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Boeing Face à un Second Procès Dramatique pour le Crash du 737 MAX

Une famille canadienne a perdu six membres dans le crash du 737 MAX d'Ethiopian Airlines. Alors qu'un premier procès a abouti à 28 millions de dollars, un second s'ouvre à Chicago. Que révélera-t-il vraiment sur les responsabilités de Boeing ?

Imaginez un instant que votre famille entière parte pour un voyage de rêve, un safari au Kenya destiné à émerveiller vos adolescentes, et qu’en quelques minutes seulement, tout disparaisse dans une tragédie aérienne impensable. C’est exactement le cauchemar qu’a vécu Manant Vaidya, un Canadien qui, depuis mars 2019, tente de comprendre pourquoi six de ses proches ont perdu la vie dans le crash d’un Boeing 737 MAX 8 opéré par Ethiopian Airlines.

Ce lundi, les portes d’un tribunal fédéral de Chicago se sont ouvertes pour la seconde fois afin d’examiner une plainte civile directement liée à ce drame qui avait choqué le monde entier. Derrière cette procédure se cache une quête de vérité et de reconnaissance pour une famille brisée de manière irréversible.

Un nouveau combat judiciaire pour les familles des victimes

Le constructeur aéronautique américain se retrouve une nouvelle fois au cœur d’un procès civil d’envergure. Cette fois, c’est la plainte déposée par Manant Vaidya qui est examinée par un jury populaire. L’homme a perdu sa sœur Kosha, ses parents Pannagesh et Hansini, son beau-frère Prerit Kumar Dixit ainsi que ses deux nièces adolescentes Anushka et Ashka.

Seule la plainte concernant la perte de son beau-frère et de ses deux nièces avait fait l’objet d’un accord amiable conclu le 18 juillet 2025. Pour les autres membres de sa famille, aucune entente n’a été trouvée, obligeant les parties à se retrouver devant la justice.

Le contexte émotionnel d’une famille détruite

Dans une déclaration particulièrement poignante mise en ligne par son cabinet d’avocats, Manant Vaidya confie la douleur indescriptible qu’il ressent encore aujourd’hui. « Il est difficile de penser que toute ma famille a disparu en un instant d’une façon aussi horrible », explique-t-il, parlant également au nom de son épouse Hiral.

Il évoque avec beaucoup de retenue « l’horreur des derniers moments de la vie de nos êtres chers ». Le voyage au Kenya avait été soigneusement préparé pour permettre aux adolescentes de découvrir le pays de naissance de leur mère. Un projet magnifique transformé en cauchemar absolu.

« Nous avons pris l’engagement dès le début d’indemniser de façon complète et équitable les familles et en avons accepté la responsabilité juridique. »

Déclaration de Boeing

Le groupe répète régulièrement son profond regret et sa volonté de trouver des solutions justes. Mais pour beaucoup de familles, ces mots ne suffisent pas à apaiser la souffrance ni à répondre aux très nombreuses questions restées en suspens.

Retour sur les deux accidents qui ont marqué l’histoire de l’aviation

Pour bien comprendre les enjeux du procès actuel, il est indispensable de revenir sur les événements de 2018 et 2019. Le 29 octobre 2018, un Boeing 737 MAX 8 de la compagnie Lion Air s’écrase en mer de Java peu après son décollage de Jakarta. 189 personnes trouvent la mort.

Moins de cinq mois plus tard, le 10 mars 2019, c’est au tour d’un appareil identique d’Ethiopian Airlines de s’écraser six minutes après avoir quitté Addis-Abeba. Les 157 personnes à bord périssent dans l’accident. Au total, ces deux tragédies font 346 victimes.

Très rapidement, les enquêtes mettent en cause le système de protection antidécrochage appelé MCAS (Maneuvering Characteristics Augmentation System). Ce logiciel, conçu pour empêcher l’avion de monter trop brusquement, pouvait au contraire pousser le nez de l’appareil vers le bas de manière répétée et puissante.

Un logiciel au cœur de la controverse

Le MCAS utilisait les données d’un seul capteur d’incidence. Lorsque ce capteur donnait une information erronée, le système considérait que l’avion était en décrochage imminent et intervenait automatiquement, même si les pilotes tentaient de reprendre le contrôle.

Dans les deux accidents, les pilotes ont lutté pendant de longues minutes pour redresser l’appareil. Les enregistrements des boîtes noires ont révélé des situations extrêmement stressantes où les commandes semblaient agir contre les actions des équipages.

Le constructeur américain a reconnu dès 2019 que ce logiciel avait joué un rôle déterminant dans les deux catastrophes. Cette admission marque un tournant majeur dans la gestion de crise du géant aéronautique.

