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Blue Origin Lance TeraWave : Révolution Internet Satellite

Blue Origin entre dans la course à l'internet spatial avec TeraWave : des débits jusqu'à 6 téraoctets par seconde, mais réservés aux entreprises et gouvernements. Une révolution qui pourrait tout changer... mais pour qui ?

Imaginez pouvoir télécharger un film en ultra-haute définition en moins d’une seconde, même au milieu du désert ou sur une plateforme pétrolière au large de l’océan. Cette vision, qui semblait encore futuriste il y a quelques années, pourrait devenir réalité bien plus tôt que prévu grâce à une nouvelle annonce qui secoue le monde des télécommunications spatiales.

Blue Origin entre dans la course des constellations internet

La société aérospatiale fondée par Jeff Bezos a officiellement révélé son projet ambitieux de créer son propre réseau internet par satellites. Baptisé TeraWave, ce système promet de bouleverser le secteur en offrant des performances inédites, bien au-delà de ce que proposent actuellement les leaders du marché.

Alors que la concurrence fait rage entre les géants du spatial, cette annonce marque un tournant majeur. Blue Origin ne se contente plus de vols suborbitaux touristiques : l’entreprise passe à la vitesse supérieure avec un projet d’envergure mondiale.

Une constellation massive de plus de 5 000 satellites

Le réseau TeraWave reposera sur une constellation impressionnante composée de 5 408 satellites. Ces engins seront répartis entre deux types d’orbites : l’orbite basse (jusqu’à 2 000 km d’altitude) et l’orbite moyenne (entre 2 000 et 35 786 km).

Cette architecture hybride permettra de combiner la faible latence des satellites en orbite basse avec la couverture étendue et la capacité accrue des satellites en orbite moyenne. Un choix stratégique qui vise à répondre aux exigences les plus strictes en matière de connectivité.

Pour déployer une telle flotte, Blue Origin pourra compter sur son propre lanceur : la fusée New Shepard, déjà éprouvée depuis 2015 et qui a démontré sa fiabilité au fil des nombreux vols suborbitaux réalisés ces dernières années.

Un positionnement unique : le marché institutionnel

Contrairement aux projets Starlink de SpaceX ou Kuiper d’Amazon qui visent le grand public, TeraWave adopte une stratégie radicalement différente. Blue Origin cible exclusivement les clients institutionnels : grandes entreprises, centres de données et gouvernements ayant besoin d’une connexion ultra-fiable pour des opérations critiques.

L’entreprise table sur un nombre relativement modeste de clients : environ 100 000 une fois le service pleinement opérationnel. Ce choix permet de concentrer les ressources sur une clientèle prête à payer un prix premium pour des performances exceptionnelles.

Les zones d’implantation prioritaires sont les endroits où les infrastructures terrestres traditionnelles (fibre optique notamment) sont difficiles, coûteuses ou impossibles à déployer : régions rurales reculées, zones périurbaines mal desservies, sites industriels isolés ou infrastructures stratégiques.

Des débits qui défient l’imagination

C’est sans doute la promesse la plus spectaculaire de TeraWave : des débits de téléchargement pouvant atteindre 144 gigaoctets par seconde en utilisant l’ensemble de la constellation. À titre de comparaison, Starlink propose actuellement environ 310 mégabits par seconde, tandis que Kuiper vise 400 mégabits par seconde.

En exploitant uniquement la partie en orbite moyenne du réseau, Blue Origin annonce même pouvoir proposer jusqu’à 6 téraoctets par seconde. Des chiffres qui placent TeraWave dans une catégorie à part, plusieurs centaines de fois plus performante que ses concurrents directs.

Ces débits extraordinaires ouvrent la voie à des applications jusqu’ici inimaginables : transfert massif de données scientifiques en temps réel, fonctionnement de jumeaux numériques industriels à l’échelle planétaire, ou encore support de calcul intensif distribué pour l’intelligence artificielle.

Un calendrier ambitieux pour 2027

Blue Origin prévoit de rendre le service opérationnel dès la fin de l’année 2027. Un délai relativement court au regard de l’ampleur du projet, mais que l’entreprise semble confiante de pouvoir tenir grâce à sa maîtrise du lanceur New Shepard et à son expertise accumulée dans le domaine spatial.

Pour comparaison, Starlink est disponible commercialement depuis 2019 et compte déjà plusieurs milliers de satellites opérationnels, tandis que le projet Kuiper d’Amazon est actuellement en phase de tests intensifs avec un déploiement plus massif attendu dans les prochains mois.

Jeff Bezos au cœur de deux des trois principaux acteurs

Fait remarquable : deux des trois principaux projets de constellations internet par satellites ont un lien direct avec Jeff Bezos. Il est l’unique actionnaire de Blue Origin et reste président exécutif du conseil d’administration d’Amazon, principal financeur et actionnaire fondateur du projet Kuiper.

Cette situation unique place l’ancien patron d’Amazon au centre de la révolution de l’internet spatial, même si les deux projets adoptent des stratégies et des positionnements marché très différents.

Un marché déjà bien occupé

Le secteur de l’internet par satellite n’est pas nouveau. Des acteurs historiques sont présents depuis de nombreuses années : l’américain ViaSat opère sur ce marché depuis 2012, tandis que Hughesnet (anciennement DirecPC) y est actif dès 1996.

Ces pionniers utilisaient principalement des satellites en orbite géostationnaire, avec des débits plus limités et une latence plus élevée que les constellations en orbite basse ou moyenne. L’arrivée de nouveaux acteurs avec des technologies modernes redéfinit complètement le paysage concurrentiel.

Les défis techniques et réglementaires à relever

Pour réussir son pari, Blue Origin devra surmonter plusieurs obstacles majeurs. D’abord le déploiement technique d’une constellation de plus de 5 000 satellites, avec tous les défis que cela implique en termes de fabrication, de lancement et de gestion opérationnelle.

Ensuite, l’obtention des autorisations réglementaires dans de nombreux pays, chaque nation contrôlant strictement l’utilisation des fréquences radioélectriques et l’accès à son territoire pour les services de communication.

Enfin, la concurrence acharnée avec des acteurs déjà bien implantés qui disposent d’une avance considérable en termes de nombre de satellites opérationnels et d’expérience client.

Vers une nouvelle ère de la connectivité mondiale

Quelle que soit l’issue de cette bataille des constellations, une chose est certaine : le monde de la connectivité est en train de changer radicalement. L’internet par satellite, longtemps considéré comme une solution d’appoint pour les zones mal desservies, devient une infrastructure stratégique majeure.

Avec des débits toujours plus élevés, une latence toujours plus faible et une couverture quasi-universelle, ces réseaux ouvrent des perspectives immenses pour l’économie mondiale : démocratisation de l’accès à la connaissance, accélération des échanges commerciaux, support de nouvelles applications industrielles et scientifiques, etc.

TeraWave pourrait bien représenter l’aboutissement ultime de cette révolution, en offrant des performances qui dépassent de très loin tout ce qui existe aujourd’hui. Reste à voir si Blue Origin parviendra à transformer cette vision ambitieuse en réalité concrète d’ici la fin 2027.

Une chose est sûre : le paysage des télécommunications spatiales n’a jamais été aussi concurrentiel ni aussi passionnant à suivre.

Le compte à rebours est lancé. Dans moins de deux ans, le monde pourrait découvrir ce que signifie vraiment disposer d’une connexion internet à 6 téraoctets par seconde, même au milieu de nulle part. Une perspective qui donne le vertige.

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