2026, une annonce tant attendue a retenti dans la capitale belge. Plusieurs dirigeants politiques sont apparus devant les caméras pour confirmer qu’un accord avait été trouvé. Cette coalition, qui réunit sept partis issus des deux communautés linguistiques, marque la fin d’une impasse qui durait depuis les élections régionales de juin 2024. Plus de 613 jours se sont écoulés sans gouvernement de plein exercice, une durée inédite même pour un pays habitué aux longues tractations.
Cette situation exceptionnelle a suscité de vives critiques. Le Premier ministre fédéral a lui-même exprimé son exaspération, soulignant que cette paralysie nuisait gravement à l’image du pays. Le souverain s’était également alarmé des conséquences pour la population. Sans budget adopté, la Région a dû gérer au jour le jour, avec des douzièmes provisoires, ce qui a entraîné la suspension de nombreux investissements et subventions essentielles.
Les racines d’une fragmentation politique accrue
Les élections de juin 2024 avaient déjà révélé une fragmentation extrême du paysage politique bruxellois. Pas moins de 14 partis ont obtenu des sièges au parlement régional de 89 membres. Cette diversité, typique du système proportionnel belge, complique toujours les négociations, mais ici elle a poussé l’impasse à son paroxysme.
Les vétos croisés et les conditions posées par chaque formation ont prolongé les discussions. Les deux collèges linguistiques – francophone (72 députés) et néerlandophone (17 députés) – exigent chacun une majorité propre, ce qui multiplie les obstacles. La crise a ainsi dépassé largement le record fédéral de 541 jours sans gouvernement en 2010-2011.
Les conséquences ont été concrètes et douloureuses. Des millions d’euros de dettes supplémentaires s’accumulaient chaque mois. Le monde associatif, culturel et social, pilier de la vie bruxelloise, a souffert de l’absence de financements. Des collectifs citoyens, comme celui baptisé Respect Brussels, ont multiplié les manifestations pour dénoncer cette inertie perçue comme une forme de lâcheté politique.
Chaque mois qui passe c’est 100 millions de dette en plus pour les Bruxellois.
Un dirigeant centriste
Cette phrase résume bien le sentiment général : l’urgence était palpable, et l’enlisement devenait insoutenable pour les habitants d’une région de 1,2 million d’âmes.
La composition de la nouvelle coalition
L’accord repose sur une alliance gauche-droite originale. Côté francophone, trois formations dominent : les libéraux du MR, premiers au scrutin, les socialistes du PS, et les centristes des Engagés. Ensemble, ils assurent une solide majorité au sein du collège linguistique francophone.
Côté néerlandophone, quatre partis se sont unis : les écologistes de Groen, les libéraux d’Anders (issus d’une évolution des anciens Open VLD), les socialistes de Vooruit, et les chrétiens-démocrates du CD&V. Cette combinaison permet d’atteindre la majorité requise parmi les 17 élus flamands, sans inclure d’extrêmes ni certaines formations controversées.
Notons que la nouvelle entité Team Fouad Ahidar, qui avait surpris lors des élections, reste écartée. Accusée par certains de favoriser le communautarisme, elle n’a pas été retenue dans les négociations. Le rôle pivot des libéraux d’Anders a été déterminant : longtemps, ils avaient conditionné leur participation à l’inclusion d’autres acteurs, mais un compromis a finalement prévalu.
Le MR, en position de force, a orchestré ces derniers jours un conclave intense de trois jours à la Fondation universitaire. Cette méthode, inhabituelle mais efficace, a permis de débloquer les points les plus sensibles.
Les grands axes de l’accord de gouvernement
Bien que les détails complets soient encore en cours de validation par les militants des partis, plusieurs priorités ont déjà été évoquées publiquement. L’objectif central est le retour à l’équilibre budgétaire d’ici 2029, une promesse ambitieuse après des années de gestion contrainte.
Sur le plan fiscal, un tax shift est prévu, avec notamment le doublement de la prime Be Home pour alléger le précompte immobilier des ménages. La mobilité reste un dossier brûlant : un nouveau plan succédera à Good Move, dans l’espoir de résoudre les tensions liées aux précédentes réformes.