Le premier procès civil : un précédent marquant

En novembre dernier, le même tribunal fédéral de Chicago a tenu le premier procès civil concernant les accidents du 737 MAX. Après seulement sept jours d’audience et environ deux heures de délibérations, les jurés ont accordé 28,45 millions de dollars au veuf d’une victime du vol d’Ethiopian Airlines.

Ce verdict rapide a surpris de nombreux observateurs. Il démontre que les jurés ont été sensibles aux arguments présentés concernant les manquements présumés du constructeur dans la conception, la certification et la communication sur le fonctionnement du MCAS.

Déroulement attendu du procès actuel

Selon les informations communiquées lors de l’audience préparatoire de vendredi, la sélection des huit jurés doit occuper les journées de lundi et mardi. Les déclarations liminaires des avocats des deux parties sont prévues pour mardi après-midi ou mercredi au plus tard.

Le juge Jorge Alonso supervise l’ensemble des procédures civiles liées au crash d’Ethiopian Airlines. Sa gestion rigoureuse et sa grande expérience dans ce type de dossiers très médiatisés seront une nouvelle fois mises à l’épreuve.

Les attentes des familles : au-delà de l’argent

Si les indemnisations financières représentent un enjeu considérable, elles ne constituent qu’une partie de la demande des familles. Beaucoup souhaitent avant tout que la lumière soit faite sur l’ensemble des décisions qui ont conduit à la certification puis à l’exploitation commerciale d’un appareil dont certains systèmes présentaient des failles critiques.

La question de la transparence lors de la conception et de la certification du 737 MAX reste particulièrement sensible. De nombreux experts estiment que le constructeur a privilégié la rapidité de mise sur le marché et la similitude avec les versions précédentes pour éviter une formation longue et coûteuse pour les pilotes.

Conséquences sur l’image et l’activité de Boeing

Ces procédures judiciaires interviennent alors que l’entreprise tente de restaurer durablement la confiance du public, des compagnies aériennes et des autorités régulatrices. Après presque deux ans d’immobilisation mondiale de la flotte 737 MAX, l’appareil a repris du service en fin 2020 puis progressivement dans la plupart des pays.

Des modifications importantes ont été apportées : double capteur d’incidence obligatoire pour le MCAS, limitation de l’autorité du système, formation renforcée des pilotes. Mais le souvenir des deux accidents reste extrêmement vif dans l’opinion publique.

Un symbole plus large de la sécurité aérienne moderne

Le dossier Boeing 737 MAX dépasse largement le cadre d’un simple contentieux industriel. Il pose des questions fondamentales sur l’équilibre entre innovation technologique, impératifs économiques et sécurité absolue des passagers.

Comment certifier correctement des systèmes toujours plus complexes ? Quelle doit être la place des pilotes face à des automatismes de plus en plus puissants ? Quelle transparence exiger des constructeurs vis-à-vis des autorités et des compagnies aériennes ?

Ces interrogations, bien plus vastes que le seul cas du 737 MAX, continueront d’alimenter le débat pendant encore de nombreuses années.

Vers une possible résolution amiable ?

Malgré l’échec des négociations de dernière minute dans le cas présent, rien n’empêche théoriquement un accord pendant le procès. Les deux parties connaissent les coûts humains, financiers et d’image d’un long procès public.

Cependant, la détermination affichée par certaines familles et la médiatisation importante de ces affaires rendent un règlement amiable plus complexe à obtenir qu’en temps normal.

Chaque nouveau témoignage, chaque nouvelle pièce versée au dossier ravive la douleur des familles et maintient la pression sur le constructeur américain.

Conclusion : la quête interminable de réponses

Ce second procès civil qui s’ouvre à Chicago n’est pas seulement une affaire d’argent ou de responsabilité juridique. Il s’agit surtout d’une nouvelle étape dans le long chemin que doivent parcourir les familles pour tenter de donner un sens à l’insensé.

Chaque audience, chaque déclaration, chaque verdict potentiel représente une tentative supplémentaire de comprendre comment un vol censé être routinier a pu se transformer en tragédie absolue.

Pour Manant Vaidya et tous ceux qui, comme lui, ont vu leur vie basculer en quelques minutes, la justice ne ramènera jamais les êtres chers disparus. Mais elle peut peut-être contribuer à ce que de tels drames ne se reproduisent plus jamais.

Le chemin est encore long. Les débats qui s’ouvrent ce lundi à Chicago constituent une nouvelle page d’une histoire judiciaire, industrielle et surtout humaine qui continue de marquer profondément l’aviation mondiale.

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