La propreté et la sécurité occupent une place centrale. Un nouveau commissaire régional dédié à la lutte contre la crise de la drogue est annoncé, signe d’une volonté de répondre aux défis urbains quotidiens. La fusion des polices et l’intégration de structures comme Safe.Brussels sont également à l’agenda, pour renforcer l’efficacité des forces de l’ordre.
- Retour à l’équilibre budgétaire en 2029
- Doublement de la prime Be Home et allègement fiscal
- Nouveau plan de mobilité post-Good Move
- Focus renforcé sur propreté, sécurité et lutte antidrogue
- Soutien aux réformes structurelles et investissements relancés
Ces mesures visent à redonner confiance aux Bruxellois et à relancer des projets gelés depuis trop longtemps. L’accord permet enfin de sortir du régime des douzièmes provisoires et d’adopter un budget complet.
Un soulagement général, mais des défis persistants
L’annonce a suscité un mélange de soulagement et de prudence. Les négociateurs ont insisté sur un « sursaut de responsabilité » collectif face à l’urgence. Certains leaders ont reconnu que cette durée de crise n’avait rien de glorieux et qu’il faudrait réfléchir à des réformes institutionnelles pour éviter de tels blocages à l’avenir.
Du côté citoyen, les réactions varient. Après des mois de frustration, beaucoup espèrent que ce gouvernement agira rapidement pour réparer les retards accumulés. Les associations culturelles et sociales, longtemps privées de subsides, attendent avec impatience la reprise des financements.
Pourtant, la route reste semée d’embûches. Gouverner avec sept partis demande un équilibre constant. Les divergences idéologiques, entre libéraux, socialistes, écologistes et centristes, pourraient resurgir lors de l’application concrète des mesures. De plus, la Région doit rattraper un retard considérable en matière d’investissements publics.
Bruxelles était au bord du gouffre.
Un négociateur clé
Cette phrase illustre bien l’état d’esprit : le soulagement est réel, mais la vigilance s’impose. Les prochains jours verront les partis soumettre l’accord à leurs bases militantes, avant une probable installation rapide du nouvel exécutif.
Bruxelles, capitale de l’Europe, sort de l’ombre
La Région Bruxelles-Capitale n’est pas seulement une entité fédérée : elle est le cœur battant des institutions européennes. Cette longue crise a donc eu des répercussions bien au-delà des frontières belges. Les partenaires internationaux s’interrogeaient sur cette paralysie dans une ville symbole de la démocratie et de la coopération.
Aujourd’hui, l’image de « Bruxelles gagnante », symbolisée par une cheminée libérant une fumée blanche, circule comme un message d’espoir. Elle rappelle que, même dans un système complexe comme celui de la Belgique, le compromis finit souvent par l’emporter.
Les prochains mois diront si cette coalition tient ses promesses. Pour l’instant, les Bruxellois peuvent enfin tourner la page d’une période sombre et regarder vers l’avenir avec un peu plus d’optimisme. La capitale mérite mieux qu’une gestion au ralenti : elle a besoin d’ambition, de réformes courageuses et d’une gouvernance stable.
Ce dénouement intervient à point nommé, alors que de nombreux défis s’accumulent : transition écologique, logement, mobilité, sécurité, inclusion sociale. Avec un exécutif en place, la Région peut enfin se doter d’une trajectoire claire et relancer les projets essentiels pour ses habitants.
En conclusion, cette crise de plus de 600 jours restera dans les annales comme un exemple extrême des complexités du fédéralisme belge. Mais elle montre aussi la résilience du système : quand l’urgence devient trop forte, les acteurs finissent par se mettre autour de la table. Espérons que cette leçon portera ses fruits pour l’avenir de Bruxelles et de la Belgique entière.
Point clé à retenir : Après 613 jours d’attente, sept partis ont uni leurs forces pour redonner un cap à la Région bruxelloise. Un accord fragile mais nécessaire, qui ouvre la voie à une relance tant attendue.
La suite dépendra de la capacité de cette majorité à transformer les mots en actes concrets. Les Bruxellois, patients depuis trop longtemps, seront les juges les plus exigeants.









